Numero 135

A la une, Hebdo Blog 126

Du parent au sujet, et retours

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Beaucoup des pères et des mères qui ont frappé à la porte du CPCT-parents ne connaissaient nullement la psychanalyse. Ce fut une surprise.

Le CPCT à Rennes a une particularité dans son offre, puisque le S1 parents y est accolé. Pour certains sujets, ce signifiant identificatoire peut venir boucher une demande particularisée, puisque de manière métonymique, parents va avec ce S1 moderne : parentalité. La parentalité est en effet un questionnement extrêmement contemporain : modes d’emploi, coaching et guides parentaux fleurissent de toute part. Face à l’énigme de « comment être parents ? », de « qu’est-ce qu’un père ? », « comment être une bonne mère ? », ou « comment retrouver une harmonie familiale ? », pris dans la vague de la parentalité, certains sujets s’adressent au CPCT‑parents en convoquant cet Autre moderne sachant, cet Autre du guidage et en attendent des conseils, des recettes, des méthodes pour résoudre la question énigmatique de leur être.

Alors, face au malaise dans l’institution familiale, des psychanalystes rencontrent de manière inédite des parents, des pères et des mères « déboussolés »[1], dans un dispositif où il ne s’agit ni de les éduquer, les juger, ou les coacher ; mais de leur permettre de dire et de déposer la souffrance qu’ils peuvent rencontrer avec leur enfant et d’inventer un nouveau type de lien à celui-ci. Pas d’Autre du conseil, mais la possibilité de se soutenir d’un discours, celui analytique, qui porte au bien dire, qui use du signifiant pour traiter du réel rencontré, qui prend en compte l’histoire familiale et les circonstances précises de la situation de crise, qui offre au sujet la possibilité de se faire responsable de la jouissance ignorée à lui-même. Première subversion de cette demande contemporaine, vers un accueil particularisé qui tient compte des possibilités et limites propres à chacun des partenaires de la situation. En cela, le CPCT-parents fait une offre différente à celui qui vient chercher un Autre qui saurait. Le parent devient sujet et pourra alors se faire responsable de ce qui le gouverne à son insu, pour que se construise son propre savoir-y-faire avec les embrouilles de sa jouissance. Deuxième subversion de la demande.

Notre siècle pose autrement le malaise dans l’institution familiale. Si l’on peut penser que de tout temps, parce que ni l’instinct maternel, ni l’instinct paternel n’existent, chaque père et chaque mère s’est questionné lors de la venue d’un enfant sur ce qu’il en était de sa place, de son rôle ou de sa fonction, il n’en demeure pas moins qu’au XIXe siècle, les remaniements contemporains de l’ordre symbolique ont dévoilé un trou dans le savoir, un trou sur comment faire famille étant entendu que, jadis, la fonction du Père et de l’interdit masquaient ce trou. Quand la famille n’est plus ce qu’elle était, quand l’appel à la médecine est la condition pour faire famille, quand le couple parental fait place au monoparental, quand les fonctions sont interchangeables, quand les parents sont du même sexe… Quelles conséquences dans la filiation ? Quelles transmissions ? Comment faire famille ?

Ce sont toutes ces questions qui traversent l’institution familiale et ses incidences sur l’enfant, qui sont interrogés au CPCT‑parents ; et plutôt qu’une réponse pour tous, plutôt que de s’engouffrer dans le champ de cette parentalité, sorte de Nom-du-Père moderne prêt-à-porter, est fait grand cas de la singularité de chacun des sujets reçus. L’appui sur le discours analytique pour la prise en compte du réel qui s’impose aux pères et mères du XIXe siècle permet aux sujets un nouveau savoir-y-faire propre à chacun, avec son enfant.

 

[1] Miller J.-A., « Une fantaisie », Mental, n°15, février 2005, p. 9.

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