« Pas-à-lire » : telle est, nous dit Jacques-Alain Miller, la définition lacanienne de l’écrit, précisant que cette mise en garde est « un défi, fait pour tenter le désir1 ».
Dès ses premiers travaux, alors jeune psychiatre, Lacan s’est intéressé aux écrits « inspirés » des malades, qu’il étudie avec une grande rigueur. D’autres suivront, et non des moindres : Aimée, Schreber, Joyce…
De la trace au trait, des formules et mathèmes jusqu’au nœud borroméen, Lacan s’est soucié de l’écrit. Lituraterre marque un tournant. À partir de l’équivoque joycienne a letter – a litter, la lettre chute pour finir à la poubelle. En tordant ainsi la littérature, Lacan vise un discours qui ne serait pas du semblant et va au-delà du sens et du signifié. La lettre fait trou, devient littoral, « entre lecture et écriture, entre symbolique et réel, entre savoir et jouissance2 ».
La lettre, en tant qu’elle se lit littéralement et qu’elle s’écrit, touche au réel et se distingue du signifiant : « C’est du côté des paradoxes de l’inconscient que nous avons le signifiant comme semblant. Tandis que la littérature, comme “lituraterre” […] est du côté du réel. Ce réel, c’est celui sans doute que nous approchons par l’opération scientifique. Mais aussi bien chaque fois qu’il y a de l’impossible, y compris de l’impossible à supporter, c’est-à-dire du réel clinique3 ».
Thomas Kusmierzyk
1 Miller J.-A., in Lacan J., Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, quatrième de couverture.
2 Roch M.-H., « Lacan, Lituraterre », La Cause freudienne, no 79, octobre 2011, p. 246.
3 Miller J.-A., « L’or à gueule de la lituraterre », Quarto, no 140, septembre 2025, p. 12.

