La publication d’un Séminaire de Jacques Lacan est toujours un événement qui suscite l’effervescence de ceux qui s’essaient à le lire. Dans L’Objet de la psychanalyse, Lacan est à la recherche de cet objet inédit, objet a dont la substance, la substantialité ne peuvent être capturés1. Comment le saisir néanmoins ? Par des représentations telles que des graphes, schémas, surfaces topologiques, etc. que Lacan va manipuler, tordre et découper devant son auditoire ; puis avec l’analyse magistrale, précise et détaillée, des Ménines de Velázquez.
Et comme toujours, en suivant Lacan, on trouve. J’ai particulièrement aimé – parmi tant d’autres – ce passage dans lequel il évoque la topologie comme étoffe, dans laquelle le psychanalyste taille le sujet de l’opération psychanalytique. « Ce n’est pas d’hier que j’ai essayé de former cette construction, ces réseaux, ces écriteaux indicateurs […] Les formules mêmes qui sont à l’occasion les miennes, les analystes me les apportent en contrôle toutes crues, toutes vives, les malades les disent strictement, rigoureusement, exactement, comme elles sont dites ici. Cette topologie, si je n’en avais pas eu déjà quelque chose comme un petit vent, ils me l’auraient fait réinventer.2 » Chaque publication du Séminaire de Lacan est un rendez-vous avec un style, une rigueur et une clarté qui tranchent avec les esbroufes actuelles.
Thomas Kusmierzyk
1 Miller J.-A., « Les prisons de la jouissance », La Cause freudienne, n°69, septembre 2008, p. 121. disponible sur Cairn.
2 Lacan J., Le Séminaire, livre XIII, L’Objet de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil & Le Champ freudien, 2026, p. 379.

