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Nouvelle Série, L'Hebdo-Blog 210, Édito

Éditorial : Assèchement

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Comment l’analyste opère-t-il dans la cure avec la fuite du sens ? Cette « fuite dont la béance du rapport sexuel est responsable : soit ce que je note de l’objet (a) » [1], dit Lacan. Il démontre que les effets du non-rapport sexuel se déploient notamment dans le chiffrage des formations de l’inconscient, dans ce que Freud appelait les processus primaires – lesquels témoignent qu’une parfaite équation entre les sexes ne peut s’établir : « à ce que jamais puisse s’écrire ce rapport, ajoute Lacan : […] le langage […] [n’en fait] jamais trace autre que d’une chicane infinie » [2]. C’est dans des tours et détours infinis que l’inconscient tente de chiffrer le non-rapport et d’en récupérer un plus-de-jouir. Pour s’orienter dans ce chiffrage incessant, Freud cherchait le sens sexuel, et s’y arrêtait. Lacan va au-delà et envisage cette fuite comme l’indice même de la béance fondamentale de l’être parlant, en en faisant la visée de l’analyse.

Dans son article « Le mot qui blesse », Jacques-Alain Miller indique ainsi que l’interprétation doit permettre de « reconduire le sens à la jouissance » [3], en révélant ce que le sens doit à celle-ci. Il en dégage un principe à l’œuvre dans l’inconscient : « ne fait sens que ce qui fait jouir » [4]. L’interprétation, dit-il dans son cours « La fuite du sens », devient donc un « concept des plus problématiques dès lors […] que le mode de jouir est installé au cœur de l’expérience analytique » [5].

L’interprétation lacanienne ne s’arrête pas au déchiffrage du sens sexuel, même si l’analyste en use. Elle « pointe au-delà, vers l’inexistence du rapport sexuel » [6]. D’ailleurs, Lacan précise bien que ce « n’est pas parce que le sens de leur interprétation a eu des effets que les analystes sont dans le vrai, puisque même serait-elle juste, ses effets sont incalculables » [7]. Pas de technique ni de savoir transmissible de l’interprétation ; celle-ci se mesure à l’aune de son impact sur le mode de jouir propre au sujet, et à partir de son absolue singularité.

Face à la fuite du sens, l’analyste s’oriente vers un assèchement de la joui-sens, une réduction de l’empan sémantique du chiffrage, jusqu’à ce que l’espace des formations de l’inconscient n’ait « plus aucune portée de sens (ou interprétation) » [8].

[1] Lacan J., « Introduction à l’édition allemande d’un premier volume des Écrits », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 554.

[2] Ibid., p. 556.

[3] Miller J.-A., « Le mot qui blesse », La Cause freudienne n°72, novembre 2009, p. 136.

[4] Ibid.

[5] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. La fuite du sens », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 22 novembre 1995, inédit.

[6] Miller J.-A., « Le mot qui blesse », op. cit., p. 135.

[7] Lacan J., « Introduction à l’édition allemande… », op. cit., p. 558.

[8] Lacan J., « Préface à l’édition anglaise du Séminaire XI », Autres écrits, op. cit., p. 571.

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