Éditorial : Les CPCT lisent les prophéties lacaniennes

Quelle drôle d’idée : sortir de la pile de journaux un texte [1] datant de 2011 et proposer, en 2020, à plusieurs directeurs de CPCT d’en extraire un point.

Qu’allons-nous découvrir de cette connexion des prophéties de Lacan à l’expérience des CPCT ? Quel rapport entre la clinique contemporaine et « l’emprise croissante du chiffre » [2] ? L’amendement Accoyer voté en octobre 2003 déclare la guerre à la psychanalyse et, plus largement, à la psychologie dite dynamique. « L’emprise croissante du chiffre », via son bras armé : l’évaluation, nous indiquait la voie par laquelle elle se proposait d’évacuer aussi bien la clinique, la subjectivité que la division. En somme, l’inconscient était visé.

Les CPCT ont été créés, la même année, comme réponse par le conseil de l’École de la Cause freudienne pour lutter contre L’Arrogance du présent [3] qui livre chacun « à la solitude du ‘‘Un’’ » [4]. Lacan nous a donné les outils pour « déchiffrer notre présent » [5], et Jacques-Alain Miller y revient en 2011 dans cet article qui, s’il n’était si finement tissé dans l’esprit, pourrait nous désespérer.

Le « triomphe de la science » et « le retour du sacré » y sont paradoxalement mêlés sous les auspices de la « suprématie du ‘‘Un’’ » [6]. Les CPCT portent la marque de l’acte politique qui a présidé à leur création, en proposant, à qui le veut, gratuitement et pour un nombre limité de séances, de « s’exposer au discours analytique, de parler à quelqu’un qui a l’expérience de son inconscient » [7].

C’est ainsi, sur fond de crise du sens et de chute des idéaux, avec pour corollaire la « montée au zénith » de l’objet a [8] et de la frénésie scientiste [9], que des psychanalystes ont créé des espaces pour que puisse subsister un lieu d’écoute qui respecte le « citoyen-symptôme » [10] et l’inconscient politique. À savoir, un traitement « en prise directe sur le social » [11] qui ne soit en aucun cas rature du ratage, mais qui permette, à celui qui souffre et qui s’en plaint, de repérer les premières coordonnées de son lot de jouissance.

C’est ce en quoi les CPCT, institutions éminemment politiques, sont d’abord une « invention poétique » qui fait « exister l’effet de la parole, par l’offre d’une écoute » [12] que nulle « gestion des émotions » ne peut atteindre, bien qu’elle s’y épuise.

C’est sur cet exercice éthique de bien dire le Malaise de notre civilisation [13] que L’Hebdo-Blog, Nouvelle série prend quelques semaines de vacances, pour vous retrouver à la mi-septembre.

[1] Miller J.-A., « Les prophéties de Lacan », entretien, Le Point, 18 août 2011, disponible sur internet.

[2] Ibid.

[3] Milner J.-C., L’Arrogance du présent. Regards sur une décennie 1965-1975, Paris, Grasset, 2009.

[4] Miller J.-A., « Les prophéties de Lacan », op. cit.

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] La Sagna P., « Entretien », CPCT-Paris, 20 juin 2019, disponible sur internet.

[8] Lacan J., « Radiophonie », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 414.

[9] Miller J.-A., « Les prophéties de Lacan », op. cit

[10] Fernandez Blanco M., « Citoyen-symptôme », La Cause freudienne, n°66, juin 2007, p. 11-15.

[11] Cf. PIPOL 3 : « Psychanalystes en prise directe sur le social », Paris, 30 juin et 1er juillet 2007, actes publiés dans Mental, n°20, mars 2008.

[12] Fernandez Blanco M., « Citoyen-symptôme », op. cit., p. 13.

[13] Freud S., Le Malaise dans la civilisation, Paris, Points, 2010.




Sublime fin du monde

Le moment présent est propice à la prophétie. Ayant été arrachés à notre routine par le confinement, nous avons pris une certaine hauteur par rapport à la ligne du temps. Le passé ainsi que l’avenir s’offrent à notre lecture comme un livre ouvert. La crise étant considérée comme conséquence d’un dérèglement de la nature par la science, les bonnes résolutions fusent : plus jamais ça, etc. Pourtant, nous savons pertinemment que la frénésie de la science, que Lacan assimilait à la pulsion de mort, n’est pas prête à disparaître : « Nulle nostalgie n’arrêtera ça, nul comité d’éthique » [1]. Dorénavant, le logiciel de visioconférence Zoom fera partie de notre vie. Il y est déjà intriqué.

Remarquable paradoxe : c’est par la voix de la science que s’entendent aujourd’hui les prédictions les plus alarmantes. Ainsi, une nouvelle étude de l’université d’Hawaï annonce qu’en « l’absence de réduction drastique des émissions de CO2, jusqu’à 75% des habitants de la planète pourrait être victime de vagues de chaleur meurtrières à l’horizon 2100 » [2]. Ou encore : selon les scientifiques du Doomsday Clock – l’horloge conceptuelle mise à jour régulièrement par les directeurs du Bulletin of the Atomic Scientists de l’université de Chicago –, en 2020 il est déjà 23 heures 58 minutes 20 secondes – minuit représentant, sur cette horloge métaphorique, la fin du monde. Il nous reste donc cent secondes avant l’Apocalypse, et ceci à cause des menaces nucléaires et des changements climatiques [3].

Lacan a repéré, dès 1974, l’apparition de crises d’angoisse chez les savants notamment autour de bactéries ayant une grande force de destruction et qui pourraient s’échapper d’un laboratoire. « Ils commencent à avoir une petite idée que l’on pourrait faire des bactéries résistantes à tout, que l’on ne pourrait plus arrêter. Cela nettoierait peut-être la surface du globe de toutes choses merdeuses, en particulier humaines, qui l’habitent » [4]. Lacan ne croit pas que cette crainte soit justifiée. « L’animalité est increvable », dit-il, et il ajoute : « Quel soulagement sublime ce serait pourtant si tout d’un coup on avait affaire à un véritable fléau, un fléau sorti des mains des biologistes. Ce serait vraiment un triomphe. Cela voudrait dire que l’humanité serait vraiment arrivée à quelque chose – sa propre destruction. Ce serait vraiment là le signe de la supériorité d’un être sur tous les autres. Non seulement sa propre destruction, mais la destruction de tout le monde vivant. Ce serait vraiment le signe que l’homme est capable de quelque chose » [5].

Il y a sans doute une ironie noire dans ces propos sur le sublime de la destruction du monde, mais là n’est pas l’essentiel. Dans une conférence, qu’il a donnée quelques mois plus tôt à Milan [6], Lacan avance une idée étourdissante : ce n’est pas la mort qui angoisse l’homme, c’est la vie. Si la vie est angoissante c’est parce qu’elle implique un savoir sur la jouissance, sur l’ex-sistence. Par conséquent, la disposition suicidaire de mettre fin à sa vie serait un souhait de faire cesser l’angoisse ainsi qu’une volonté de ne plus rien en savoir.

