En ce printemps, le Grand Palais expose le travail de la photographe Nan Goldin, sous le titre This will not end well. Elle y présente ce qu’elle nomme des films composés de photos. Des clichés de corps qui jouissent, bien souvent au moyen de la drogue, sont juxtaposés sur une bande-son sans autre forme de récit. Nan Goldin tient à préserver, l’odeur, la saleté, soit le réel de ses souvenirs vrais plutôt que de se risquer à les draper1 en nous en racontant l’histoire – narration qui tendrait à les abraser. Le spectacle de la juxtaposition de morceaux de réel résonne avec ce numéro de l’Hebdo-Blog dédié à l’itération.
L’itération du même Un de jouissance se dévoile particulièrement dans l’addiction quand celle-ci se présente sur un mode toxicomaniaque, soit quand elle se passe radicalement de l’Autre. C’est ce critère même qui conduit à parler d’itération, et non de répétition.
Les toxicomanes recherchent encore et encore la jouissance inouïe que leur procure la drogue. Mais cette jouissance out of the box en cache une autre, plus originelle, issue de la frappe du langage sur le corps, qui plonge ces sujets dans une dysharmonie foncière.
Comment cette jouissance de la drogue opère-t-elle sur cette substance jouissante première ? Interférence ? Rupture ? Court-circuit ? La question se pose à la lecture de ce numéro. Quelle qu’en soit la modalité d’action, les effets de la drogue sont toujours évanescents au regard de cette jouissance première inextinguible.
Katell Le Scouarnec
1. Poitras L., Toute la beauté et le sang versé, film, 2022, à propos de la photographe Nan Goldin.

