Au sein de l’ACF en Voie domitienne, un atelier de lecture a été créé à destination des étudiants et des jeunes praticiens. Ce dispositif ouvert sur la cité, intitulé « Tu peux lire la clinique contemporaine avec Freud et Lacan », s’est centré à ses débuts sur le signifiant en vogue : « l’IA ». Avec, par exemple, la lecture de Malaise dans la civilisation de Freud, l’enjeu était de décrypter comment toute nouvelle technologie se présente comme l’espoir d’une solution à un malaise qu’elle ne fait pourtant que voiler, quand elle ne vient pas directement l’alimenter. Mais plus qu’un savoir attendu et abouti, c’est surtout un certain rapport à la lecture qui s’est fait jour.
Lire le sens
En effet, lire Freud et surtout Lacan convoque une certaine solitude. Là où l’envie de comprendre se fait pressante, c’est bien souvent l’incompréhension de chacun qui survient. Jacques Lacan a pu dire au sujet de ses Écrits que « même si on ne les comprend pas, ça fait quelque chose aux gens1 ». La jouissance du corps semble y être engagée bien plus que le sens. En cela, lire est un acte qui demande un effort, c’est un déchiffrage qui interroge le sujet quant à son désir et donc à son rapport à la jouissance. La butée rencontrée par la lecture renvoie le sujet à un impossible à lire.
Pas-à-lire2
Qu’est-ce que lire pour la psychanalyse ? Dans une conférence intitulée « Lire un symptôme », Jacques-Alain Miller précisait que lire se situe dans « [l’]écart entre parler et écrire, [et] c’est cette différence que la psychanalyse exploite3 ». Ce hiatus signe un au-delà de la pratique du bien-dire, lorsque le signifiant n’est plus à interpréter comme un déchiffrage du sens. Sur l’autre versant du symptôme, la jouissance du signifiant s’impose. Le savoir-lire s’oriente de ce qui du symptôme est illisible, et tente d’en extraire une fonction logique, une écriture. La lettre est l’écriture d’un vouloir jouir qui ne se laisse pas lire autrement que par l’effet de jouissance qu’elle itère dans le corps. Ce pas-à-lire procède de la logique du chiffrage. Savoir-lire ce qui n’est pas-à-lire, mais qui s’écrit dans l’oralité de la parole, est ce qui opère dans la psychanalyse.
Transfert de savoir lire
Lire pour la psychanalyse relève d’une logification. Dans la cure le savoir-lire et le bien-dire se transfèrent de l’analyste à l’analysant. Le désir de savoir lire avance à mesure que le sujet se dégage d’un je n’en veux rien savoir à la faveur du consentement à un non-savoir. À partir de ce manque, le désir de savoir s’épanouit en transfert de travail. Une voie ouverte par Lacan avec la création du travail en cartel. L’atelier de lecture de l’ACF s’en distingue mais s’en oriente. C’est un espace où le transfert de travail s’articule au désir de lire afin que surgisse une énonciation à partir de cet intraduisible que revêt l’impossible à lire.
Parier sur un désir de lecture, s’atteler au savoir-lire et à l’écriture témoignent d’un désir au travail vers la cause analytique.
Isabelle Miraglio
[1]. Lacan J., Le Triomphe de la religion, Paris, Seuil, 2005, p. 85.
[2]. Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 252.
[3]. Miller J.-A., « Lire un symptôme », Mental, n°26, juin 2011, p. 50.




