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Contingences

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Au-delà du couple S1 – S2 , ce qui se fait et peut se défaire

Une série de surprises m’a touchée ces derniers temps.

Dans le cadre d’un séminaire de lecture au Courtil nous travaillons la leçon 16 du cours de Jacques-Alain Miller « Le partenaire-symptôme ». Ce qui m’a retenue a trait à la connexion de la jouissance avec la contingence, au-delà de l’articulation signifiante faite du couple S1 – S2 et du sens joui comme valeur de jouissance.

Dans la rencontre avec un analyste, peut donc se défaire ce qui ne cesse pas, et s’ouvrir un champ de possibles. Comme le dit J.-A. Miller : « C’est bien de cela qu’il s’agit dans l’analyse, le désinvestissement du pathogène n’est jamais que de l’ordre du possible, c’est-à-dire qu’à un moment, ça cesse de s’écrire […] c’est là que s’inscrit l’acte analytique et […] c’est là que s’inscrit la passe au titre de possibilité précisément. »[1]

Quelques jours plus tôt, en séance chez l’analyste, j’entends autrement ce signifiant « impossible » qui a percuté le corps : non plus avec le sens joui mais dans sa motérialité, sa matière sonore. Dans ma lalangue, « im-possible » se prononce comme « sym-ptôme », avec un accent du sud. Cette découpe du signifiant entame le sens, allège, colore de vie.

Le 13 juin dernier, avant l’assemblée générale de l’ACF, en présence d’Éric Zuliani, a eu lieu une séance extraordinaire de l’atelier de lecture qui s’est tenu cette année au local sur le même cours de J.-A. Miller. Monique Kusnierek, Anne Lysy, Bernard Seynhaeve et Guy Poblome y ont invité Philippe Hellebois qui a établi ce cours, avec Christiane Alberti. P. Hellebois avance que cette contingence de la Leçon 16 est un moment tournant dans ce cours : J.-A. Miller pose la question « Pourquoi est-ce que telle parole de l’Autre a pris une valeur déterminante pour un sujet, pourquoi tels mots ont fait mouche pour lui ? […] Il est question de poids, de densité, de couleur, d’intensité. » Il lie la jouissance « à ce qui, à un moment, cesse de ne pas s’écrire, mais survient, se rencontre, pour l’un » et à ce que Freud désigne comme le « facteur quantitatif » de la libido. Puis il développe : « des formations attirent une certaine quantité d’investissement libidinal […] à un certain moment, par l’effet d’un surinvestissement ça se met à agir. » Cependant « […] on ne peut jamais déduire d’une articulation la quantité d’investissement qu’elle attire ».

Qu’est-ce qui fait rencontre aléatoire, contingence imprévisible ? P. Hellebois cherche, à ce moment-là, le passage où J.-A. Miller prend l’exemple de l’obsessionnel « retenu par certaines formules ». Cette recherche prend un peu de temps. Et surprise : j’éternue ! Événement de corps qui allège et fait rire autour de moi.

Si la contingence fait le lit de l’impossible qui mène à l’analyse, d’autres contingences liées à l’acte de l’analyste qui y met son corps, peuvent désinvestir la valeur de jouissance du symptôme, « faire la révolution dans la libido » ! Reprenons les termes de P. Hellebois : « Ce qu’une rencontre a fait, seule une nouvelle rencontre peut le défaire ».

Au-delà donc du couple S1 – S2 et du sens joui, du nécessaire et de l’impossible, qui alimentent la rencontre initiale du signifiant avec le corps, il est possible de faire d’autres rencontres qui donnent du peps !

[1] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Le partenaire-symptôme », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, leçon du 16 mai 1998, inédit.

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