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De l’autiste à sa langue… et retour

Par Dominique Holvoet
8 mars 2026
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L’autisme constitue sans nul doute, depuis le travail de Rosine et Robert Lefort, la catégorie clinique fondamentale du champ ouvert par Freud si l’on veut bien l’admettre comme étant le statut natif du sujet. Mais c’est à condition de parcourir le chemin depuis l’inconscient structuré comme un langage jusqu’à l’inconscient habité par lalangue. Et sans doute faut-il ajouter « le chemin aller et retour ». Car il ne s’agit pas de laisser chacun parler tout seul, habité par sa lalangue. Lacan nous indique l’issue en formulant que « lalangue est une affaire commune1 ». Comment accompagner le sujet autiste afin qu’il puisse « faire raccord avec le sujet de la chaîne signifiante et se glisser dans la langue commune2 » ?

La mutation que vise l’opération analytique avec l’autiste est de lui donner l’occasion de s’ouvrir à l’Autre sans qu’il ait l’impression d’y perdre trop. S’ouvrir à l’Autre implique de s’ouvrir au sens – ce à quoi ne se risque pas l’autiste, à moins qu’il n’y trouve de sérieuses garanties. C’est en quoi consiste la construction du bord autistique, par où la marge de rapport à l’Autre devient tolérable. S’enseigner des témoignages des autistes permet d’apprendre d’eux que le sens est toujours équivoque et qu’il conduit à faire vaciller toute consistance. En conséquence, le plus grand danger pour le sujet autiste est bien de perdre la maîtrise de son corps, de son être et de son inscription dans le monde. Et c’est pourquoi, indique Jacques‑Alain Miller, cette absence de maîtrise « fait retour sous la forme pluralisée de ces règles absolues et ordonnancements rigides auxquels tous les témoignages attestent que l’autiste aspire3 ». Nous trouvons là ce qui motive le trait essentiel de la défense autistique de l’immuabilité, cette fameuse sameness que J.-A. Miller propose de traduire par « mêmeté ». Le second terme de Kanner, aloneness, qu’il traduit par « esseulement », apparaît ici comme la conséquence de ce puissant désir de mêmeté. Dans la préface qu’il rédige à l’ouvrage de Jean‑Claude Maleval, cette nécessité impérieuse conduit J.-A. Miller à établir la thèse de la forclusion du signifiant-maître comme spécifiant la différence autistique. Il reprend ainsi la thèse des Lefort, citée par J.‑C. Maleval, selon laquelle « la cheville du signifiant-maître initial, le S1, est forclose4 ».

C’est ainsi l’itération d’un S1 sans Autre qui s’observe chez de nombreux sujets, sous des formes limitées ou extrêmement sophistiquées, mais témoignant toujours d’une fixité inexorable. Dans les institutions qui s’appuient sur l’enseignement de Lacan pour accompagner les autistes, on utilise fréquemment le terme de métonymie pour mettre en valeur cette itération. Mais c’est peut-être un peu exagéré : il n’y a pas métonymie car il n’y a pas glissement du signifié sous le signifiant. Il n’y a pas enchaînement, pas de chaîne signifiante, mais pure succession d’un même S1 qui se déroule hors sens. En mouvement perpétuel, cependant immuable, l’itération autistique vient « compenser dialectiquement le chaos qui s’ensuit de la néantisation à sa place, du signifiant-maître, notée (S1)0 5 ».

Faute d’un S1 chevillé au corps, l’appel au sens s’en trouve non pas rompu, mais fermé ; il n’y a pas d’appel à l’Autre. Il n’y a que le Un-corps, lalangue et l’écriture d’un Un comme trépied sur lequel prendre appui pour s’introduire au mode de vie autistique et les rencontrer. C’est pourquoi il m’est apparu depuis longtemps que seul le dernier enseignement de Lacan nous donne les plus robustes balises pour répondre à l’énigme qu’ils peuvent représenter dans la clinique psychanalytique. Nous trouvons là, chez Lacan, un effort remarquable pour passer de l’inconscient structuré comme un langage à l’inconscient habité par lalangue. Notre travail avec l’autiste semble alors d’en envisager le trajet retour : puisque lalangue est une affaire commune, tâche au clinicien de permettre la mise au point d’une langue privée. Alors seulement un possible rapport à l’Autre se voit entrouvert…

Dominique Holvoet


1. Lacan J., Le Séminaire, livre XXIV, « L’insu que sait de l’une-bévue s’aile à mourre », leçon du 19 avril 1977, Ornicar?, n°17‑18, printemps 1979, p. 13.

2. Laurent É., « Retour sur la forclusion du S1 », Quarto, n°141, décembre 2025, p. 79.

3. Miller J.-A., « Préface », in Maleval J.-C. , La Différence autistique, Paris, PUV, 2021, p. 13.

4. Ibid.

5. Ibid.

Numéro : L'Hebdo-Blog 397
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