Au coeur de la clinique… Avec JD Matet, L. Mahjoub…

Focus, Hebdo Blog 34

Entretien de L’Hebdo-Blog avec le comité de pilotage des 45es Journées de l’ECF

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Il y a trois semaines vous découvriez, le très beau texte de Marie Christine Bruyère sur le couple étonnant que formait Marceline Loridan-Ivens avec Joris Ivens, « Oublier pour se souvenir ». Celui-ci signait l’entrée du thème des Journées dans notre Hebdo-Blog. Aujourd’hui, le rythme s’accélère, et c’est une interview du comité de pilotage des 45es Journées que nous vous proposons de découvrir. L’Hebdo-Blog remercie chaleureusement Virginie Leblanc, Damien Guyonnet et Camilo Ramirez de s’être prêtés à nos questions, pour nous engager vers ces Journées qui promettent de nous surprendre Encore !

On est un couple, on est en couple, on fait l’amour, mais faire couple ! D’un coup d’un seul ce « faire » semble révéler une comédie à l’œuvre derrière Le couple si fréquemment évoqué comme un invariant. « Faire couple » n’est-ce pas là une véritable subversion ?

Faire couple pose la question des liaisons inconscientes qui réalisent le véritable fondement d’un couple. Avec qui, avec quoi fait-on la paire ? La question envisagée depuis l’expérience de la cure est celle du couple sous transfert. Elle sera explorée dans sa diversité actuelle pour interroger comment la société, la famille entrent en jeu dans l’économie de la jouissance. L’expression « faire couple » est de Lacan, elle évoque l’idée de réalisation, la nécessité d’un travail, comme le propose Christiane Alberti dans l’argument des Journées : faire couple exige un travail (comme on dirait, au sens de Freud, le travail du deuil) c’est aussi bien une tempérance dans le calcul des jouissances. Le faire fait écho également à cette autre formulation de Lacan, savoir-y-faire, qui elle-même se distingue bien du savoir-faire. Comme nous disons avec Lacan savoir-y-faire avec son symptôme, nous dirons, en restant fidèles à son enseignement, faire couple. Et là, il est question de surprise et d’embrouilles.

Drames amoureux, compagnonnages fidèles, ou infidèles, nouveaux couples, couples d’un nouveau genre ( avec un objet ? ou faire couple tout seul ? ) couples parentaux, couples érotiques, couples illégitimes, couples inconscients, couples célèbres, couples infernaux… Ce thème nous donne le vertige tant il convoque à la fois les passions de l’être, ses mirages, et le symptôme. Sur fond de quel discours, de quelle épistémè en convoquez-vous l’actualité ?

Sur fond du discours analytique, bien sûr. Si les branches de l’arbre comme vous le dites, sont multiples, le tronc lui est très précis : comment fait-on couple aujourd’hui ? C’est une question qui déborde celle de l’amour car nombreuses sont les façons de se lier à un partenaire, de faire nœud avec lui, elles ne passent pas nécessairement par l’amour et sont tout autant des formes vivantes de faire symptôme à deux. Comment ce « faire couple » se produit-il ? Sous quelles conditions tient-il, ou pas ? C’est précisément dans le cadre de la relation analytique, relation à deux, toujours, que chacun peut aborder comment ça tient, à quoi ça tient.

La clinique analytique nous sera donc très précieuse pour y répondre, mais comme l’illustre la conception du blog des Journées, elle ne sera pas notre seul prisme. Des témoignages venus des horizons les plus divers viendront nous enseigner sur ces formes toujours uniques, forgées par les parlêtres, pour cheminer dans la vie deux par deux. Les Journées comptent bien jeter quelques lumières sur la persistance de ce chiffre dans notre civilisation, décidément : à l’ère du narcissisme et de l’individualisme triomphant comme des Uns tout seuls, le duo se porte étonnamment bien, et ce, bien au-delà du conjugo. Alone, d’accord, mais Together !

L’année dernière vous nous avez tenus en éveil jusqu’aux Journées au rythme endiablé de journaux, vidéos, témoignage, textes… Est-ce que cette année vous nous réservez de nouvelles surprises ? Pourriez-vous en donner la primeur à L’Hebdo-Blog ?

Bien évidemment, et comme ce sont de vraies surprises nous ne donnerons ici que quelques indices ! Notre affiche a été révélée le 3 avril et le blog a été lancé le 11 mai. Désormais, toutes les semaines (à l’exception de la pause estivale), nous proposerons aux internautes de faire couple avec nous…

Le blog des Journées a été entièrement refait. Il se veut plus pratique, plus simple d’utilisation, mais également plus beau !

D’autres surprises viendront du côté des supports audio-visuels employés pour diffuser au plus grand nombre ce riche et gai tourbillon qu’est la préparation des Journées. Il nous semble essentiel de continuer à forger de nouvelles formes de propagation du discours analytique dans ce que la psychanalyse a de plus vivant. Là réside sans doute l’un des indices du succès remporté l’année dernière : réinventer la façon de faire rayonner le discours analytique, tout en gardant la rigueur qui lui est propre.

Vous évoquez la diversité des supports qui sont les nôtres. Sur le net bien sûr, mais également à travers tous les événements qui sont organisés à Paris et dans les régions. Les deux mouvements sont importants. Ils font couple, pour ainsi dire.

Enfin, une grande surprise vous attend très prochainement… Vous le verrez, celle-ci signera plus encore notre ancrage dans l’époque, notre souci constant de nous adresser à l’opinion au sens large et enfin, notre désir de maintenir Lacan et son enseignement toujours plus vivants.

Impossible de penser les J45 sans les mettre en perspective avec l’événement étonnant et détonant des J44. On serait tenté de se dire : « parce que nous avons créé un événement nous avons la formule magique. » Quelle serait-elle, cette formule ? Mais surtout à quoi tient-elle ?

Le secret réside sans doute dans la façon d’accueillir chaque année toutes ces nouveautés qui décomplètent l’idée d’avoir trouvé la clé du succès l’année précédente ! Certes il y a un vent de nouveauté qui souffle sur les Journées de l’ECF depuis deux ans, mais il ne gardera sa puissance rafraîchissante qu’à condition de refuser la tentation du même.

La formule magique pourrait se résumer en un seul mot : désir. Et pas de désir sans l’Autre, comme vous le savez. Ce que nous souhaitons c’est que chacun puisse être entraîné dans ce mouvement : depuis l’organisation bien sûr, mais également en lisant les articles ou en découvrant nos vidéos ; en participant activement à la diffusion, ou simplement en assistant aux journées préparatoires. À chacun sa manière de se sentir concerné par ces Journées. Et à chacun son rythme.

Finalement, nous n’avons pas du tout le sentiment de recommencer. La seule chose qui se répète c’est la nécessité de pénétrer et de se laisser pénétrer par le thème que nous avons choisi, de le faire vibrer à l’orée de l’enseignement de Lacan, et de le faire entrer en résonance avec notre époque. Souvenez-vous de ce tweet de Jacques-Alain Miller au moment du lancement du blog : « La psychanalyse épouse son époque ». Voilà finalement la formule magique !

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