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Édito, Nouvelle Série, L'Hebdo-Blog 222

Éditorial : « Ne te détourne plus, ni ne rumine »*, Hommage à Jacques Aubert

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Jacques Aubert est intervenu au Séminaire de Lacan le 20 janvier 1976. Son exposé est celui d’un lecteur minutieux qui s’est glissé avec délicatesse dans la moterialité de l’écriture de Joyce en commentant, pour l’occasion, un extrait d’un des épisodes d’Ulysse : « un petit bout de “Circé” » [1]. Un bout de dialogue à partir duquel Jacques Aubert part à la recherche de ce qui, de Joyce, se « faufilait » [2] entre les lignes.

Sensible à la « brutalité » [3] de l’usage du signifiant chez Joyce, Jacques Aubert traverse le texte lentement, entre « élucubrations et tâtonnements » [4]. Belle leçon pour les lecteurs découragés par cette langue que Joyce éttiiiiiire, coup-e et ret-orde pour faire entendre la sonorité de la voix dans le signifiant. 

En introduisant l’exposé de Jacques Aubert, Lacan avoue être « embarrassé de Joyce comme un poisson d’une pomme » [5]. Quel est cet embarras ? Il précise que l’usage raffiné de l’anglais le rend difficile à lire, car Joyce « désarticule » [6] la langue, en coupant les phrases, en en faisant un usage qui ne se préoccupe pas de l’effet de sens. Lacan note que Jacques Aubert a le talent de suivre les fils [7], seule façon d’attraper ce qui se tapit derrière cette langue en glissade.

Dans la postface de la nouvelle traduction d’Ulysse intitulée « Écrire après Joyce », Jacques Aubert, qui a dirigé cette traduction, évoque « une anecdote rapportée par Frank Bugden : Joyce a passé une journée sur deux phrases (la traductrice aussi, pour les traduire !). Budgen : “Vous cherchez le ‘mot juste ?’ – Non, dit Joyce. Les mots, je les ai déjà. Ce que je cherche, c’est la perfection dans l’ordre dans les mots de la phrase. Il y a un ordre qui convient parfaitement […] Perfumes of embraces all him assailed. With hungered flesh obscurely he mutely craved to adore. Vous pouvez voir par vous-même combien il y aurait de façons différentes de les arranger.” » [8] Ce qui importait à Joyce était la sonorité de lalangue, ce qui se tisse entre la phrase et le corps.

« La sagesse joycienne […] consiste pour chacun à se servir de son sinthome, de la singularité de son prétendu “handicap psychique”, pour le meilleur et pour le pire, sans aplatir le relief sous un common sense » [9], écrit Jacques-Alain Miller en annexe au Séminaire XXIII.

Jacques Aubert, le sinthome.

* Joyce J., « Télémaque », Ulysse, Paris, Gallimard, 2004, p. 19.

[1] Aubert J., « Exposé au Séminaire de Jacques Lacan », in Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le Sinthome, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2005, p. 171.

[2] Ibid.

[3] Ibid., p. 173.

[4] Ibid., p. 177.

[5] Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le Sinthome, op. cit., p. 74.

[6] Ibid.

[7] Ibid., p. 75.

[8] Aubert J., « Postface. Écrire après Joyce », in Joyce J., Ulysse, op. cit., p. 978.

[9] Miller J.-A., « Notice de fil en aiguille », in Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le Sinthome, op. cit., p. 243.

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