Lacan souligne le paradoxe de la lumière pour l’être parlant : trop de lumière l’aveugle, et il s’éclaire des étoiles qui donnent peu de lumière, mais le plongent dans la nuit noire lorsqu’elles s’éteignent1. Le tout dernier enseignement de Lacan considérait que la parole est fort heureusement obscurantiste. Si elle produit des effets de vérité comme autant de révélations successives mettant en forme l’hystoire du sujet, il y a un reste qui ne se laisse pas résorber par le symbolique. Il replace ainsi la dimension d’une énigme irréductible au cœur du parlêtre. Cette énigme, quelle est-elle ? Celle de la vérité sur la jouissance qui, à l’instar de la photographie de Rika Noguchi, ne peut se regarder en face. Ce réel de la jouissance, bien qu’il nous aveugle, s’éclaire par touches et ordonne le cadre du savoir. Cela ne peut se faire qu’à dépasser la passion de l’ignorance propre à la parole, celle qui verse toujours vers le sens-joui. Le désir de savoir devient alors une visée de l’analyse. Alors en quoi l’obscurantisme serait-il un bienfait ? La parole permet de croire que le monde tourne rond, plutôt que de savoir l’im-monde qui gît en chacun. C’est rassurant, et c’est en cela que Lacan lui rend grâce. Il s’agit d’en être dupe sans omettre ce qui lui ex-siste.
Anaïs Adam
1 Cf. Lacan J., « Lumière ! », Aux confins du Séminaire, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Navarin, coll. La Divina, 2021, p. 67.