Une fois acquise, cette aspiration à la mort comme libération de l’angoisse de vivre, on comprend que toutes les tentatives de tirer la sonnette d’alarme par rapport aux dangers liés au dépouillement progressif du monde de toutes ses ressources soient des prophéties sans aucune efficacité réelle. À un certain niveau, l’humain n’aspire qu’à ça : la fin du monde [7]. D’autre part, plus le savoir concernant ce qui menace la viabilité de la terre est élaboré et établi, plus grande encore est la passion de l’ignorance quant au danger que cela implique pour l’existence. En effet, l’ignorance n’est pas un déficit de savoir, elle est, au contraire, « une façon d’établir [un] savoir » [8] robuste afin d’écarter toute interférence de la jouissance dans les connaissances.

Et les CPCT ?

Les analysants qui y travaillent connaissent, par leur formation, l’attraction que la mort peut avoir sur chacun. Opérant à l’interface entre la psychanalyse et le monde, ils savent que si « l’on a besoin de nous » [9], c’est qu’une institution d’orientation psychanalytique insérée dans le social constitue un point d’où peut s’entendre la voix de la psychanalyse. Cette voix s’écarte du style biblique des prophéties scientifiques qui font appel à la morale et à la discipline face aux questions écologiques qui occupent avec force nos agendas. La psychanalyse ne tente pas d’angoisser ni de dire ce qu’il y a à faire. Plutôt comporte-t-elle une interprétation sous-jacente : la fin du monde, tu la veux, mais tu n’es pas obligé de la désirer.

*Gil Caroz est le président du CPCT- Paris et Bruxelles.

[1] Miller J.-A., « Les prophéties de Lacan », entretien, Le Point, 18 août 2011, disponible sur internet.

[2] Vargas F., L’Humanité en péril, Paris, Flammarion, 2019, p. 27-28.

[3] Collectif, « Horloge de la fin du monde », Wikipédia, 9 juillet 2020, disponible sur internet.

[4] Lacan J., Le Triomphe de la religion, Paris, Seuil, 2005, p. 74.

[5] Ibid., p. 75.

[6] Lacan J., « Conférence donnée au Centre culturel français, le 30 mars 1974 », Lacan in Italia 1953-1978. En Italie Lacan, Milan, La Salamandra, 1978, p. 104-147.

[7] G. Hoornaert a brillamment présenté cette thèse lors d’un séminaire en ligne organisé par la London Society de la New Lacanian School, le 21 juin 2020, inédit.

[8] Lacan J., « Savoir, ignorance, vérité et jouissance », Je parle aux murs, Paris, Seuil, 2011, p. 11.

[9] Miller J.-A., « Vers Pipol 4 », Mental, n°20, mars 2008, p. 192.




La chance inouïe du rapport à l’Autre ou éloge de la contingence en clinique

Dans son entretien au Point en 2011, à la question qui assimile Lacan à la « boule de cristal », Jacques-Alain Miller répond, avec humour, que Lacan n’était pas Nostradamus mais, avec rigueur, il ajoute qu’« on peut déchiffrer notre présent dans sa grammaire et entrevoir la grimace de l’avenir qui nous attend »[1]. Or, quelle est cette grammaire ?

Dans cette interview, J.-A. Miller fait surgir l’Un-tout-seul dont la jouissance se passe de l’Autre pour se corporéiser de façon singulière pour chacun. À l’universel que promeut le Nom-du-Père, l’Un-tout-seul nomme les façons singulières de jouir, pas sans le corps. Le cours qu’il tient alors ne se nomme-t-il pas « L’Un-tout-seul »[2] ? Une autre manière serait d’utiliser le concept de réel qui n’est pas cité dans l’entretien : en effet, la grammaire de Lacan n’est pas sans réel et la grimace de l’avenir y touche justement. Quelle serait sa forme, sa présence ? Dans ces années-là, J.-A. Miller donne une nouvelle définition du réel, tirée du tout dernier enseignement de Lacan. La doxa était bien rodée : le réel se déduisait de l’impasse logique à écrire le rapport sexuel. La formule il n’y a pas de rapport sexuel était le nom logique du réel dont la science était la logique, comme le rappelle Lacan dans « L’étourdit »[3]. Nous pensions que ce réel-là était celui auquel se confrontait l’analyste dans chaque cure souvent au grand dam de l’analysant qui n’en voulait rien savoir. Or, J.-A. Miller insiste sur une autre définition du réel propre à la psychanalyse : celui de la rencontre et qui se promeut de la contingence. C’est le « réel contingent ».

C’est précisément ce qu’il indique dans cet entretien : la « chance inouïe » qu’offre la psychanalyse « d’établir avec l’Autre un rapport où les malentendus que vous avez avec vous-même ont une chance de se dissiper »[4]. « Chance inouïe », « Autre » sont bien des termes qui désignent, pour les lecteurs du journal Le Point, ce que J.-A. Miller conceptualise, dans son cours, sous le terme de contingence, c’est-à-dire ce qui cesse de ne pas s’écrire. Il s’agit de nommer les formes que peut prendre la rencontre contingente entre les sexes aux fins d’en tirer des conséquences cliniques. En affirmant la contingence, nous faisons surgir « l’acide », dit-il, qui détruit toutes les catégories établies, tous les comptages, tous les idéaux scientifiques qui, eux, énoncent le nécessaire, le possible et l’impossible.

 

En affirmant, avec la psychanalyse, le réel de la contingence, nous sortons du fatalisme du symbolique et des ordres normatifs. Ce qui a pour conséquence : l’invention et la réinvention. Cette nouvelle conceptualisation de l’Un-tout-seul qui exclut l’Autre et trouve dans la rencontre avec un Autre, particularisé dans une rencontre, une issue à la folie de l’Un, est la balise des pratiques cliniques au CPCT – même si ces pratiques sont modestes, limitées voire tâtonnantes. On pourrait être étonné : faut-il des remarques aussi sophistiquées pour dire l’orientation d’un CPCT ? Oui ! Car la clinique qui s’y élabore, bien qu’elle n’ignore pas les pouvoirs du Nom-du-Père qui fait halte à la jouissance, sait que le véritable enjeu n’est pas de promouvoir les seuls effets pacifiants de la métaphore phallique. Elle sait aussi que seule l’invention face à la rencontre de l’Autre peut permettre de se passer du père pour pouvoir s’en servir [5].

Ainsi, la clinique dans un CPCT n’hésite pas à mobiliser les avancées les plus vives dans la lecture de Lacan pour écouter, au un par un, le culte de l’Un afin de le dynamiter par sa rencontre avec l’Autre. C’est un moyen de dissiper les malentendus [6], comme dit J.-A. Miller. Ou plutôt une manière clinique de savoir que le malentendu est inéliminable – que toute vérité est fiction, donc mensonge sur le réel –, mais que les malentendus, eux, n’ont pas à faire destin. En cela, la clinique des CPCT a toujours de beaux jours devant elle face aux Uns branchés sur leur seule jouissance…

 

* Hervé Castanet est le directeur du CPCT-Marseille-Aubagne.

[1] Miller J.-A., « Les prophéties de Lacan », entretien, Le Point, 18 août 2011, disponible sur internet.

[2] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. L’Un-tout-seul », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, inédit.

