Le petit Hans et son indocile « fait-pipi »

Il y a plus d’un siècle, Freud a découvert l’existence d’une sexualité infantile et d’une pulsion sexuelle qui se révélait perverse polymorphe [1]. Dans ses Cinq psychanalyses [2], il démontre son argumentation théorique des Trois essais sur la théorie sexuelle [3] sur un versant clinique. Il donne la parole pour la première fois à un enfant, le petit Hans [4]. Qu’est-ce qui cause problème à cet enfant et fait, pour lui, attentat sexuel ?

À trois ans, Hans manifeste un intérêt pour une partie de son corps, son pénis réel, qu’il nomme son « fait-pipi ». Il veut savoir si sa mère en a un, elle aussi. Sa réponse affirmative semble le laisser perplexe. Puis, il observe à partir de trois ans et demi le « fait-pipi » des animaux. Il se met à distinguer le vivant qui en a un et l’inanimé qui n’en a pas. La curiosité sexuelle de Hans est particulièrement vive à l’égard de ses parents. Il les observe et les questionne sur leur possession d’un « fait-pipi », leur taille. Il trouve le sien trop petit et pense qu’il va grandir.

Peu avant ses trois ans et demi – qui sont marqués par un événement traumatique, la naissance de sa petite sœur Anna –, Hans « est surpris par sa mère, la main au pénis » [5]. Il « constate soudainement qu’il a un petit organe qui bouge » [6]. Cet enfant ne dispose pas de signifiant pour dire ce qui s’éprouve dans son corps. « Si le tout-petit rencontre la réalité sexuelle sur son propre corps, cette jouissance n’est cependant en rien autoérotique. En témoigne l’invasion déchirante que connaît le petit Hans dans ce symptôme phobique, qui condense cette jouissance qui l’assaille et qu’il rejette de toutes ses forces. Le symptôme se forme au point où la réalité sexuelle fait effraction, dans le contexte de l’intimité qu’il connait avec sa mère et du type de père qu’il a. » [7]

Ici, la menace de castration est portée par la mère – et non par le père – qui lui dit : « Si tu fais ça, je ferai venir le Dr A… qui te coupera ton fait-pipi. Avec quoi, feras-tu alors pipi ? » [8] Freud constate que l’enfant répond sans culpabilité à sa mère. La menace de castration est sans effet sur lui. Éric Laurent indique l’importance de « distinguer les deux choses : la menace de la mère – “on va te la couper” – et la naissance de la sœur qui vient juste après. Pour Hans, ce sont deux évènements qu’il va falloir faire tenir ensemble : à quoi sert donc le “fait-pipi” dans l’engendrement des enfants et comment lui est-il possible de supporter ce que veut dire la naissance de la sœur ? Quel est le désir qui met au monde cette sœur dont il est jaloux, dont il dit d’emblée : “Moi, je n’en veux pas. On la ramène” » [9]. On lui explique alors que ce n’est pas possible, qu’il sera le grand et elle, la petite. C’est avec cette paire signifiante que Hans va construire des mythes.

Lorsque sa phobie, qui est « une protection contre l’angoisse » [10], éclot à l’âge de quatre ans et neuf mois, Hans a peur des grands animaux, notamment du cheval qui n’est pas pour autant le pénis réel – il « est en cette occasion, la place où doit […] venir se loger le pénis réel » [11]. Pour que la jouissance intrusive parvienne à se localiser hors-corps, il en passera par trois opérations : l’enraciné, le troué et l’amovible sans oublier la vis qui permettra que l’objet soit détachable.

[1] Freud S. Trois essais sur la théorie sexuelle, Paris, Gallimard, 1987.

[2] Freud S., Cinq Psychanalyses, Paris, PUF, 1995.

[3] Freud S. Trois essais sur la théorie sexuelle, op. cit.

[4] Freud S., « Analyse d’une phobie chez un petit garçon de 5 ans (Le petit Hans) », Cinq Psychanalyses, op. cit., p. 93-198.

[5] Ibid., p. 95.

[6] Lacan J., « Conférences et entretiens dans des universités nord-américaines. Yale University, Kanzer Seminar. 24 novembre 1975 », Scilicet, n°6/7, 1976, p. 22.

[7] Terrier A., « Argument. Part. 3 », Attentat sexuel, 50e journées de l’École de la Cause freudienne, Paris, 14 et 15 novembre 2020, disponible sur le site des journées de l’ECF : attentatsexuel.com

[8] Freud S., « Analyse d’une phobie chez un petit garçon de 5 ans (Le petit Hans) », op. cit., p. 95.

[9] Laurent É., « Le petit Hans et son ‘‘fait-pipi’’ », La Cause du désir, n°64, octobre 2006, p. 29.

[10] Lacan J., Le Séminaire, livre IV, La Relation d’objet, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1994, p. 281.

[11] Ibid.