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L’amour est toujours réciproque

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L’amour est toujours réciproque : cette proposition de Lacan est extraite d’une phrase que Lacan prononça le 21 novembre 1972 dans le cadre du séminaire Encore. Lors de cette première Leçon Lacan dira plus précisément : « L’amour, certes, fait signe, et il est toujours réciproque. »[1]

Ce « faire signe » qui manque fait trace sur fond d’absence. C’est donc une piste à suivre pour saisir la portée de cette formulation lacanienne. Mais d’abord, que peut-on entendre par réciproque ?

Dans le Dictionnaire historique de la langue française[2], il est précisé que ce mot est emprunté à partir du XIVe siècle au latin reciprocus. Il renvoie à ce qui va en arrière après avoir été en avant, à ce qui est alternant ou renversé. Cet adjectif qualifie une action ou une relation entre des personnes qui s’exerce de façon équivalente à celle du premier terme sur un second et du second sur le premier.

C’est le terme choisi par Lacan pour évoquer une des dimensions de l’amour. Nous nous situons d’emblée dans la dialectique intersubjective, celle du semblable qui peut s’appréhender par le stade du miroir. Cela nous évoque l’aspiration à faire Un du sujet parlant.

Si l’amour est avant tout une affaire narcissique, c’est que le signe a trait à la reconnaissance. L’amour est autant le signe d’une reconnaissance que la reconnaissance d’un signe. Ce qui fait signe dans l’amour, c’est le phallus. Le rapport de l’être parlant à son semblable reste marqué par la circulation du phallus. Le sujet de la parole et du langage est visé par le message qu’il reçoit inconsciemment de l’Autre sous une forme inversée. Il en va de même en ce qui concerne les sentiments, dont l’amour fait partie, puisqu’ils sont véhiculés par un cortège de signifiants. Le phallus fait signe, il vient de l’Autre incarné en l’occurrence par le petit autre. Ce signe reste mystérieux pour le sujet amoureux alors qu’il fait lien. L’identification dans l’amour contient une demande implicite et la demande d’amour vient faire consister en retour le sujet dans l’illusion de sa complétude. L’amour pourtant relève du lien à l’autre, il permet un accrochage de dupes car le sujet ne veut rien savoir de sa propre division. Je m’aime dans ce que je crois aimer dans l’autre.

Comme l’indique Jacques-Alain Miller l’amour est réciproque car « l’amour que j’ai pour toi n’est pas que mon affaire, ça te concerne aussi puisque il y a en toi quelque chose qui me fait t’aimer »[3]. Par conséquent, tu m’adresses quelque chose qui fait que je t’aime. C’est le signe venu de l’Autre qui passe par l’autre auquel, comme sujet parlant, je réponds. Tu n’es pas si passif que cela puisqu’il y a ce signe en toi qui me fait t’aimer. Ce signe que le sujet prélève en quelque sorte sur son partenaire est très actif pour celui qui aime. On est bien dans la problématique de la réciprocité puisque cela fait lien et lien social. La rencontre amoureuse entre deux sexes est permise là où il n’y a pas de rapport sexuel.

[1] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 11.

[2] Dictionnaire historique de la langue française. Publié par les éditions Le Robert sous la direction d’Alain Rey, édition 2006.

[3] « La psychanalyse enseigne-t-elle quelque chose sur l’amour ? » Interview de Jacques-Alain Miller, propos recueillis par Hanna Waar, Psychologie magazine, n° 278, octobre 2008.

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