Identités précaires au XIXème siècle, présence de l'analyste

ACF, Hebdo Blog 113

Un savoir incandescent

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« Comment faire pour enseigner ce qui ne s’enseigne pas ? » Telle est la question pragmatique que nous nous sommes posés à l’ACF-Massif Central pour mettre en place un programme d’activités sur deux ans. Pour y répondre, nous sommes partis de notre conviction que le savoir qui est ici en jeu concerne tout un chacun qui consent à se laisser interroger par ses démons.
Deux Séminaires ont donc été organisés pour transmettre le savoir analytique tel qu’il s’élabore dans l’expérience, à partir de la découverte de l’inconscient par Freud et de l’enseignement de Lacan, de son premier à son tout dernier enseignement : le Séminaire d’étude et le Séminaire des membres de l’ECF. Tout deux sont ouverts au public. C’est là une gageure, un pari aussi bien.
À l’initiative de Jean-Robert Rabanel, AME de l’ECF, le Séminaire d’étude se propose de préparer au prochain Congrès de l’AMP-Barcelone 2018. Il prodigue ainsi un enseignement mensuel sur la psychose, extraordinaire et ordinaire, qui revisite à nouveaux frais l’impasse que rencontre Freud avec ce réel, l’issue qu’en propose Lacan en refondant la psychanalyse à partir de lui, et parcourt le travail d’École initié par Jacques-Alain Miller dès la création de l’ECF. À l’exposé théorique succède la présentation d’une expérience de la psychose par un analyste. Le succès de ce Séminaire n’est pas uniquement dû au transfert suscité par celui qui en est le responsable, mais également au fait qu’il vient rencontrer l’actualité clinique la plus brûlante et répondre à l’indigence conceptuelle des autres discours contemporains pour appréhender la psychose.
Le Séminaire des membres de l’ECF, quant à lui, offre un programme de conférences ouvertes sur la cité sous le titre Pourquoi la psychanalyse aujourd’hui ? Ici, à l’heure où la psychanalyse est attaquée comme jamais – sans doute est-ce là aussi le signe de sa vitalité ? –, des psychanalystes témoignent de la réalité de leur(s) pratique(s) dans toute sa variété et sa singularité, soit une pratique du réel. Au fil du programme, trois AE de l’ECF nous font l’honneur de témoigner du plus vif de ce qu’ils ont extrait de leur propre cure, en le transmettant avec le plus grand tact pour être audible par chacun, sans rien sacrifier à la vulgarisation. Le pari ici aussi s’avère gagnant, d’ouvrir l’accès au discours analytique à un public renouvelé.
Loin de s’opposer ou de se complémenter, ces deux Séminaires se nouent l’un à l’autre dans une adresse vers l’École, entre intension et extension. Le public qui y assiste n’est pas forcément le même, mais on constate qu’il y a une accroche, une fidélisation.
Quel est cet hameçon ? Contrairement au savoir universitaire, le savoir dans le discours analytique ne se quantifie pas, car il n’est pas objectivable. C’est un savoir particulier, en ceci qu’il s’éprouve dans le corps. Il touche, fait mouche, on le ressent à l’intérieur de soi. Ce savoir touche un réel, celui que Lacan a indexé d’une lettre, petit a. En cela, il est un savoir qui réveille, à l’heure où l’endormissement hypnotique est généralisé. Ce réveil prétend même à une visée politique, celle de responsabiliser chaque parlêtre dans sa parole et, partant, dans son acte. Il s’agit donc bien de viser un savoir incandescent qui met en alerte et qui contamine.

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