[3] Lacan J., « L’étourdit », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 449-495.

[4] Miller J.-A., « Les prophéties de Lacan », op. cit.

[5] Cf. Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le Sinthome, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2005, p. 136.

[6] Cf. Miller J.-A., « Les prophéties de Lacan », op. cit.




Se risquer à la parole

Du Un, encore du Un, toujours du Un, martèle Jacques-Alain Miller, tirant les conséquences des prophéties de Lacan. La couleur de notre modernité est donnée. Un plus Un plus Un… ça reste du Un. Alors comment vivre ensemble sans que cela ne finisse nécessairement à couteaux tirés, l’Un contre l’Un ?

Freud a démontré que le malaise est inhérent à la civilisation. Les discours et les actes des acteurs politiques s’attellent à le résoudre en articulant l’Un et le multiple. Ce n’est jamais sans reste. Or, comme Lacan l’a énoncé dès 1945, « le collectif n’est rien, que le sujet de l’individuel » [1], ce qui ramène le collectif à la question de l’inconscient. Voilà pourquoi l’analyste peut à l’occasion s’inviter à la rencontre avec l’homme politique. Il peut avoir quelque chose à lui dire – si l’un et l’autre ont des oreilles pour (s’)entendre.

La vague populiste est en politique une illustration actuelle de la passion du Un. Le populisme est un mode de construction politique qui repose sur l’idée du peuple-Un [2]. Dès lors que les idéaux n’ont plus de crédit et que la figure de l’homme providentiel n’a plus le vent en poupe, le populisme se propose de construire le peuple-Un. Pour cela, il définit ses frontières internes à partir de son rejet de l’élite, de la caste, du système : du 1% honni. Ainsi, le peuple ne se constitue ni par son engagement civique, ni par son vote (par le lieu du symbolique en somme), mais par sa haine. Et la haine, ça s’éprouve, ça tient chaud et ça mobilise. Dans cet « eux contre nous », ou plutôt dans ce « nous contre eux », le peuple trouve une consistance. En terre populiste, il ne s’agit ni de pactiser avec l’ennemi, ni de concevoir le peuple autrement qu’un peuple de sans nom, au désir anonyme. Alors c’est la guerre, et non la politique, si la politique, c’est l’art des petits arrangements signifiants et pulsionnels pris dans des désirs singuliers. En guerre, « le symbolique […] ne gouverne plus le réel [comme en politique], il est mis au service du réel lui-même » [3].

Il n’y a pas de psychanalyse collective. Dans le meilleur des cas, la psychanalyse ne peut répondre qu’à l’urgence subjective singulière et accueillir le reste produit par le discours des maîtres ambiants, aussi désincarnés soient-ils. Seul le discours analytique peut permettre de trouver une issue plus heureuse, c’est-à-dire dans un lien social branché sur la plus radicale singularité de l’être parlant.

Le discours analytique est la référence des CPCT, lesquels sont une réponse au Malaise dans la civilisation [4]. Car dans ce discours, l’analyste est en position d’objet, il est de structure nomade, comme le rappelait J.-A. Miller dans son allocution « Vers Pipol 4 » [5]. Et à ce titre, l’analyste peut se déplacer au cœur des institutions.

Le fonctionnement des CPCT implique que des analystes se sentent concernés par le lien social, tissu dans lequel brode la politique. Ce lien, l’analyste le conçoit sans espérance, car vidé de toute espèce d’idéologie et de toute appétence pour l’unien, cette version du Un qui fait croire au groupe en prônant le pire. Mais sans désespoir inutile, l’analyste vise à « le soumettre à la puissance du désir » [6], pour reprendre la formule de M.-H. Brousse lors de la dernière soirée du CPCT-Paris.

Les CPCT sont des institutions qui fonctionnent par le désir d’épars désassortis [7] que sont les analystes. Ils permettent une rencontre avec un analyste, et que, de celle-ci, on sorte moins souffrant et moins anonyme. Car se risquer à la parole est un acte qui fait exister le dit et lui donne une chance de s’extraire de sa dilution dans les discours en vogue, plus ou moins amers, plus ou moins sucrés, inefficaces en tous cas à répondre de cette satisfaction obscure et inutile, toujours spéciale, qui habite chaque être parlant. Il appartient à chacun d’en répondre !

 

* Marie Laurent est la directrice du CPCT- Bordeaux.

[1] Lacan J., « Le temps logique et l’assertion de certitude anticipée », Écrits, Paris, Seuil, 1966, note 2, p. 213.

[2] Cf. Rosanvallon P., Le Siècle du populisme. Histoire, théorie, critique, Paris, Seuil, 2020.

[3] Brousse M.-H., « Des idéaux aux objets : le nœud de la guerre », in Brousse M.-H. (s/dir.), La Psychanalyse à l’épreuve de la guerre, Paris, Berg International, 2015, p. 156.

[4] Freud S., Le Malaise dans la civilisation, Paris, Points, 2010.

[5] Cf. Miller J.-A., « Vers Pipol 4 », Mental, n°20, mars 2008, p. 185-192.

[6] Brousse M.-H., intervention lors de la soirée « Solitudes d’aujourd’hui. Réponses du CPCT », organisée dans le cadre du CPCT-Paris, 25 juin 2020, inédit.

[7] Lacan J., « Préface à l’édition anglaise du Séminaire XI », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 573.




De la protestation à l’élucidation

La psychanalyse « pour le ‘‘Un’’ égaré », propose Jacques-Alain Miller, « c’est toujours la chance inouïe d’établir avec l’Autre un rapport où les malentendus que vous avez avec vous-même ont une chance de se dissiper » [1]. S’orienter de la psychanalyse lacanienne permet de lire le malaise contemporain où les sujets sont, de plus en plus, des épars désassortis et c’est ce dont témoigne la clinique du CPCT. Il n’est pas rare que ceux qui s’adressent au CPCT se trouvent à un tournant de leurs existences, où le défaut d’appuis en l’Autre, les égare. Comment s’orienter dans le monde sans la boussole de l’Autre ? Une patiente peut dire combien la liberté de choisir que la société offre aux femmes aujourd’hui la désoriente tout autant. Elle veut tirer au clair les doutes et les difficultés de choisir qui l’assaillent depuis toujours dans le domaine du couple et de la maternité. Quelle garantie pour l’être quand l’Autre du discours ne fait plus boussole ? Ou encore une autre patiente s’adressant au CPCT pour dysphorie de genre. Comment habiller son être quand on ne se reconnaît pas dans la nomination venue de l’Autre ? La dépression et les idées suicidaires sont le signe, pour elle, de ce mal d’être.

