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Édito, Nouvelle Série, L'Hebdo-Blog 238

Éditorial : Lire « …ou pire »

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Comment ne pas penser aujourd’hui à relire, à retravailler ce Séminaire prononcé par Lacan entre décembre 1971 et juin 1972 ? Le Séminaire XIX, …ou pire est une mine, une boussole, un condensé puissant. C’est avec ce Séminaire que commence le dernier enseignement de Lacan, nous indique Jacques-Alain Miller sur la quatrième de couverture, ni plus ni moins !

« Mon titre souligne l’importance [d’une] place vide, et démontre aussi bien que c’est la seule façon de dire quelque chose avec l’aide du langage » [1]. Les trois petits points, Lacan les commente dans la première leçon. Ce sont trois points qui cherchent à « retenir » [2], à interpeller, à éveiller. Pire, père, dire… Pas dire, mais un dire.

Le tableau Adam et Ève, peint par Dürer en 1507 et choisi par J.-A. Miller pour illustrer la couverture, met en évidence le fil rouge du Séminaire : « Il n’y a pas de rapport sexuel ». Le premier homme et la première femme, représentés grandeur nature dans un diptyque monumentale, ne font pas couple, ils sont séparés, chacun de son côté du tableau. Pas de main dans la main qui ferait croire à une prétendue union au paradis.

« Il n’y a pas de rapport sexuel » veut dire que « les deux moitiés ne s’emboitent pas » [3]. Patatras le rêve d’Aristophane, pas de sphère parfaite qui pousse l’un et l’autre à trouver sa moitié et à faire « l’un sexuel » [4].

Les maîtres mots sont ainsi : disharmonie, ratage, malentendu, car le « sexe ne définit nul rapport chez l’être parlant » [5]. Il y a une faille irrémédiable que les parlêtres tentent de recouvrir par des identifications, des semblants, des discours.

Le Séminaire …ou pire est une traversée qui va d’un il n’y a pas à un Yad’lun, en tant qu’il n’y a pas de deux. Les êtres parlants sont seuls avec leur jouissance, celle qui a frappé leurs corps de manière contingente : « Il n’y a pas de rapport sexuel, au fond, est la conséquence de la primauté de l’Un en tant qu’il marque le corps d’un évènement de jouissance » [6].

Étudier, revenir sur les textes, souligner, oublier qu’un passage a été lu dix fois, trouver la citation cherchée et la perdre, voici les joies du lecteur de Lacan.

Cette semaine, L’Hebdo-Blog, nouvelle série, vous invite à chercher dans votre bibliothèque …ou pire.

[1] Lacan J., Le Séminaire, livre XIX, …ou pire, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2011, p. 11.

[2] Ibid., p. 12.

[3] Miller J.-A., « Jacques-Alain Miller vous présente : Jacques Lacan “Le séminaire livre XIX : …ou pire” et Jacques Lacan “Je parle aux murs” aux éditions du Seuil et “Vie de Lacan” aux éditions Navarin », Librairie Mollat, 10 septembre 2011, disponible sur YouTube.

[4] Ibid.

[5] Lacan J., Le Séminaire, livre XIX, …ou pire, op. cit., p. 13.

[6] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. L’Un-tout-seul », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, cours du 4 mai 2011, inédit.

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