Un homme, symptôme d’une femme

Du cartel au mathème

Le Nom-du-Père – thème du cartel dont j’étais le plus-un – peut être défini, avec Jacques-Alain Miller, comme une transformation de l’énigme de la jouissance en question du désir [1].

Soit :

                        d

NdP     =        —

                        J

Du mathème aux Journées

Lacan donne en 1975 dans « L’ombilic du rêve est un trou » plusieurs indications précieuses pour les prochaines Journées de l’École [2].

L’une d’elles a spécialement retenu mon attention : « j’ai énoncé, dit d’abord Lacan, à mon tout dernier séminaire – c’est l’année de son Séminaire « R.S.I. » – […] que pour l’homme, une femme, c’est toujours un symptôme [3] »; et il ajoute : « c’est réciproque [4] ». Un homme peut donc être un symptôme pour une femme.

Cet ajout, que Lacan commente dans sa réponse à Marcel Ritter, contraste avec ce qu’il dit un an plus tard dans son Séminaire Le Sinthome : « On peut dire que l’homme est pour une femme tout ce qui vous plaira, à savoir une affliction pire qu’un sinthome. Vous pouvez bien l’articuler comme il vous convient. C’est un ravage, même. [5] »

Comment saisir ce qui apparaît comme un paradoxe – d’abord symptôme, puis ravage ? En remarquant que l’article qui précède et donc détermine le nom « homme » n’est pas le même dans les deux propositions. L’homme, l’homme de « l’universalité [6] » est un ravage pour une femme, mais un homme peut être un symptôme pour une femme, et c’est pourquoi elle l’aime. Lacan souligne cette différence dans « L’ombilic du rêve est un trou » : « la notion de l’homme n’est pas tellement présente pour une femme ; du fait qu’elles sont une femme, c’est aussi un homme [7] ».

Ce qui d’un homme peut faire symptôme pour une femme, c’est le désir de cet homme pour cette femme. Être l’objet du désir d’un homme, être mise en place par lui de ce qui cause son désir à lui peut constituer le symptôme d’une femme.

Symptôme = d

La clinique de la vie quotidienne des couples nous enseigne que ce désir ne fait symptôme, dans le sens de lien, que dans la mesure où il donne sa place à ce qui chez une femme ne relève pas du régime de jouissance de l’homme, à cette part sans loi, improbable, que cet analysant ramassait dans une formule en anglais : « no rules ». Ne pas le faire, vouloir mettre une femme au pas du régime mâle la ravage. Donner cette place au pas-tout d’une femme et composer avec celui-ci est, me semble-t-il, favorisé si l’homme consent à reconnaître la part de jouissance féminine qui l’habite, lui.

d

— (où la barre est perméable)

J

La clinique nous enseigne aussi que le désir d’un homme peut faire symptôme pour une femme, ici dans le sens de la limite, en tempérant ce qui de sa jouissance à elle la ravage. Cette fonction opère d’autant plus que le désir de l’homme est décidé, qu’il est, pour le dire avec la belle formule d’Alexandre Stevens, un « désir décidé d’amour [8] ».

d

— (où la barre est limite)

J

[1] Miller J.-A., « Clôture. Vide et certitude », in (s/dir.), Le Conciliabule d’Angers. Effets de surprise dans les psychoses, Paris, Agalma/Seuil, 1997, p. 228.

[2] Lacan J., « L’ombilic du rêve est un trou. Jacques Lacan répond à une question de Marcel Ritter », La Cause du désir, n°102, juin 2019

[3] Ibid., p. 40

[4] Ibid.

[5] Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le Sinthome (1975-1976), texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2005, p. 101.

[6] Lacan J., « L’ombilic du rêve est un trou », op. cit.

[7] Ibid.

[8] Stevens A., « Le désir décidé d’amour », Quarto, n°91, novembre 2007, p. 19-23.