Le CPCT fait le pari d’un lien à l’Autre inédit qui ne soit ni de l’ordre de l’injonction, ni de la domination, mais du transfert. Lacan, dans les années 70, voyait déjà la chute du discours du maître au profit du discours capitaliste. Qu’est ce que cela signifie ? Le discours du maître, pour Lacan, se structure autour du signifiant-maître (S1) qui « identifie, fige, capture le sujet. Le signifiant-maître est celui qui permet de dire : ‘‘Je suis ceci aux yeux de l’Autre’’, mais en même temps il ordonne l’ensemble des signifiants désignés par S2 » [2]. Ainsi, le discours du maître est une boussole pour se désigner comme pour s’orienter dans le monde du signifiant, dans le monde du sens commun. Que nous enseignent les personnes qui s’adressent à nous ? Aujourd’hui, nous repérons que certains sujets ne se retrouvent pas dans le discours du maître, ils souffrent de ses effets, se sentent prisonniers d’identifications qui les font souffrir et qu’ils rejettent. L’offre du CPCT, dans sa plus grande humilité, peut leur permettre de se brancher sur un Autre qui ne soit ni l’Autre du discours du maître, ni celui du discours capitaliste – lequel promettant l’illusion de l’avoir au détriment de l’être –, mais un Autre sur-mesure par la grâce du transfert. C’est dans ce type de lien social, nettoyé des exigences sociales et sociétales, que le sujet pourra faire l’épreuve de ce qui fonde sa condition humaine et de ce qui est en jeu dans sa façon d’être-au-monde.

Les CPCT sont nés de l’initiative de l’École de la Cause freudienne qui « a choisi de déférer à l’invention des sujets » [3]. Dans les années 70, Lacan avait formalisé un nouveau discours – le discours capitaliste – « et qui comportait que le sujet, au nom de quoi ce discours se tenait, n’avait pas de signifiant, et que ce sujet-là était en quelque sorte libre de l’inventer, que son signifiant était introuvable. On entrait dans une ère où les sujets allaient inventer leurs signifiants-maîtres. […] L’École de la Cause freudienne a enregistré le changement d’ère. Cette déférence, cette humilité paraît prescrite, indiquée par Lacan » [4]. Cette indication précieuse, qui nous sert de boussole, éclaire les enjeux actuels où nous voyons émerger de nouveaux signifiants dans le champ des identifications sous les noms de genre et de communautés qui s’y rattachent, revendiquant leurs modes de jouissance. Ces trouvailles ne règlent pas pour autant les souffrances existentielles auxquelles chaque-Un est confronté en tant que sujet soumis aux lois du langage et de la parole dont le corps pâtit. Il s’agit d’offrir à ces sujets qui protestent contre le discours du maître – nommé patriarcat ou encore domination masculine – un lieu où ils pourront se brancher autrement dans le lien social. À la place de la protestation, nous proposons l’élucidation – au un par un – de ce qui fait difficulté. Car protester, c’est « accepter les termes du discours contre lesquels on s’élève et essayer d’en corriger les conséquences » [5]. Il s’agit plutôt de trouver la voie d’un désir jusque-là écrasé, ou de mieux se débrouiller avec ses propres démons qui séparent des semblables. Les sujets qui s’adressent au CPCT peuvent tirer au clair ce qui les agit et produire un savoir nouveau sur les butées existentielles qu’ils rencontrent.

L’action analytique permet ainsi de frayer une voie nouvelle, qui ne prend sa source ni dans un idéal de normativité, ni dans le désir de vouloir le bien de l’Autre. Voilà l’enjeu des CPCT – institutions orientées par la psychanalyse lacanienne – en prise directe avec les malaises de notre modernité.

 

* Fouzia Tauzari est la directrice du CPCT-Nantes.

[1] Miller J.-A., « Les prophéties de Lacan », entretien, Le Point, 18 août 2011, disponible sur internet.

[2] Miller J.-A., « Psychanalyse et modernité », Quarto, n°83, janvier 2005, p. 9.

[3] Ibid.

[4] Ibid.

[5] Ibid., p. 10.




Rencontrer un psychanalyste : « une chance de dissiper les malentendus avec soi-même »

Invité à commenter un extrait au choix de l’interview de Jacques-Alain Miller « Les prophéties de Lacan », du 18 aout 2011, j’ai retenu cette formule qu’il utilise à la fin [1].

J’ai choisi cette formule, car elle accroche et interpelle ; d’habitude, le malentendu, pense-t-on, est avec l’autre. Dans la psychanalyse, nous soutenons qu’il y a un autre nous-même, c’est l’hypothèse de l’inconscient. « Le moi n’est pas maître en sa demeure ». Nous ne sommes pas qu’individus, c’est-à-dire des entités autonomes indivisibles, l’altérité nous concerne et nous constitue au plus intime de nous-mêmes. Nous sommes autres à nous-mêmes et c’est bien souvent une étrangeté, une discordance, une fausse note, qui peuvent nous inciter à rencontrer un analyste.

La formule de J.-A. Miller m’évoque aussi celle de Lacan, adressée à quelqu’un qui venait lui demander une analyse : « Est-ce que vous allez vous entendre avec moi ? », formidable équivoque, puisqu’il s’agit aussi de s’entendre soi-même, quand on parle à l’analyste. Je suis toujours étonné de constater avec quelle rapidité les personnes que nous recevons au CPCT, et qui n’ont souvent aucun rapport à la psychanalyse, se saisissent de ce dispositif avec pertinence et efficacité. Après la découverte, souvent déconcertante, du discours analytique, c’est-à-dire d’un interlocuteur disponible, accueillant, sans intentions, silencieux, mais pas forcément, et qui ne propose pas de protocole ou de réorientation, très vite, ils inventent des façons d’utiliser leur interlocuteur.

Dans sa 2e leçon [2], après avoir critiqué la théorie des névroses de Janet, Freud évoque sa propre approche : « Ce qui m’importait avant tout, c’était la pratique. » Il en est ainsi aujourd’hui dans les CPCT : faire vivre le discours analytique passe par la pratique. C’est l’accueil au CPCT qui est singulier, et qui permet la rencontre, ce qui ne se trouve (presque ?) plus ailleurs, et dont l’efficacité se vérifie tous les jours. C’est la suspension de l’utilité directe, comme le formulait J.-A. Miller. Notre façon de faire interpelle nos interlocuteurs et nos partenaires qui nous adressent des personnes ou subventionnent notre action, souvent sans bien comprendre ce que nous faisons.

À notre époque, un appel téléphonique conduit souvent à une réponse automatisée qui n’est que la transposition mécanique des protocoles que d’autres utilisent dans les entretiens. De plus en plus d’organismes ne permettent même plus l’appel : ainsi, par exemple, les conseillers de Pôle emploi vous appellent, sans que vous n’ayez la possibilité de le faire. C’est vous qui êtes à leur disposition, pas l’inverse. La notion de service public cède le pas à l’asservissement du public. La colère gronde…

Le CPCT est un formidable observatoire des mutations sociales, nous y sommes « en prise directe sur le social » [3]. Nous savons faire avec ceux qui peinent à rentrer dans les cases et les protocoles préétablis. Nos interlocuteurs institutionnels sont d’ailleurs très curieux de nos retours, certains d’entre eux lisent nos rapports d’activité avec grand intérêt.

Les personnes qui viennent jusqu’à nous sont pour une grande part en-deçà de la demande, ils ne savent pas demander, n’ont pas l’idée qu’on puisse demander, où que quelqu’un puisse recevoir, entendre, ce qu’ils auraient à dire. Pour certains il est difficile de concevoir que quelqu’un les attende. C’est pourquoi nous continuons à donner des rendez-vous à une personne qui a pourtant été absente à de nombreuses reprises. Quelques fois plusieurs tentatives sont nécessaires, ou un temps long, avant de rencontrer quelqu’un.

