Quoi de plus singulier que le style ? Il fait le parlêtre comme à nul autre pareil. Qu’on pense au style de l’analysant, celui de ses symptômes, de ses rêves ou de son énonciation, au style de l’analyste, qu’il tient lui-même de sa propre cure, ou encore à celui de l’artiste dans ses œuvres, le style va plus loin que la forme. Lacan pose que le style c’est l’objet1, lequel se révèle comme cause du désir, pas seulement objet précieux, mais aussi inavouable, voire indicible.
Le style relèverait donc plus de l’objet que du signifiant, et ne s’atteint qu’à traverser un écran de semblants. En effet, la pulsion est parole, elle appareille la jouissance, elle est articulation signifiante, elle a sa grammaire. L’interprétation analytique ne vise pas le sens mais la jouissance, plus précisément, elle les désarticule2. Le désir de l’analyste aspire à obtenir la différence absolue3.
Un analysant dépeint, amusé, sa fille se plaisant à arracher la tétine à ses petits camarades de la crèche. Tout juste un an et déjà son style ! Arracher l’objet oral à l’autre, voilà qui peut faire le programme de toute une vie, un mode de jouir. Dans un autre genre, mais avec le même objet, il y a le cas Dora. Lacan l’appelle la suçoteuse, pour désigner ce qui n’est articulé ni au père, ni au sens, ni au symptôme, mais qui relève de son mode de jouir le plus singulier, son sinthome.
Considérer le style comme lié à la pulsion et se révélant dans le trajet analytique permettrait-il de situer le sinthome quelque part entre style et pulsion ?
Agathe Sultan
1. Lacan J., « Ouverture de ce recueil », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 10.
2. Cf. Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Choses de finesse en psychanalyse », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, cours du 10 décembre 2008, inédit.
3. Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 248.

