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S’orienter par une question

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Yang Yang, petit garçon du film Yi Yi [1], veut savoir « l’autre moitié de la vérité », ce qui ne se sait pas. Pour trouver ce savoir qui lui échappe, il tente de saisir avec son appareil photo ce que les autres « ne peuvent pas voir » : le trajet invisible d’une mouche ou les nuques de ses proches. Si ce traitement opéré par Yang Yang fait symptôme de l’aveuglement de ses parents quant à leur vacillement dépressif respectif, cela ne nous dit pas pour autant le savoir, su ou insu, qu’a cet enfant. Dans le silence familial, la question de ce qu’il sait ne se pose pas.

Cette question, qui fait le titre de la prochaine journée du CPCT, Que savent les enfants ?, se propose comme une boussole pour notre clinique. Dès le premier entretien, adresser cette question à l’enfant – en lui demandant, par exemple, ce qu’il sait de la raison de sa venue en consultation – fait signe d’emblée au « savoir authentique [2] » qu’il a. Le savoir que l’enfant peut alors énoncer sur ce qui lui fait problème opère un premier décalage, si ténu soit-il, du discours de l’Autre parental, scolaire ou sociétal ayant présidé à la prise du rendez-vous. Ainsi Marion a-t-elle découvert, au fil du premier entretien, qu’elle ne souffrait pas de ses disputes avec ses copines, comme le pensait sa mère, mais de ne pas savoir, malgré les réponses de ses parents, ce qu’était devenu le corps d’un proche décédé. Pour Antoine, amené pour une ribambelle de troubles dys, c’est son impasse dans le lien social qui a pu faire plainte pour lui, le décalant du « c’est maman qui sait » auquel il se trouvait aliéné. Mais au-delà du constat de l’absence de copains, cet enfant repérait que cela l’engageait : « Je tape les autres et je sais même pas pourquoi ».

Pour ces enfants, le savoir premier qu’ils avaient sur ce qui leur posait problème a ouvert la perspective d’un autre type de savoir, « un savoir qui ne se sait pas [3] », qui à la fois les concerne et leur échappe. Mais à la différence de Yang Yang qui cherche une réponse dans l’image, ce savoir insu s’est constitué pour Marion et Antoine comme le point de mire d’un travail de mise en questions où chacun a pu trouver, d’une façon singulière, à se faire « un savoir à sa main [4] ».

S’orienter de cette question Que savent les enfants ? serait donc tenter de se faire partenaire de la possibilité d’un savoir à-prendre pour l’enfant, en suivant l’indication de Lacan selon laquelle « le sujet résulte de ce qu’il doive être appris, ce savoir [5] ».

[1] « Yi Yi », film de Edward Yang, sorti en salle en 2000.

[2] Miller J.-A., « L’enfant et le savoir », Collectif Peurs d’enfants, Paris, Navarin, La petite girafe, n°1, p.13-20.

[3] Lacan  J., Le Séminaire, livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, collection Points Essais, 1975, p.122.

[4] Miller J.-A., « L’enfant et le savoir », op. cit.

[5] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, op. cit., p. 123.

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