Dissiper les malentendus donne l’idée qu’on puisse entendre, s’entendre, au moins de temps en temps… Mais le discours analytique invite aussi à se faire lecteur de ce qui se passe, de la façon dont on le comprend. Il s’agit de produire la subjectivité, pour prendre position quant à ce qui nous arrive. Cela produit des effets. De moins en moins de personnes ont d’a priori favorables à la psychanalyse, ce qui nous permet de continuer, ce sont les effets que notre travail produit auprès de ceux que nous recevons. Les personnes qui nous font confiance, avec lesquelles nous soignons nos liens, y sont sensibles, mais c’est aussi le bouche-à-oreille qui est à l’origine d’un nombre toujours croissant d’accueils. La psychanalyse permet une forme originale de lien social qui aide à respirer…

* Jérôme Lecaux est le directeur du CPCT-Lyon.

[1] Le Point : « Et la psychanalyse dans tout ça ? »
J.-A. Miller : « Pour le ‘‘Un’’ égaré, c’est toujours la chance inouïe d’établir avec l’Autre un rapport où les malentendus que vous avez avec vous-même ont une chance de se dissiper. »
(Miller J.-A., « Les prophéties de Lacan », entretien, Le Point, 18 août 2011, disponible sur internet).

[2] Freud S., Cinq leçons sur la psychanalyse, Paris, Payot, 1966.

[3] Cf. PIPOL 3 : « Psychanalystes en prise directe sur le social », Paris, 30 juin et 1er juillet 2007, actes publiés dans Mental, n°20, mars 2008.




Éditorial : Vieillir ou le « battement temporel du sujet » *

L’être parlant parcourt ce qu’il est convenu d’appeler les âges de la vie, le plus souvent, dans une passion de l’ignorance des transformations qui affectent son corps. Ce corps adoré, qui le représente, lui donne consistance. Dès lors, comment le parlêtre peut-il supporter ce que le vieillissement des cellules lui inflige, sinon en tentant, en vain, de parer à la débâcle par différents rafistolages ? Il faut une accroche au corps singulière, celle qui anime le regard de Rembrandt, pour oser peindre une image qui se modifie en miroir, faisant surgir, à l’horizon, sa propre disparition en une série d’autoportraits saisissants.

Que peut apporter la psychanalyse à l’égard de cette angoisse existentielle ? L’expérience qu’elle induit permet de saisir l’âge non plus à partir de l’image d’un corps qui « fout le camp à tout instant » [1], mais du lieu de l’Autre, incarnant ainsi une autre dimension du corps, celle décernée par le langage. Ce « lieu de l’Autre n’est pas à prendre ailleurs que dans le corps, […] il n’est pas intersubjectivité, mais cicatrices sur le corps tégumentaires, pédoncules à se brancher sur ses orifices pour y faire office de prises, artifices ancestraux et techniques qui le rongent » [2].

Sans méconnaitre la sénescence des cellules, le dysfonctionnement de l’ADN et des protéines, la psychanalyse s’intéresse avant tout à ce qui, du mystère du vivant, se trouve pris dans la langue. Y résident d’autres cicatrices que les marques du temps qui font outrage au corps capturé par le miroir. Elles font « épissure entre [le] sinthome et le réel parasite de la jouissance » [3], se cristallisant en une matière signifiante que l’inconscient interprète.

Dominique Rolin, dans son effort pour cerner ce en quoi l’expérience du vieillissement est « encore sensuellement rattachée au monde », dévoile, à travers une série de rêves, et de souvenirs d’enfance, ce qui s’est joué pour « l’exilée majeure » qu’était « la petite Domi », « capturée » par le cadran d’une pendule dans la maison de ses grands-parents. Elle use de son inconscient pour se brancher sur ce qui a fait symptôme. En l’occurrence, un événement de jouissance qui, dans un battement, a creusé une absence : « Le Temps me veut, le Temps me traque […]. Le Temps est un fauve dont s’échappe un grognement rieur. Assez, Temps, je ne laisserai pas faire. Terminer mon livre et je t’aurai exterminé » [4]. Aujourd’hui comme hier, à l’égard de la solitude radicale éprouvée, « Je ferai ma page contre vents et marées » [5].

Ce numéro de L’Hebdo-Blog, Nouvelle série présente deux textes écrits pour une journée que la COVID-19 et l’assignation à résidence ont empêchée[6]. Psychologues et psychanalystes y témoignent de leur manière de subvertir les protocoles, en fondant leur pratique sur une éthique : rester au plus près des cicatrices, des nouages qui, au fil des années, ont arrimé un corps parlant à la vie.

 

* Laurent É., « Le savoir inconscient et le temps », L’Hebdo-Blog, n°211, 6 juillet 2020, publication en ligne (www.hebdo-blog.fr) ; publié initialement dans La Cause freudienne, n°26, février 1994, version CD-ROM, Paris, EURL-Huysmans, 2007, p. 3.

[1] Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le Sinthome, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2005, p. 66.

[2] Lacan J., « La logique du fantasme. Compte rendu du Séminaire 1966-1967 », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 327. Et cf. Miller J.-A., « Parler avec son corps », Mental, n°27/28, septembre 2012, p. 127-133.

[3] Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le Sinthome, op. cit., p. 73.

[4] Rolin D., Le Futur immédiat, Paris, Gallimard, 2002, p. 55 et 108-110.

[5] Ibid., p. 89.

[6] Conversation autour de l’ouvrage Vieillir aujourd’hui. Perspectives cliniques et politiques (Champ social, 2019), avec M. Grollier, A. Simon, A. Duchêne, Y.-M. Le Guernic, faculté de psychologie de Strasbourg, 12 mars 2020, annulée.




Le savoir inconscient et le temps

Les mathématiques connaissent-elles le temps [*] ? Si l’on en croit un philosophe des mathématiques contemporain, Gerald James Whitrow, leur effort a été de réduire le temps à des séries continues d’instants sans durée, isomorphes avec le continuum des nombres réels. Le nombre d’instants dans une durée finie est ainsi infini et on ne le connaîtra que par convention. La mesure ne se donne pas par la nature, mais par la norme.

Il fallut beaucoup de temps pour que l’on en vienne à une mesure stable. Cette histoire passionnante s’est longtemps confondue avec celle du maître. Elle s’en est émancipée définitivement avec Christian Huygens, et nous nous habituons maintenant à considérer la mesure du temps à l’égal de celle de l’espace. Cependant, la mesure en elle-même n’épuise pas les ressources de l’objet temps. Le temps nécessaire aux démonstrations s’impose comme facteur décisif à mesure que l’usage des ordinateurs n’est plus seulement d’application mais qu’il se glisse dans la démonstration même des preuves. Au-delà du débat sur la consistance véritable des preuves assistées par le temps de calcul de l’ordinateur, l’effet produit par ce détour accentue le fait que le temps compte toujours plus. Il ne cesse de presser. Le nouvel organe calculateur a-t-il touché au pathos du temps ? Les objurgations majeures à l’égard de Chronos, que ce soit la demande du moment de plus ou du moment de moins, s’en trouvent-elles ébranlées ? Le temps qui passe angoisse-t-il davantage ?

