C'est l'été avec l'HB, aux côtés de M.-H. Brousse, P. Lacadée et le dernier numéro de La cause du Désir​

Édito, Hebdo Blog 104

Quand la parole s’entend, quand la parole s’écrit

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Quelques jours ont passé, le pire n’est pas arrivé, un nouvel homme a été investi à la fonction suprême.

Rien n’est terminé.

Pourtant quelque chose a changé. Des voix se sont levées, beaucoup de voix, qui se sont opposées. On s’est senti bousculé, éprouvé, bien seul devant sa responsabilité. La démocratie a percuté nos corps : en cela elle avait déjà un peu gagné.

Et nous poursuivons notre tâche : des forums SCALP au Colloque UFORCA le 20 mai prochain, il s’agit de continuer à suivre le silllon tracé par le discours analytique pour venir loger notre éthique partout où pèse la menace que les mots en souffrance de dire l’énigme d’être au monde soient tus, que les paroles s’envolent, que le sujet soit étouffé : Gil Caroz élabore comment instant de voir et signifiants du transfert s’articulent, et comment dans une analyse il s’agit de redonner sa dignité à cette interrogation sur la signification des étiquettes présidant à notre venue au monde et nous emprisonnant dans la glu des mots de l’Autre. Le trajet analytique s’offre alors comme une chance de les gratter pour les décoller, les remplacer par d’autres mais surtout, avant tout, les examiner sous toutes leurs coutures à l’aide de celui qui se prêtera, avec le sujet, à les lire.

Ce lecteur peut être analyste. Il peut aussi être celui qui se saisit des mots écrits par un autre qui lui donne à voir le monde dans un renouvellement, en les tordant, grâce à la vigueur de la parole poétique, celle de Beckett, que vous entendrez dans ce numéro, celle de tous les patients dont Bertrand Meslet a récolté les perles pour en faire un livre, celle enfin que Francesca Biagi-Chai a déchiffrée dans May Day, la pièce de Dorothée Zumstein où l’on saisit quelles peuvent être les conséquences désastreuses du poison du signifiant forclos lorsqu’il ne trouve aucun accusé de réception chez un autre qui saurait l’accueillir.

Il s’agit donc d’entendre pour que dans le blabla du siècle, en plein règne des chiffres, une dignité soit redonnée au signifiant à travers lequel chacun d’entre nous, après avoir été raconté par l’Autre, peut avoir chance de s’écrire.

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