ÉDITORIAL : Vers les Grandes Assises de l’AMP : « La » femme n’existe pas

Lors d’une séance de son Séminaire « Les non-dupes errent », Lacan s’adresse à ses auditeurs, de plus en plus nombreux, en leur disant : « votre nombre me gêne : depuis quelque temps, je ne peux plus vous identifier à une femme. Ça m’emmerde » [1]. Parler à ceux qui l’écoutaient comme s’il s’adressait à une femme, qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? La quantité de présents faisait obstacle, impossible de leur parler un par un, la foule des auditeurs étant toute.

Dans ce Séminaire, Lacan conditionne l’amour à une rencontre entre savoirs inconscients. L’amour, précise-t-il, « c’est deux mi-dire qui ne se recouvrent pas » – ce qui donne à cette passion son « caractère fatal ». Mal-et-diction qui rompt l’idéal de la prétendue harmonie des amants. Il n’y a pas de « connexité » entre les deux savoirs inconscients : ils sont « irrémédiablement distincts ». Définitivement séparés, indépendants, différents. Quand ces deux savoirs se recouvrent, note Lacan, « ça fait un sale méli-mélo ».

Nous ne rappellerons jamais assez que Lacan parle de deux savoirs inconscients et non d’une femme ou d’un homme au sens anatomique ! Surtout ne pas s’égarer avec les banalités binaires du discours courant.

Lacan note que le « savoir masculin, chez l’être parlant, est irrémédiablement unaire, il est coupure, amorçant une fermeture ». Le savoir masculin est comme le rond de ficelle : il tourne en rond, il est coincé dans l’imaginaire. Prisonnier, il encourt le risque d’oublier qu’il n’y a pas qu’un seul rond, mais trois. Lacan précise que le savoir mâle pousse vers une certaine clôture. Quelle indication !

Lacan fait l’hypothèse que la seule manière de sortir du rond-rond est de se laisser déranger par une femme : « Je vous ai déjà dit que […] “La femme” ça n’existe pas, mais une femme, ça, ça peut se produire quand il y a nœud, ou plutôt tresse ». Est-ce que le fait d’être pas toute dans la fonction phallique lui permet d’être plus à l’aise avec le filage ? Dans tous les cas, Lacan dit que le parlant mâle « s’identifie » à l’unité alors qu’« avec [l’]unité, elle boucle une tresse ». Elle joue avec plusieurs bouts de ficelle en même temps. Elle mi-dit et invite au dire.

Là où le discours mâle coupe, elle tricote. Nul romantisme lacanien, mais plutôt une manière de rendre évident un certain savoir-faire. Une femme, note Lacan, peut « faire usage d’un certain nombre de permutations » pour tresser le nœud. Elle tire de la corde pour permettre « que l’imaginaire, le symbolique et le réel ne se distinguent que d’être trois, tout brut ».

Une femme peut éveiller la « petite jugeote qu’un nœud, ça sert à quelque chose ». Manquer de jugeote ! Voici ce que nous pouvons dire de notre époque : quelque chose tourne en rond dans le discours sur les femmes. Il urge de sortir de la comprenette et de rentrer dans les subtilités de l’une par une.

Les Grandes Assises virtuelles internationales de l’Association mondiale de psychanalyse prendront à bras le corps les mille et une subtilités qui se dégagent du scandaleux aphorisme lacanien : La femme n’existe pas. Ce numéro de L’Hebdo-Blog, Nouvelle série apporte son grain de sel à la préparation de ce grand événement de l’École-Une.

Les Grandes Assises virtuelles internationales de l’AMP auront lieu du 31 mars au 3 avril 2022.

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[1] Lacan J., Le Séminaire, livre XXI, « Les non-dupes errent », leçon du 15 janvier 1974, inédit. Les autres citations sont extraites de la même leçon.

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« Pour prévenir l’effet de colle, permutation doit se faire »[1], magnifique et salutaire trouvaille de Lacan pour maintenir vif le désir de travail. L’Hebdo-Blog, Nouvelle série change d’équipe après les vacances de Noël. La suite est déjà en route et nous pouvons vous dire qu’elle sera superbe. Bon vent à celles et à ceux qui arrivent.

[1] Lacan J., « D’écolage », Aux confins du Séminaire, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Navarin, coll. La Divina, 2021, p. 56.