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Édito, Nouvelle Série, L'Hebdo-Blog 231

Éditorial : Au-delà de l’érotomanie

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« L’emmerdeuse érotomane est celle qui ne peut s’empêcher de poser la question Est-ce que tu m’aimes ? »
Jacques-Alain Miller, L’Os d’une cure

Si l’érotomanie, dans sa forme psychotique, est la certitude d’être aimé par l’autre, on pourrait dire que dans l’hystérie, elle est une des voies qu’emprunte le sujet pour poser la question de son être ou plutôt de son manque-à-être. Une femme, marquée comme tout parlêtre par une irrémédiable incomplétude et qui, dans son cas, se marque dans le corps, tente d’aller chercher ce supplément d’être dans la parole d’amour, à l’inverse du côté mâle du tableau de la sexuation, lequel met plutôt à la manœuvre un objet fétiche dans le rapport à l’autre sexe.

Elle cherche ce qui la cause chez l’autre : ce « je ne sais pas qui je suis comme femme » fait surgir dans le transfert le sujet supposé savoir quelque chose sur elle, l’analyste comme « tenant-lieu de la cause cachée » [1].

Si l’amour suit la même logique que le savoir, le « je ne m’aime pas » intrinsèque au manque-à-être trouverait sa réponse dans l’émergence d’un sujet supposé aimer dont la femme guette les moindres signes d’amour qui sont autant de signes d’un laisser-tomber qui la ravissent. La parole d’amour, que Lacan met du coté de Ⱥ, rencontre son pendant dans le ravage qui saisit le parlêtre sous la forme d’« une douleur […] qui ne connaît pas de limites » [2].

Le partenaire est alors convoqué via un mode de jouir du signifiant or, comme nous le rappelle Jacques-Alain Miller, « les parlêtres en tant qu’être sexués font couple non pas au niveau du signifiant pur, mais à celui de la jouissance, et cette liaison est toujours symptomatique » [3]. La demande d’amour, cette garantie irréfutable, impossible à donner, ne peut que rater à faire rapport et ouvre un gouffre sans fond qui aspire le sujet.

C’est sans doute la raison pour laquelle J.-A. Miller invite les sujets féminins à « résoudre la question de l’amour c’est-à-dire celle de [leur] érotomanie » [4]. En effet, la clinique nous démontre que cette parole, bien que condition nécessaire pour accéder à l’altérité du féminin, s’avère insuffisante.

Est-ce à dire que ces sujets sont invités à étayer leur mise dans la rencontre amoureuse ? Plutôt que d’offrir leur être, il s’agirait d’engager l’objet a en consentant à incarner « l’objet qui cause le désir d’un homme » [5]. C’est l’invitation que fait Lilia Mahjoub aux hommes : « qu’ils leur parlent à partir de leur fantasme à elles pour accéder à une jouissance » [6].

Résoudre l’écueil de l’érotomanie en passerait pour une femme par le tissage entre amour et objet a, l’amour permettant de faire passer l’objet réel au semblant et de le mettre ainsi en jeu dans une rencontre avec un partenaire pour atteindre sa propre altérité.

[1] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Cause et consentement », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, cours du 16 décembre 1987, inédit.

[2] Miller J.-A. « Un répartitoire sexuel », La Cause freudienne, n°40, janvier 1999, p. 15.

[3] Miller J.-A., L’Os d’une cure, op. cit., p. 74.

[4] Miller J.-A. « L’orientation lacanienne. Le partenaire symptôme », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, cours du 27 mai 1998.

[5] Lacan J., Le Séminaire, livre XXII, « R.S.I. », leçon du 21 janvier 1975, inédit.

[6] Mahjoub L., « Érotique féminine et dits de femme » (2019-2020), enseignement prononcé dans le cadre de l’ECF, inédit.

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