La psychanalyse ne se fie pas à l’incidence du temps au niveau de l’angoisse existentielle. Comme ailleurs dans son enquête, elle saisit son objet dans l’incidence sur la différence des sexes, soit au point où il fait symptôme. Avant de considérer le temps dans son rapport à l’angoisse, elle le considère là où il s’inscrit comme un langage et se donne comme inscription. C’est le noyau hystérique de la névrose, et aussi le noyau obsessionnel, nulle part ailleurs plus clair qu’en ce point où la conscience veut maîtriser la vie. C’est avec la névrose obsessionnelle de l’homme aux rats que Freud, en 1908, fait connaître au monde l’importance de l’aversion des montres : « il est extrêmement clair que ces malades cherchent à éviter une certitude et à se maintenir dans le doute ; chez certains, cette tendance trouve une expression vivante dans leur aversion contre les montres qui, elles, assurent au moins la précision dans le temps » [1]. Il fait aussi connaître dans ce texte l’attrait puissant des problèmes insolubles et l’importance du facteur temps à cet égard : « De pareils sujets sont avant tout la paternité, la durée de la vie, la survie après la mort, et la mémoire à laquelle nous nous fions habituellement, sans cependant posséder la moindre garantie de sa fidélité. L’obsédé se sert abondamment de l’incertitude de la mémoire dans la formation de ses symptômes » [2].

Freud prolongeait ainsi l’assertion de L’Interprétation des rêves selon laquelle l’inconscient ne connaît pas le temps [3]. Il y eut quelque méprise sur cette thèse. Si l’inconscient, en tant que mémoire, ne connaît pas le temps, c’est au sens où il n’en connaît pas la mesure. Il est ainsi compatible avec le temps immémorial du mythe. Il n’en est pas pour autant voué à l’informe et à l’indescriptible. Référons-nous à l’espace qui, lorsqu’il n’est pas abordé par la mesure, peut l’être par sa déformation autour de trous qui définissent sa topologie. La thèse freudienne sur le temps et l’inconscient permit à Lacan de dégager le statut logique de ces chaînes de mémoire. Le trouble, le trou – introduit dans la mesure du temps par le fait qu’il n’y ait pas de bonne heure pour le sexuel –, libère la fonction du sujet qui le prend en compte pour s’y loger, dans l’après-coup. La seule mesure que connaisse l’inconscient est celle du phallus qui ne donne aucune identité sexuelle, mais permet le calcul d’une identification.

L’enseignement de Lacan présente les modalités d’articulation de la mémoire inconsciente et du battement temporel du sujet : trous de mémoire, défauts de mesure, persistance inquiétante, oublis calamiteux, oubli de l’oubli. Tous ces manques et ratures sont les matériaux d’une logique du temps en psychanalyse. Elle discerne d’abord son sophisme dans « Le temps logique et l’assertion de certitude anticipée » [4], elle trouve plus tard ses formules dans la logique de l’aliénation et celle de la séparation [5], elle perçoit enfin sa topologie avec le titre d’un Séminaire qui rapproche les deux dimensions subjectives de l’espace et du temps : « La topologie et le temps » [6].

La clinique du temps en psychanalyse, sa cristallisation là où il fait symptôme, se dévoile à la fois sous la forme la plus particulière de l’inscription signifiante et sous des paradigmes récurrents selon les structures cliniques. Cette pathologie trouve de merveilleuses réalisations dans la névrose obsessionnelle. Il ne faut pas pour autant oublier l’heure de la vérité du désir que brandit la montre du sujet hystérique. Le phobique se prévient de l’une et l’autre par des évitements précis. Le symptôme fait office de test, car il nous présente des paradigmes à la fois constants et étrangers l’un à l’autre. Rien ne dit que l’obsessionnel et l’hystérique soient à la même heure – les guerres de religion entre obsessionnels et les chocs entre adulations hystériques sont aussi là pour manifester les limites de l’intersubjectivité. Quant aux énigmes du temps vécu dans la psychose, elles déplacent sérieusement les évidences intuitives : l’infini du temps paraphrénique répond au morcellement indéfini du temps schizophrénique, et témoigne des conséquences du mouvement de rejet de la signification. Le coq-à-l’âne maniaque et ses coupures incessantes répondent à l’inertie sans faille de la mélancolie.

Le temps, s’il s’actualise selon les différentes formes cliniques, se diversifie aussi selon des espèces qui sont trans-cliniques. Le temps du pendule de C. Huygens n’est pas celui du coup de foudre, et la phénoménologie du temps n’est ni sa logique ni sa topologie. Il revient à la psychanalyse d’en présenter les différentes modalités dans la cure elle-même, et par là de manifester le type de temporalité d’un être, l’inconscient, qui ne connaît pas le temps. Il est aussi de son ressort de montrer comment le sujet peut alors se libérer des impasses qui l’enchaînent dans des pièges plus étranges que ceux que les voyageurs temporels de fiction peuvent nous révéler.

[*] Ce texte est un extrait d’une première publication dans La Cause freudienne, n°26, février 1994, p. 3-4 ; version éditée dans ce numéro avec l’aimable autorisation de l’auteur.

[1] Freud S., « Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle (L’homme aux rats) », Cinq Psychanalyses, Paris, PUF, 1967, p. 250

[2] Ibid., p. 250-251.

[3] « L’indestructibilité est même une caractéristique proéminente des processus inconscients. Dans l’inconscient rien ne finit, rien ne passe, rien n’est oublié » (Freud S., L’Interprétation des rêves, Paris, PUF, 1967, p. 491). Cf. également : « Les processus du système Ics sont intemporels, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas ordonnés dans le temps, ne sont pas modifiés par l’écoulement du temps, n’ont absolument aucune relation avec le temps. » (Freud S., « L’inconscient », Métapsychologie, Paris, Gallimard, 1968, p. 96).

[4] Lacan J., « Le temps logique et l’assertion de certitude anticipée », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 197-213.

[5] Cf. Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973.

[6] Lacan J., Le Séminaire, livre XXVI, « La topologie et le temps », 1978-1979, inédit.




L’instant

C’est à propos de la question du temps que Lacan fit pour la première fois référence à Kierkegaard [*]. On peut lire dans « L’agressivité en psychanalyse » de 1948, ceci : « Nous ne croyons pas vain d’avoir souligné le rapport que soutient avec la dimension de l’espace une tension subjective, qui dans le malaise de la civilisation vient recouper celle de l’angoisse, si humainement abordée par Freud et qui se développe dans la dimension temporelle. Celle-ci aussi nous l’éclairerions volontiers des significations contemporaines de deux philosophies qui répondraient à celles que nous venons d’évoquer : celle de Bergson pour son insuffisance naturaliste et celle de Kierkegaard pour sa signification dialectique. » [1] Il s’agit de montrer ici que le concept kierkegaardien d’instant permet à Lacan d’appuyer, au moment de l’invention de la scansion, son approche de la question du temps.

