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Mon clone et moi, moi ou mon clone

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Real humans est une série suédoise réalisée par Lars Lundström (2012-2013). Dans un futur proche se développe l’usage de robots de forme humaine appelés hubots, terme résultant d’une création signifiante mêle humain et robot. Quelle sera la place de ces hubots dans les existences humaines ?

Mimi est offerte à la famille Engman, livrée dans une boîte, comme une poupée. Elle ouvre les yeux et parle, charmante, fascinante. L’image parfaite nous leurre. Mr Engman fait aussitôt un lapsus, il dit : elle au lieu de il comme l’usage le veut pour un hubot. Mme Engman craint que leur fils adolescent veuille faire l’amour avec elle ; en effet il sera séduit, d’autant que son rapport au corps d’une femme l’effraie. Elle redoute que sa fille trouve en Mimi une maman plus présente ; « Elle n’est jamais pressée comme toi », lui dit sa fille. Elle en déduit, avec inquiétude, que celle-ci pourrait trouver en Mimi une maman plus présente. Les hubots sont des partenaires idéaux qui pallient aux défaillances humaines. En cela, le film est en phase avec le malaise contemporain où le sujet, solitaire, est prêt à s’appareiller à un objet qui lui procure une jouissance directement accessible, sans avoir à en passer par le lien à l’Autre. Dans la série, le réalisateur suit cette piste, et nous réserve de multiples trouvailles. Certains hubots sont des clones d’humains.

Voici un personnage particulièrement intéressant : Jonas a survécu à un incendie, son visage brûlé, figé, ou le masque opaque sous lequel il le dissimule, fait de lui à l’écran un personnage peu humain, sans valeur phallique. Il dit être « un monstre… les femmes ne peuvent plus me regarder ». Il veut « se recréer… reprendre vie », espérant, grâce à un système innovant, déplacer sa conscience dans son hubot-clone après sa mort. Ainsi ce désir de vivre à tout prix passe par la pulsion de mort. Il met en scène une relation sexuelle entre une hubot et son clone et les regarde. Son clone pourrait-il vivre, aimer, à sa place ? Il lui dit : « aujourd’hui j’aurai ce qu’il faut pour te libérer, me libérer ! Puis nous nous unirons toi et moi, je serai à l’intérieur de toi et tu seras moi ». Le narcissisme est très important dans ce désir de se reproduire, dans cette tentative de retrouver dans ce clone-miroir l’unité perdue. Or, celle-ci apparaît pour Jonas à jamais perdue, car Lundström met l’accent sur le ratage de l’opération : alors que son personnage doit instruire son clone de sa vie, il tait des faits importants ainsi que ses affects, ne voulant transmettre à son clone qu’un moi idéal, ce qui ne suffit pas, en effet : « Ce qui nous soutient comme Un n’est pas ce que le miroir nous renvoie, c’est retrouver ce soutien plutôt du côté d’un foisonnement de souvenirs où se trouvent mélangées des images et des bribes de discours. »[1] Le code permettant cette transmutation, d’abord troué, est complété à la hâte. On peut douter que ces séquences soient adéquates, mais Jonas n’en veut rien savoir, il passe à l’acte, ce qui paraît suicidaire. Indifférent aux réactions de son employé, il lui ordonne : « Tu me tires dessus, je me transfère dans le clone, je me réveille dans le clone ». L’employé semble tout aussi distrait dans ce moment pourtant crucial. Dans cette séquence, Lundström indique à quel point chacun est seul avec une jouissance qui relève du Un, sans rapport à l’Autre.

Cette série explore les conséquences d’un idéal transhumaniste : Jonas veut se passer de son corps, souffrant, mortel, et recréer l’homme qu’il était dans un cyborg[2], pour qu’enfin ce leurre, ce beau miroir de lui-même, accroche le regard d’une femme.

[1]Le corps parlant, « Présentation du Congrès et de l’affiche par son Directeur, Marcus André Vieira »,

http://www.causefreudienne.net/event/le-corps-parlant-sur-linconscient-au-21e-siecle

[2] Pour une définition de ce terme, voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cyborg

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