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Focus, Hebdo Blog 02

Marie n’a pas dit son dernier mot !

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Être mère sur L’Hebdo-Blog, DU COMITÉ SCIENTIFIQUE DES JOURNÉES :

C’est avec une longue liste non exhaustive de mères, « typifiées » pour la circonstance, – la mère soumise, la mère méfiante, la mère poule, la mère déprimée, la mère rigide, la mère folle, la mère angoissée, la mère aimante… – que le Cartel Dossier a invité les membres du comité de pilotage et du comité scientifique des Journées 44 à nous parler des mères, d’une mère, d’être mère. Semaine après semaine, vous découvrirez la façon dont chacun, chacune s’est saisi de cette proposition. Une série de tableaux hétéroclites et surprenants donneront au lecteur un aperçu de ce grand work in progress autour de la question « Être mère ».

« Le XXIe siècle sera religieux, ou ne sera pas », c’est ce qui a été retenu de la fameuse prédiction d’André Malraux, là où l’on sait qu’il a plus exactement dit « Le XXIe siècle sera mystique, ou ne sera pas ». Cependant, on n’a pas attendu notre époque pour avoir recours à ce que Philippe Sollers appelle la PSA, Procréation Spirituellement Assistée qui a donné naissance au fils de Dieu. Damien Guyonnet nous livre ici une réflexion qui illustre cette orientation et il est tout à fait passionnant de lire ce texte à la lumière de notre hyper modernité.

Récemment, le pape François annonçait devant un parterre de prêtres et de séminaristes : « Si on n’a pas une belle relation avec la Vierge, on a quelque chose d’orphelin dans son cœur »[1]. Pourquoi ce rappel urgent et nécessaire au culte rendu à Marie, déclaration d’amour qu’on aurait tôt fait de juger dépassée ? Et si, contre toute attente, le pape François était finalement très moderne ? Alors, Vierge Marie, mères du XXIe siècle, même combat ?

Une disjonction, deux constats

Si nous nous interrogeons sur l’articulation entre maternité et sexualité, telle qu’elle se présente au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, deux temps logiques semblent repérables. Avec la légalisation de la pilule en 1967 et la loi Veil du 17 janvier 1975 sur l’interruption volontaire de grossesse, pour la première fois en France, une disjonction s’opère entre maternité et sexualité. Il est dorénavant possible pour une femme d’avoir une sexualité sans risque de maternité. Cette disjonction, nous la retrouvons également dans la logique de la procréation médicalement assistée (PMA), cette fois-ci de manière inversée : il est désormais possible de devenir mère sans sexualité.

Cette disjonction reprend, dans une certaine mesure, celle qui peut être effective entre la mère et la femme. Disons que cette dernière apparaît clairement maintenant, là où auparavant le statut de mère recouvrait largement celui de femme.

Retour sur Marie

Cette disjonction maternité/sexualité, versant « maternité sans sexualité », est également présente dans le récit de la naissance de Jésus, ce que nous rappelle la doctrine de la Conception Virginale (CV) selon laquelle Marie conçut le Christ par l’intervention du Saint-Esprit en restant vierge, ainsi que le dogme de l’Immaculée Conception (IM)[2] rappelant que Marie a été préservée du péché originel[3]. Ainsi enfants de la science, enfants de Marie, même combat, à la différence près, et de taille, que désormais, les analyses médicales et la diffusion des résultats sur internet ont supplanté l’ange Gabriel quant à l’annonce d’une possible maternité ! Ainsi, la CV et l’IM préfigurent en quelque sorte la PMA. Il n’y a pas besoin de rapport sexuel pour avoir un bébé. C’est désormais à deux instances que l’individu peut vouer une admiration toujours plus grande : la médecine présente au sein même de ses organes de reproduction, et la Sainte vierge logée au fond de son cœur.

Mystérieuse Sainte Anne

Cette dernière est représentée dans le célèbre tableau de Léonard de Vinci, La vierge, l’Enfant Jésus et Sainte Anne, exposé au musée du Louvre. Sont réunis dans une même scène la grand-mère, la mère et le fils, ainsi que l’agneau christique. Trois personnages donc, pour trois générations, avec cette particularité que les deux personnages féminins semblent étrangement n’en former qu’un dans une sorte de dédoublement. Autre division concernant Marie : elle est à la fois mère de Jésus de Nazareth et mère de Dieu (la Theotokos en grec, la Déipare en latin) ; « Sainte Marie, mère de Dieu,… », énonce la prière. Dès lors, comme le note Philippe Sollers : « du féminin engendre du féminin lequel engendre son principe causal… »[4]. Et nous pouvons étendre encore davantage la liste des enfantements de Marie, comme nous l’indique le Chant XXXIII du Paradis de Dante : « Vierge mère, fille de ton fils, humble et haute plus que créature, terme arrêté d’un éternel conseil […] »[5]. Et Sollers de conclure alors en toute logique : « C’est une proposition d’inceste réussi. »[6] Bref, nous l’aurons compris, tout cela reste miraculeux, échappant irrémédiablement à la science.

Vers une autre disjonction

Qu’aucune preuve n’existe des différents enfantements de Marie, de celle que nous osons définir, avec l’autorisation du Saint-Père, comme résolument moderne, est très enseignant pour nous. En effet, lorsque la maternité se passe de sexualité, plus rien n’est sûr. D’où le recours, concernant Marie, à la croyance, ainsi qu’au dogme. Pour toutes les autres mères, celles de la science, précisément celles qui ont recours à la gestation pour autrui (GPA), a lieu dès lors une petite révolution, comme le note Jacques-Alain Miller : puisque devenue incertaine, la maternité passe alors au statut de fiction légale, fiction qui, auparavant, était assignée au père[7].

C’est finalement à une dernière disjonction que nous parvenons, révélée là encore par Marie, celle existant entre « maternité » et « être mère ». Avec la GPA, la question de la maternité, autrefois associée à une réalité biologique, change de statut. On peut accéder au statut de mère sans avoir porté l’enfant, une sorte de déni inversé en somme, laissant apparaître finalement qu’« être mère » relève autant, voire plus, d’une fonction, que d’une réalité matérielle. Reste à celle souhaitant l’incarner à devenir en quelque sorte un modèle de cette fonction.

[1] Cf. l’article d’Élisabeth de Baudoüin « Pape François : Si tu ne veux pas de Marie comme mère, tu l’auras comme belle-mère !» (disponible sur internet).

[2] Proclamé par Pie IX le 8 décembre 1854 (bulle Ineffabilis Deus).

[3] Nous savons par contre que la question de sa virginité perpétuelle prête quant à elle à discussion.

[4] Sollers P., Le Saint-Âne, Paris, Verdier, 2004, p. 27.

[5] Dante, La Divine Comédie/Le Paradis (trad. Jacqueline Risset), Paris, GF-Flammarion, 1990, p. 307.

[6] Sollers P., op. cit., p. 35.

[7] Cf. Jacques-Alain Miller lors du second Parlement d’UFORCA à Montpellier en mai 2011, inédit.

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