 

La « signification dialectique » du temps chez Kierkegaard

Dans la cinquième thèse de ce texte, Lacan appréhende le problème de l’angoisse dans son rapport au temps. Cette catégorie est présentée comme pouvant être éclairée par la signification dialectique que lui a donnée Kierkegaard. Or, ce qui chez le philosophe éclaire cette dialectique est la notion d’instant, si fortement repensée par lui. Jacques-Alain Miller en fit d’ailleurs la remarque dans son cours « Les us du laps » [2]. Comment, dans cette conjonction laissée en suspens par Lacan, s’articulent angoisse, temps et instant ?

Kierkegaard subvertit l’interprétation classique du rapport de l’instant et du temps. Il ne considère pas le temps en soi, mais par rapport au sujet de l’existence, lequel décide de son orientation dans le temps. Le problème, pour le philosophe, est de définir les caractéristiques d’une temporalité existentielle. Il ne s’agit donc plus du temps hégélien propre à l’esprit du monde, pris sous l’empire du concept, mais d’un temps en rapport avec le sujet et l’Autre.

Kierkegaard a donc isolé deux conceptions de l’instant : l’une concerne l’instant dans son rapport au temps au plan de l’immanence, l’autre, la sienne donc, le conçoit comme transcendance. De l’instant, considéré jusqu’alors comme multiplicité dans la succession temporelle, il va montrer en quoi il est une singularité, un « atome d’éternité » qui marque la manifestation de l’éternité dans le temps et la possibilité de sa transfiguration.

Dans la première conception, l’instant est abstrait, un simple « maintenant » aussitôt aboli par le « maintenant » suivant, tout aussi passager. Il est le soudain, le ponctuel, sans consistance, séparé de l’être. Le Concept de l’angoisse critique une difficulté du Parménide de Platon [3], à propos de la participation de l’Un au temps. L’instant y est défini comme « la catégorie du passage » mais est en fin de compte réduit à une « muette abstraction atomique » [4] – bref, à du temps comme non-être.

À l’opposé, dans la conception kierkegaardienne, l’instant trouve sa véritable signification, non plus comme miettes de devenir à l’éphémère destinée, mais au moment précis où son atome fait rupture constitutive, avènement éternel, d’une décision subjective. L’émergence de la personne du Christ est évidemment, pour Kierkegaard, la chose même. Par lui, le surgissement de l’éternité dans le temps empirico-historique vient scinder sa continuité. La coupure du temps par la présence du Christ fonde l’éternité de l’instant et inspire à l’existant le modèle du saut dans la foi.

Exister pour Kierkegaard présuppose donc un acte qui, par son saut – soit la rupture qu’il produit –, traverse le temps, le temps de l’enchaînement des causes et des effets. L’instant est ce fragment du temps qui échappe et survit à son perpétuel dépassement par la nouveauté inaltérable de ce qu’il instaure. Il est bien, au regard de l’existence, ce point à partir duquel quelque chose se fixe pour toujours, ce point de fracture où l’irréversibilité du nouveau advient. L’existence kierkegaardienne est donc nécessairement cette tension d’une hâte qui refuse toute lenteur, toute longueur temporelle, ou encore toute rêvasserie romantique.

 

L’instant : une catégorie lacanienne

Faire de l’instant une catégorie lacanienne est une proposition qui trouve son poids renforcé par un autre texte contemporain de l’allusion kierkegaardienne : « Le temps logique et l’assertion de certitude anticipée » [5]. Parmi le déroulement subjectif de ce procès logique, rappelons le premier de ces « trois moments de l’évidence », celui de cette instance que Lacan nomme « l’instant du regard » [6]. Plusieurs de ses caractéristiques révèlent l’existence d’une communauté certaine avec la notion kierkegaardienne.

Tout d’abord, cet instant a une détermination conférée par le regard. Cette instantanéité du regard est pourtant supplémentée d’un temps de voir ce qui n’est pas (dans le sophisme, deux disques noirs). Cet instant est donc autre chose que ce postulat que Lacan reconnaît aux formes classiques de la logique, à savoir : « rien qui ne puisse déjà être vu d’un seul coup » [7], puisqu’il n’est pas un temps inerte où se livrent les données, mais déjà un temps de possibilité. Or, cette articulation du regard à l’instant se retrouve à travers le concept kierkegaardien.

Le mot danois pour Instant est Øieblikket. Étymologiquement, ce terme, comme pour son correspondant allemand Augenblick, signifie « coup d’œil » ou « clin d’œil ». Il traduit la vitesse du regard que rien n’égale, commensurable pourtant à l’éternité [8]. La signification du terme implique aussi une référence à saint Paul et à la métaphore du clin d’œil dont le Nouveau Testament exprime la « Plénitude du temps », réalisée par le christianisme et réaffirmée par Kierkegaard. La saisie totale du clin d’œil produit sa plénitude, sa vitesse lui fait participer au temps dans sa succession, pendant qu’il capte simultanément la présence de l’éternel.

L’instant n’implique aucune Aufhebung hégélienne entre temps historique et éternité. Si l’instant est ce point qualitativement plein à partir de quoi quelque chose peut se fixer pour toujours – point hors temps, de rupture entre un temps 1 et un temps 2 –, ce n’est qu’en tant qu’union paradoxale du temps et de l’éternité qu’il consiste, il est donc toujours à renouveler. Ce temps, qualifiable de réel, maintient les contraires en opposition dans une tension dont le sujet fait l’épreuve. Par sa discontinuité, il n’admet aucune nécessité hégélienne et n’implique aucune totalisation ou finalité du même ordre.

L’enjeu que contient l’instant se tient dans la pertinence pratique du concept pour l’expérience analytique. Ces années quarante sont précisément le moment où Lacan élabore ce mode nouveau d’intervention dans les cures, prototypique de l’acte analytique : la scansion. S’il n’a pas explicitement raccordé la fonction de l’instant à la suspension de la séance, il semble pourtant logique d’en voir le rapport.

La coupure introduite par l’acte d’interrompre l’analysant en un point particulier de sa parole, dégage son produit : créer rétroactivement de l’instant, celui du dernier dit. Souvent, l’effet de ponctuation fait surprise au sujet, qui après-coup rapporte à la séance suivante son étonnement, son énigme ou ses associations quant à ses propres mots, entendus plus nettement d’être les derniers. L’instant de ce dit advenu après-coup comme le dernier, a bien modifié la séance et ses effets. Réduite avant cette invention à une durée cumulative, la séance voyait la dimension chronométrique de sa temporalité gommer les possibilités d’user des effets de surgissement que l’instant confère par sa rupture. Comme chez Kierkegaard, le temps se rapporte qualitativement, et non quantitativement, à ce qui y fait coupure. Ce temps, devenu instant sous l’effet d’une coupure imprévisible que l’analysant n’attend pas, se comprend comme un temps réel. La vérité de l’instant comme temps réel, lié à l’irréversibilité d’un acte, relève non plus d’une durée, mesure de la subsistance des choses, mais d’un temps qui détermine leur avènement à travers leur rupture.

