À quelques jours des 56es Journées de l’École qui auront pour thème « Le sentiment de la vie », nous avons rencontré Daniel Roy, leur directeur.
Votre argument pour ces Journées et les rubriques du blog soulignent l’importance de l’art pour articuler quelque chose du sentiment de la vie. Pourriez-vous préciser ce point ?
Je dirais qu’à travers son œuvre – poèmes, sculptures, tableaux et traces sur les murs du monde, musique –, l’artiste a le mérite inestimable d’articuler pour nous le sentiment de la vie, c’est-à-dire de se porter au « joint le plus intime » du nouage réalisé par un objet entre « ce qui se dit, ce qui s’inscrit » et « ce qui se jouit ». Nous comprenons par là que ce joint est à proprement parler un dis-joint et nous sommes reconnaissant à celui qui habille ainsi cette blessure en nous, qui réalise ainsi « ce rêve en nous avec ses mots à lui », comme le chante Johnny Halliday sur des paroles de Michel Berger. Nous sommes reconnaissants à l’artiste de nous aider ainsi à continuer de dormir. Il faut noter que la modernité dans l’art a consisté précisément à ne plus se contenter de ce circuit pulsionnel par procuration, et à s’affronter avec les moyens du bord – qui sont essentiellement les moyens du corps – à cette disjonction, en la soulignant, sans y faire écran. Mission impossible !
Qu’apprenons-nous de la subjectivité de notre époque ?
Nous, psychanalystes, c’est par le désordre qui règne en cette zone, où surgissent des éléments et des événements difficilement intégrables par les discours qui constituent nos assises, que nous apprenons à reconnaître les traces d’un sentiment de la vie en souffrance, au-delà du principe de plaisir. C’est la zone par excellence du naufrage des idéaux. Pas besoin pour autant de se lamenter, notre psychanalyse nous apprend en effet qu’ils ne tiennent que par la jouissance à laquelle ils sont liés par leur humble naissance. C’est ce qu’une psychanalyse peut promettre : en savoir un bout sur ces bouts de jouissance qui nous fondent. Lacan a donné un nom, célèbre parmi nous, à ces épaves : celui d’objet a. C’est ce savoir-là qui permet aux psychanalystes d’accueillir et d’accompagner celles et ceux qui sont dans la tempête, qui cause un désordre sans nom dans leur subjectivité, dans leur corps, dans leur lien social. Il s’agit en effet, avec chacun, de retrouver ou d’inventer le nom qui conviendra pour inscrire un brin de sentiment de la vie.
S’il fallait retenir un point apporté par tout le travail des textes de préparation aux Journées, quel serait-il ?
Ce point, nous l’entendrons se former, se produire, au fil des simultanées cliniques, puis lors des séquences en plénière. Ouvrons nos oreilles. Son nom c’est…
Daniel Roy
Directeur des 56es Journées de l’École de la Cause freudienne




