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Clinique de l’institution, entretien avec Dominique Holvoet

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L’Hebdo Blog : Qu’un enseignement intitulé « Clinique de l’institution » se tienne au nom de l’École de la Cause Freudienne, par un analyste membre de cette École et en outre Analyste de l’École depuis deux ans, dit bien à quel point l’institution, orientée par la psychanalyse, a beaucoup à nous apprendre. Cela signifie-t-il que la distinction psychanalyse pure et appliquée ne vaut plus ? Et peut-on considérer qu’une institution comme le Courtil, que vous dirigez, participe à une mise à jour de la clinique, dans le fil de la façon dont Lacan s’est appuyé sur la psychose pour remanier la découverte freudienne de l’inconscient ?

Dominique Holvoet : C’est une question bien ambitieuse que vous me posez-là qui décerne au Courtil une responsabilité dans l’aggiornamento permanent de la clinique analytique.
Je reformulerais la première partie de la question ainsi : La fin de l’analyse comme passe et l’enseignement d’outre passe confinent-t-ils avec ce qui est l’expérience quotidienne d’une institution de soins ? La réponse est oui si ce qui importe est la rencontre, non si ce qui fascine est la misère humaine. On ne peut occulter la face d’horreur du réel en souffrance chez ces parlêtres traversés par le langage mais tout le mouvement qu’imprime le désir pour la psychanalyse prend appui sur ce réel pour produire une bonne rencontre. L’os de la clinique psychanalytique en institution est de prendre appui sur la qualité d’analysants civilisés – expression heureuse d’Éric Laurent – des intervenants qui y travaillent. Leur analyse modifie leur désir pour cet accompagnement des grandes souffrances des réfugiés du mental. Être analysant suppose d’obtenir un aperçu sur la cause ignoble qui soutient ce désir de se coltiner la misère humaine. On touche là à un indicible dont la révélation fera toujours plus scandale, sera de plus en plus inaudible dans un monde a(ba)sourdi par les bonnes pratiques protocolisées.

J’ai ainsi intitulé mon enseignement sous le conseil de Christiane Alberti, « Clinique de l’institution ». J’avais ainsi à ma disposition deux faces de la clinique, celle qui se développe dans l’espace institutionnel mais aussi celle que l’on peut théoriser à partir de l’institution. Je me suis donc penché au chevet de l’institution, en postulant qu’on pouvait faire l’hypothèse d’une institution-sujet dont on pourrait faire la clinique, autrement dit dont on pourrait élaborer l’expérience. Et puis sur l’autre face je développe la clinique au sein de l’institution et j’interroge en quoi elle n’est pas psychanalytique – une institution est articulée par essence au discours du maître – et en quoi elle est analytique, trouée par un discours porté par des analysants civilisés.

La distinction psychanalyse pure et appliquée est pertinente si l’on veut bien la considérer à partir du premier enseignement de Lacan – qui continue de nous orienter. Cette distinction se dissipe avec le second et disparaît avec le dernier enseignement de Lacan. Avec Jacques-Alain Miller nous prenons tout l’enseignement de Lacan et nous nous éclairons tant de la thérapeutique en tant que ce n’est pas de la psychanalyse que de son au-delà qui lui est psychanalytique en tant qu’il touche à l’os du symptôme, à son réel, à la mesure où chaque parlêtre peut supporter celui-ci. Et les sujets que nous accompagnons sont précisément en prise directe avec ce réel – et c’est pourquoi ils trouvent refuge dans les institutions pour s’y mettre à l’abri.

HB : Diriger une telle institution en 2017 en Europe et plus spécifiquement en Belgique, est-ce que cela a des incidences politiques dont un analyste peut tirer un enseignement clinique ?

DH : C’est bien sûr politique de bout en bout puisqu’il s’agit de faire en sorte, comme dit Lacan, de permettre que des masses humaines demeurent séparées ! L’enseignement clinique que j’en tire concernant l’expérience du Courtil qui est partie du désir de quelques-uns, au départ Alexandre Stevens, Bernard Seynhaeve et Véronique Mariage, est que cette séparation peut s’obtenir si l’on tient suffisamment à distance les idéaux du réel de la jouissance.

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