Si l’expérience analytique nous apprend une chose, c’est bien la puissance de la parole. Elle peut blesser, réconforter, faire mal, enthousiasmer… Parfois, elle peut même aller jusqu’à marquer le corps sous les traits d’un symptôme, ou fixer le destin d’un parlêtre. Il nous faut aussi considérer que parler, ou son opposé se taire, procure un plaisir et son au-delà : une jouissance. Prenant appui sur la pulsion orale, Lacan avance que la bouche, « qui s’ouvre dans le registre de la pulsion », ne se satisfait pas de la nourriture, mais du « plaisir de la bouche »1. Si nous interrogeons sa valeur à partir du dernier enseignement de Lacan, la parole peut alors se faire objet oral, non pas la parole comme vérité, mais la parole comme jouissance, apparole : « Là où ça parle, ça jouit, et ça sait rien.2 »
Ce numéro de L’Hebdo-Blog nous conduit sur les traces de cette satisfaction, de ce qui palpite dans la parole et que l’enfant découvre lorsqu’il s’en saisit. Pour cela, il lui faudra traverser la menace de dévoration que l’oralisation du signifiant met en jeu. Lalangue se révèle alors dans sa dimension de matière sonore qui s’incorpore. C’est ce que visera à attraper une analyse, jusqu’à débusquer cette bouche qui se referme sur elle-même en approchant la densité maximale de certains silences en analyse, « instance pure de la pulsion orale, se refermant sur sa satisfaction3 ».
Isabelle Orrado
[1] Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 153.
[2] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 95.
[3] Lacan J., Les Quatre Concepts…, op. cit., p. 164.




