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Édito, Nouvelle Série, L'Hebdo-Blog 248

ÉDITORIAL: Pousser jusqu’au style*

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« Ce qui est lacanien c’est un style, une manière de poser les problèmes, l’idée que l’irrationnel de la conduite humaine répond à une raison d’un autre genre. » [1]

Jacques-Alain Miller, « Entretien sur les circuits du désir et sa politique »

 « Le style c’est l’homme […] à qui l’on s’adresse » [2], écrit Lacan en 1966, c’est même le premier mot en ouverture de cet immense opus-boussole que constituent les Écrits. Dans son exergue, Lacan introduit d’emblée un écart avec l’idée d’Homme ramenée à un « fantasme de grand homme » [3], au profit de la dimension de l’adresse et donc, de la parole. « C’est l’objet qui répond à la question sur le style » [4], indique-t-il, à la place de l’idée d’homme : « nous appelons la chute de cet objet », car c’est à chuter que cet objet se révèle « à la fois comme la cause du désir où le sujet s’éclipse, et comme soutenant le sujet entre vérité et savoir » [5].

La question du style dans le champ analytique est affine à celle de la formation. Formation entre guillemets comme l’indique la revue de La Cause freudienne numéro 52, puisqu’en matière de formation analytique il s’agit de « faire ses preuves […] en sachant se rendre exempt du contre-transfert » [6]. De l’expérience analytique menée jusqu’au terme résulte un style, qui aura certes soutenu l’ensemble de l’expérience, mais qui aura muté à la mesure du parcours des interstices de la vérité et de ses butées réelles.

S’il ne s’apparente pas à un concept fondamental de la psychanalyse comme tel, il est cependant incontournable dès lors que nous approchons la question de la fin de l’analyse : « Le style résulte de ce que la volonté de transmission est limitée par ce qui est impossible à dire » [7]. Cette limite suppose une prise de distance d’avec les identifications qui ont longtemps paré le vide du sujet ; limite qui fait résonner la visée lacanienne de la fin d’une analyse, à savoir l’obtention de la différence absolue. Cette limite nous la trouvons bien sûr chez Lacan, quand il resserre sa focale sur l’analyste : « sur le style de sa pratique et l’horizon qu’il sait y reconnaitre à y démontrer ses limites » [8].

Gardons-nous de croire qu’il suffit pour cela de reconnaître sa castration et d’égrener les doutes qu’elle génère – « je ne sais pas, ai-je bien fait ? Ai-je pris la bonne option ? – car “il ne suffit pas d’une caractéristique négative”» [9], comme l’indique Armand Zaloszyc, « une caractéristique positive est encore requise » [10]. La psychanalyse « invite à une formation qui va au-delà de la transmission de savoir […] qui comporte une mutation subjective » [11]. Au fond, le style est une des dimensions palpable du réel rencontré dans la cure – il est un produit, un reste de cette rencontre, en-deçà de la maîtrise de la manière : loin des parades, de l’habillage moïque et identificatoire hérité de l’Autre ou prélevé sur lui, l’analyste, ses oripeaux essaimés, est celui qui a « [p]ouss[é] jusqu’au style l’incurabilité singulière délivrée par l’analyse » [12], c’est alors qu’il participe en le renouvelant, d’un style plus vaste, sans s’y résorber, le style lacanien.

* Nous devons ce titre à Monique Amirault, dans son texte : « Faits de formation », La Cause freudienne, n°52, La formation entre guillemets des psychanalystes, novembre 2002, p. 97.

[1] Miller J.-A., « Entretien sur les circuits du désir et sa politique », La Lettre mensuelle, n°188, mai 2000, p.1-2. 

[2] Lacan J., « Ouverture de ce recueil », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 9, souligné par nous.

[3] Ibid.

[4] Ibid., p. 10.

[5] Ibid.

[6] Zaloszyc A., « Le psychanalyste, son style et son horizon », La Lettre mensuelle, n°163, novembre 1997, p. 5-7.

[7] Leguil F., « Cerner un style », La Lettre mensuelle, n°63, novembre 97, p 3-4.

[8] Lacan J., « Discours à l’École Freudienne de Paris », version orale.

[9] Zaloszyc A., « Le psychanalyste, son style et son horizon », op. cit.

[10] Ibid.

[11] Miller J.-A., « La formation de l’analyste », La Cause freudienne, n°52, novembre 2002, p. 42.

[12] Amirault M., « Faits de formation », La Cause freudienne, n°52, op.cit.

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