Au coeur de la clinique… Avec JD Matet, L. Mahjoub…

ACF, Hebdo Blog 113

Lire Lacan !

image_pdfimage_print

Les ACF ont pour missions l’étude de la psychanalyse. Lacan voulait que les ACF aient son école : l’École de la Cause Freudienne. L’École comme sujet : « susceptible de délivrer un savoir à celui qui fait l’effort d’aller à sa rencontre »(1). L’ACF s’inscrit dans la droite ligne de l’ECF, pour rendre accessible l’enseignement de Freud et de Lacan. Jacques-Alain Miller à la suite de Freud et de Lacan, rend sensible la dimension politique de la psychanalyse lacanienne avec le lancement de la Movida Zadig – Champ freudien, Année zéro !
Depuis le démarrage des soirées Lire Lacan à Nantes, qui ont succédé aux soirées d’étude clinique, force est de constater aujourd’hui que l’on n’étudie plus Lacan comme on l’étudiait il y a quelques années. Pourquoi ? La disparition de l’enseignement de la psychanalyse lacanienne à l’université n’y est pas étrangère. J’ai eu la chance de connaître l’enseignement de la psychanalyse à l’université de psychologie dispensée par des membres de l’ECF. Tout naturellement, je me suis engagée dans les soirées d’étude de la psychanalyse via les soirées d’études cliniques de l’ACF de Nantes pour en savoir plus. Un pont permettait de passer d’un lieu à un autre. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Les frontières se sont installées excluant la psychanalyse lacanienne. Là où la psychanalyse lacanienne se voit exclue, décriée, il reste aux ACF d’inventer une nouvelle façon de rendre Lacan accessible à tous.
La psychanalyse lacanienne qui a le souci depuis toujours de s’adapter à son temps ne cesse de se réinventer, de rendre accessible la psychanalyse à chaque UN. Un constat : Un public nouveau, des étudiants, des analysants, des professionnels, viennent aux soirées Lire Lacan découvrir un autre visage de la psychanalyse que celui relayé par le discours universitaire.
Un principe : lire Lacan à partir d’un concept que l’on met au travail. Il s’agit de rendre sensible la façon dont Lacan se pose des questions cliniques, et les réponses qu’il apporte tout au long de son enseignement. Chaque participant est invité à s’inscrire en cartel pour apporter sa lecture du texte par une courte intervention. Puis un enseignement, au plus près de chacun, est dispensé afin de rendre accessible Lacan à tous, dans un souci d’éclairer les questions que chacun se pose.
Pourquoi « Lire » ? Lire, ce n’est pas étudier. Ce terme « étudier » relève du discours universitaire. Il s’agit de délivrer un savoir, non pas mortifère, mais vivant, où l’on valorisera un savoir nouveau quand bien même s’agira-t-il d’un tout petit détail. Lire, c’est déchiffrer, comme on déchiffre un symptôme, comme on lit les formations de l’inconscient. Ce goût du déchiffrage nous est insufflé par l’expérience analytique. Pour cela nous prendrons la voie frayée par J.-A. Miller, qu’il nomme la « vertu cardinale dans la recherche analytique »(2) : la précision. Proscrire le flou, le vague. Rassurez-vous, J.-A. Miller note que nous butons toujours sur de l’imprécision, mais il ajoute qu’on ne fait pas alliance avec elle, on se bat contre elle. En psychanalyse la vertu de la précision se situe dans le souci du détail, invitant à tendre toujours vers le bien-dire. C’est pourquoi Lacan nous apprend à cerner ce qui échappe, à le cerner chaque fois de plus près, car notre pratique a affaire a ce qui échappe. Nous en approcher dans une approximation de plus en plus fine – c’est cela le mouvement à suivre. Le détail s’apparente à une trouvaille. Ce qui va de pair avec le nouveau. Lacan avait horreur de la répétition qui est pour lui l’équivalent de l’ennui. Il a toujours été animé par le nouveau. C’est ce chemin que nous tâchons de suivre pour nos soirées Lire Lacan. Chacun sort de ces soirées avec un savoir nouveau ouvrant vers un désir d’en savoir plus. C’est un savoir qui vise notre propre humanité, touche un savoir inconscient, oriente la clinique. Il n’y a pas un passage de Lacan qui n’est pas clinique. Lire Lacan est une tâche ardue, elle peut être décourageante, déroutante, mais toujours percutante. Pour le lire, nous avons la chance d’avoir le déchiffrage de J.-A. Miller – celui que Lacan a désigné comme celui qui sait le lire(3). Lire, ce n’est pas comprendre. Savoir lire est une surprise, un éclair. J.-A. Miller est animé par le souci de rendre lisible la lecture obscure de Lacan afin d’en dévoiler son précieux, ce qui fait son tranchant, et son mordant. Alors soyons mordus !

En référence aux Soirées Lire Lacan mit en place en Octobre 2015 par le bureau de l’ACF Nantes. 9 soirées sont programmées jusqu’à Juin. Chaque première soirée est introduite par Jean-Louis Gault qui supervise ces soirées par « Lire Lacan avec Jacques-Alain Miller ». Programme : 2015-2016 – La conception du corps parlant chez Lacan. 2016-2107 – Lacan et l’amour. 2017-2018 – Lacan et son concept de désir. Soirées animées par Fouzia Taouzari.

1 J.A. MILLER, Politique lacanienne, 1997-1998, Rue Huyssmans, collection éditée par l’ECF, 2001, p. 25.

2 J.A. MILLER, « Le désir de certitude. Descartes et l’ordre des raisons » p.55, La Cause du désir, N°90, « À qui se fier » Navarin éditeur, 2015, p. 54-64.

3 J. LACAN, « Télévision », Autres écrits, p. 509 : « celui qui m’interroge sait aussi me lire ». En référence aux questions que J.-A. Miller a posées à Lacan pour Télévision et des annotations rédigées en marge du texte.

Recommended