La scansion implique un temps réel dans la mesure où l’instant généré par la coupure fait toujours tuché pour le sujet. L’instant est bien la face temporelle de la tuché. De même, sa finalité est de réveil. Les effets de surgissement et de précipitation propres à cette technique, dont Lacan témoigne à propos de ce patient abrégé dans le cours tranquille de son bavardage sur Dostoïevski [9], sont en fin de compte l’indice du caractère opératoire de Kierkegaard dans la lecture de Lacan.

 

[*] Ce texte est un extrait d’une première publication dans La Cause freudienne, n°56, mars 2004, p. 86-90 ; version éditée dans ce numéro avec l’aimable autorisation de l’auteur.

[1] Lacan J., « L’agressivité en psychanalyse », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 123.

[2] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Les us du laps », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse l’université Paris VIII, cours du 31 mai 2000, inédit.

[3] Platon, Parménide, Paris, Flammarion, 1994.

[4] Kierkegaard S., Le Concept de l’angoisse, Paris, Gallimard, 1935, p. 177.

[5] Lacan J., « Le temps logique et l’assertion de certitude anticipée », Écrits, op. cit., p. 197-213.

[6] Ibid., p. 204.

[7] Ibid., p. 202.

[8] Cf. Kierkegaard S., Le Concept de l’angoisse, op. cit., p. 91.

[9] Lacan J., « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse », Écrits, op. cit., p. 315.

 




L’âge à l’épreuve des protocoles

Vieillir devient, dans notre société, une forme de pathologie[*]. La référence constante à une science sommée de répondre de façon circonstanciée, programmable, et présentée sur un versant d’utilité sociale, induit que le vieillissement soit désormais abordé quasi systématiquement comme dérèglement, perte ou pathologie, dans des dimensions neurologiques et cognitives [1].

Cette voie ouvre l’opportunité d’un accompagnement « protocolisé », médicalisé, voire éducatif ou rééducatif. Aux États-Unis, cela va jusqu’à un lobbying afin d’obtenir du FDA [2] la reconnaissance de la dimension pathologique du vieillissement, porte ouverte pour des recherches conduisant à la commercialisation de traitement par les laboratoires. Or, quel que soit son âge, chacun existe, avant tout, en tant que sujet en voie de reconnaissance, tentant de soutenir son inscription dans un lien social. Ce sujet, il est important de l’accueillir et de le reconnaitre dans sa singularité.

Ainsi, quelles que soient les causes de ces déficiences et de ces pertes que connaissent ces personnes âgées, aussi dramatiques soient-elles, elles restent des sujets auxquels il est essentiel de donner une place. Le sujet a toujours affaire à un réel potentiellement traumatique, c’est la seule donnée qui soit universelle, mais tous ne s’en débrouillent pas de la même façon. Vieillir, affronter les pertes successives qui peuvent conduire à une dépendance contrainte à un partenaire plus ou moins accueillant, est une situation de plus en plus rencontrée dans nos sociétés dites développées. Maintenir un accueil du sujet qui tienne compte de ce qui insiste derrière ces pertes constitue une dimension clinique essentielle. Même lorsque ces pertes concernent la mémoire et le langage, il s’agit d’entendre ce qui se répète chez le patient.

Cet accueil présente un enjeu qui interpelle l’orientation psychanalytique lacanienne, laissant au sujet sa part de responsabilité.

Travailler avec des sujets âgés, des sujets parfois diminués dans leur corps et/ou leurs moyens intellectuels, nécessite de conserver cette éthique du sujet. Il s’agit ainsi de pouvoir interroger les différents diagnostics qui font taire le sujet, ou le conduisent à passer sous silence ses tentatives pour signifier, d’une façon ou d’une autre, sa présence. L’âge n’efface pas le sujet, il le contraint au contraire à changer, plus ou moins, ses stratégies, et le confronte à la représentation de sa propre disparition. Mais la vie est toujours là, avec des moyens à trouver pour se concrétiser, pour que la jouissance, celle de la vie, trouve à se dépenser.

Des professionnels, soutenus par l’éthique de la psychanalyse, font consister cette possibilité au sein d’institutions et de dispositifs, autorisant des sujets à se sentir toujours vivants.

Claudine Valette-Damase et moi-même avons encouragé et construit un réseau de professionnels – le réseau des CÉRÂS [3] – qui vise à partager les effets de cette position éthique, à transmettre l’expérience de ceux qui souhaitent accompagner ces sujets, à illustrer l’intérêt clinique de cette orientation afin de peser sur la politique de soins et d’accompagnement des sujets âgés. Ce réseau se déploie en référence à la psychanalyse d’orientation lacanienne, ce qui lui offre son expérience et ses possibilités d’élaboration. Il promeut une clinique qui subvertisse les commandes publiques de bientraitance et de silence du sujet. Ce réseau a été au départ du cartel qui a produit l’ouvrage Vieillir aujourd’hui, Perspectives cliniques et politiques [4]. Les CÉRÂS publient aussi régulièrement une lettre, Réson’Ans [5], qui présente une orientation primordiale dans ce champ. Ainsi, entre les acronymes qui nous gouvernent désormais, et qui dictent également les conditions d’évaluation de nos pratiques, se glissent, dans cette lettre, des témoignages d’actions et d’accompagnement menés par des collègues engagés dans ce travail d’accueil des sujets pouvant être débordés par un vieillissement qui les bouscule et les fragilise. Le contexte d’épidémie, que nous venons de traverser, et dont nous ne sommes pas vraiment sortis, est à considérer comme un appel à ne pas reculer devant ce travail.

[*] Intervention initialement prévue le 12 mars 2020 à la faculté de psychologie de Strasbourg dans le cadre d’une conversation autour du livre Vieillir aujourd’hui. Perspectives cliniques et politiques (Champ social, 2019), et annulée à cause du confinement. Texte proposé par Isabelle Galland.

[1] Cf. le 21e International Association of Gerontology and Geriatrics World Congress, accueilli par The Gerontological Society of America, San Francisco, 23-27 juillet 2017, congrès qui a fait date. Cf. également les rapports de L’Année gérontologique, disponible sur internet.

[2] FDA (Food and Drug Administration) est l’agence nord-américaine des produits alimentaires et des médicaments. Le projet TAME (Targeting Aging with METformin – Albert Einstein Collège of medicine – New York) a proposé en 2015 une expérimentation visant à prouver que le vieillissement n’est pas une simple usure biologique consubstantielle à la vie, mais bel et bien une affection, un problème de santé (cf. 21e International Association of Gerontology & Geriatrics World Congress, op. cit., cité par : Innovation in Aging, vol. 1, supplément, juillet 2017, p. 743, disponible sur le site d’Oxford Academic Journal : cademic.oup.com/journals).

[3] CÉRÂS : Centres d’Études et de Recherches sur l’Âge et le Sujet.

[4] Simon A., Duchêne A., Le Guernic Y.-M. (s/dir.), Vieillir aujourd’hui. Perspectives cliniques et politiques, Nîmes, Champ social, 2019.

[5] Réson’Ans. Clinique du vieillir, Lettre du Réseau des Centres d’Études et de Recherches sur l’Âge et le Sujet (CÉRÂS).