De l’ironie à la poésie et retour, voilà ce que vous trouverez dans ce numéro.
Pourquoi se faire une place dans le monde est-il affaire de discours ? Parce que le parlêtre se défend du réel par le symbolique. C’est ce que nous enseigne le schizophrène, si nous suivons l’invitation de « Clinique ironique1 » que Jacques-Alain Miller a appelée de ses vœux et qui reste d’une brûlante actualité.
Pour le schizophrène, indique Lacan, tout le symbolique est réel. Il doit se débrouiller seul d’un corps qui lui fait problème, sans le secours d’aucun discours établi. Ce corps est sans consistance, amas d’organes qui dysfonctionnent. Le langage est ce qui, pour son corps, peut faire organe2. L’usage de l’ironie peut alors lui permettre de se défendre du réel et, en visant l’Autre du langage, de dénoncer le lien social comme simulacre. L’Autre est une fiction, le discours est un semblant.
La poésie, parce qu’elle est invention, démontre que le dit secourt. Elle secourt le schizophrène, mais aussi celui qui saura s’inspirer de son effort d’ironie. La poésie, quand elle s’appuie sur l’ironie, touche l’au-delà du sens et dévoile l’arbitraire du lien entre le signifiant et le signifié. C’est ce que Lacan fait résonner poétiquement, interprétant lui-même sa propre formule : « fiction et chant de la parole et du langage3 ».
Agathe Sultan
1. Cf. Miller J.-A., « Clinique ironique », La Cause freudienne, n°23, février 1993, p. 7-13.
2. Cf. Lacan J., « L’étourdit », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 474.
3. Ibid., p. 461.

