Un malentendu fécond
« Un CPCT est d’abord fait pour contribuer à la formation clinique des analystes en formation dans le registre de la psychanalyse appliquée à la thérapeutique. Ni plus, ni moins. Ce qui sert cette finalité est bon, ce qui la dessert est mauvais. La croissance pour la croissance, non.1 »
Cette mise au point fut salubre. S’il s’agissait au départ d’un petit organisme placé sous observation à Paris, un « enthousiasme inopiné2 » a suscité la création de ces centres dans d’autres villes. La recherche de subventions, comme processus de reconnaissance sociale, est un petit poison. Il nous met sous la coupe de celui qui a le pouvoir d’accorder ou de refuser. À quels appels d’offre allions-nous répondre ? Quel bilan présenter ? Comment ne pas se mettre à l’heure de l’Autre et de son programme ?
Nous ne nous réglons pas sur le nombre de demandes qui parviennent au CPCT. L’équipe de consultants est limitée et fixe. La permutation concerne chacun tous les deux ans, y compris l’équipe de direction qui a la charge des subventions. Nous visons à en être moins dépendants par la recherche d’autres recettes.
La finalité du maître qui se soutient d’universaux est que cela tourne rond et idéalement pour chacun de la même façon. À l’envers, le CPCT s’appuie sur ce qui échappe au sens commun, ce qui manque à un savoir valable pour tous et ne vise pas la disparition du symptôme. Dans un malentendu fécond, qui ne saurait se résoudre en partenariat, nous transmettons, au-delà des chiffres, notre énonciation singulière. Nous pouvons démontrer les effets pragmatiques paradoxaux dans le lien social, de la suspension de la demande de vouloir insérer, conseiller, rééduquer, guérir.
La formation à la psychanalyse appliquée à la thérapeutique
Les consultants sont engagés dans une Section Clinique. La finalité du CPCT est la formation à la psychanalyse appliquée à la thérapeutique. Le terme de « psychanalyse appliquée » vérifie le rapport que le consultant entretient avec la psychanalyse pure, dans les enseignements de l’École, au-delà du CPCT. Mais aussi et surtout dans sa propre cure. Chaque consultant est engagé dans une analyse dont il trouve à s’enseigner à plusieurs égards.
Si se garder du désir de guérir est un fil, il est à débusquer dans le goût de la clinique et dans sa propre expérience analytique. Laquelle attire notre attention sur le fait de ne pas alimenter la jouissance par le sens et de tendre l’oreille au-delà de ce qui s’entend.
Il s’agit de se former à attraper dans les énoncés reçus de l’Autre, leurs valeurs d’impératifs. Accuser réception des questions que le sujet nous adresse fait signe d’une souffrance restée muette et pourra entamer le rapport du sujet aux poids des mots entendus. Soulever un signifiant resté dans l’ombre fera sourdre son envers. Faire résonner des paroles dans leur dimension injonctive visera à les déminer.
Faire l’expérience de ce que la parole rend malade, de son équivocité, du malentendu foncier nous rend attentif à poser les bonnes questions. À quelle demande le sujet se fait un devoir de répondre ? À quelle histoire se rapporte l’actualité d’une souffrance ? Qui a dit cet énoncé, renvoie à l’énonciation de chacun.
Une mise en perspective ouvre à un monde aux commandes dans les dessous.
Alain Le Bouëtté
1. Miller J.-A., « Entretien d’actualité avec Jorge Forbes. 2 », posté le 16 octobre 2008 sur le blog de l’AMP, disponible en ligne.
2. Miller J.-A., « Vers PIPOL 4 », Mental, n°20, février 2008, p. 185.

