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Édito, Nouvelle Série, L'Hebdo-Blog 241

ÉDITORIAL : L’impossible, un levier ?

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« Il est impossible que les hommes et les femmes n’aient affaire qu’à une seule jouissance » [1], indique Éric Laurent. Le rapport sexuel relève d’une impossibilité logique et ne s’écrit pas dans une formule. Entre deux êtres parlants, se glisse toujours un ratage, ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire.

« L’homme naît malentendu », car il préexiste dans ce que Lacan appelle le « bafouillage de [ses] ascendants » [2], c’est-à-dire la transmission d’un dire, non pas d’un tout-dire, mais d’un dire habité d’un désir, empreint du non-rapport. C’est dans la béance du malentendu que s’ouvre une autre voie, féconde, qu’un savoir préétabli risquerait d’oblitérer. Il s’agit de ne boucher ce malentendu ni par les promesses de la science, ni d’ailleurs par les promesses d’un amour qui pourraient y faire croire. La position de la psychanalyse est de respecter ce malentendu, de le faire advenir parfois, pour exploiter ce qu’il éclaire à l’insu du sujet.

La science, quant à elle, a tôt fait de considérer que l’impossible ne dure qu’un temps, qu’il est dû à un déficit ponctuel des connaissances et qu’un jour ou l’autre, elle pourra tout écrire dans des équations. Que fait la science lorsqu’elle tente de rendre possible un impossible qui, dans certains cas, prend la forme de ne pas pouvoir concevoir un enfant ? En effet, c’est précisément en croyant éradiquer tout impossible que le discours de la science, par ses petites lettres qui fonctionnent toutes seules, peut avoir comme effet de court-circuiter la transmission là où, paradoxalement, c’est ce qu’elle prône.

Jacques-Alain Miller nous indique que la psychanalyse lacanienne pilote sa pratique à partir de la séquence signifiante [3]. Nous nous démarquons d’une position réactionnaire, conservatrice, qui va à rebours de son acte [4]. Le discours de l’analyste, comme il en sera question prochainement au congrès Pipol 10, dont le thème « Vouloir un enfant ? » [5] est brulant d’actualité, ce n’est donc être dupe ni de la tradition ni du progrès. Il n’est pas question de réagir contre ces avancées que nous offrent la science en matière de PMA[6]. C’est une chance pour des hommes et des femmes de devenir parents, tant que ces nouvelles techniques ne se targuent pas de faire croire que le rapport existe en un coup de pipette magique – ce qui viendrait boucher l’accès à une transmission qui est toujours de l’ordre d’une invention dont l’impossible du rapport sexuel est un levier que la psychanalyse permet d’isoler.

[1] Laurent É., « Préface », in Naveau P., Ce qui de la rencontre s’écrit. Études lacaniennes, Paris, Michèle, 2014, p. 11.

[2] Lacan J., « Le malentendu », Ornicar ?, n°22/23, printemps 1981, p. 12.

[3] Cf. Miller J.-A., « L’avenir de Mycoplasma laboratorium », La Lettre mensuelle, n°267, avril 2008, p.11-15.

[4] Cf. Miller J.-A., « Une fantaisie », Mental, n°15, février 2005, p. 14.

[5] Congrès Pipol 10 « Vouloir un enfant ? Désir de famille et clinique des filiations », 3 & 4 juillet 2021, en visioconférences, informations et inscriptions : www.pipol10.eu/

[6] PMA : procréation médicalement assistée.

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