Freud, voici un nom qui véhicule aujourd’hui un imaginaire débordant, un nom qui divise. Pour nous, c’est le nom d’un désir intrépide et infatigable qui a su aller au-delà de ce qui était établi. Pour d’autres, c’est le prête-nom de calomnies et d’âneries à l’inconsistance déconcertante puisque ses détracteurs ne l’ont souvent pas lu.
Dans « Résistances à la psychanalyse », Freud témoigne du mauvais accueil qu’a subi sa lecture inédite des symptômes. Il y constate que le déchaînement d’indignation et de railleries dépasse les lois de la logique, mais pas celles de l’entendement, notant que de puissantes forces affectives sont aux commandes1. Dans ce combat, Freud estime qu’être Juif a contribué à le préparer à affronter de telles insanités.
Les trois articles de ce numéro nous invitent à la discipline du signifiant et à la solitude dans l’acte de lire un texte. Jacques-Alain Miller fait du savoir lire et du bien-dire deux enjeux d’une analyse2 – savoir lire son symptôme, mais également savoir lire son époque pour faire du signifiant même une arme tranchante contre les attaques. Nous en avons eu une démonstration le 6 juin dernier quand notre présidente a donné une lecture à nos représentants du Sénat des « puissances sombres du surmoi3» actuellement à l’œuvre contre la psychanalyse et contre notre démocratie4.
Solenne Leblanc
1. Freud S., « Résistances à la psychanalyse », Résultats, idées, problèmes, t. II, Paris, PUF, 1985, p. 125-134.
2. Cf. Miller J.-A., « Lire un symptôme », Mental, n°26, 2011, p. 49-58.
3. Lacan J., « La psychiatrie anglaise et la guerre », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 120.
4. Cf. Sokolowsky L., « Exercice démocratique et parole en psychanalyse », intervention au Sénat de la présidente de l’École de la Cause freudienne lors du Colloque sur la défense de la relation dans les soins psys du 6 juin 2026.

