L’Hebdo-Blog fait sa rentrée sous le signe du beau. Cela a l’air plaisant, et pourtant il n’y a rien de plus suspect lorsque l’on sait ce que cela recouvre – sublime défense, le fantasme a valeur d’un « beau-n’y-touchez-pas1 » !
Ce numéro n’échappe pas à l’ambiguïté du beau. La mise en lumière d’un artiste plus que singulier, mais aussi celle de plusieurs œuvres, ainsi que la description des corps magnifiés du carnaval de Rio pousseront peut-être à aller les voir sur la toile. Moyennant un écran quelconque, il sera loisible de se bercer de ces images, bien à l’abri de toute expérience inquiétante. Qu’on les situe dans le registre du beau, du moins beau ou encore dans la sphère du laid, le seul fait de les regarder tiendra certainement occupé le point d’extimité2 de ceux qui voudront les contempler.
Comme on se sert du vase pour circonscrire le vide par lequel on désigne das Ding – cette place de la jouissance paroxystique –, il y a tout lieu de faire du beau le brillant parement de la bête qui gît dans les dessous. Le voile de la beauté, en même temps que d’opérer, signale l’affleurement possible de cette insoutenable jouissance. Car le beau est le dernier rempart avant l’immonde.
Ce point de repère déborde le seul champ scopique. S’il s’agit d’être aux aguets dès qu’il est question du beau, il faut aussi être à l’écoute. Cette boussole clinique est amenée par Lacan dans son Éthique de la psychanalyse. Il nous invite à dresser l’oreille quand un sujet fait référence au registre esthétique, car ces mentions sont corrélatives de quelque chose « qui est toujours du registre d’une pulsion destructive3 ». En somme, soulevez le beau et vous verrez la bête !
Katell Le Scouarnec
1 Lacan J., Le Séminaire, livre VII, L’Éthique de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1986, p. 280.
2 Cf. Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Du symptôme au fantasme et retour », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, cours du 12 janvier 1983, inédit.
3 Lacan J., Le Séminaire, livre VII, L’Éthique de la psychanalyse, op. cit., p. 280.


