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Événements, Hebdo Blog 35

Une cicatrice comme une autre

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Écho de la soirée du 18 mai à Annecy

Ce 18 mai 2015 à Annecy, une vingtaine de personnes sont venues assister à la lecture d’extraits du parcours d’Eva Thomas, faite par le comédien Benoît Olivier. La soirée était organisée par l’ACF Rhône Alpes, en préparation au prochain Congrès Pipol 7 qui se déroulera les 4 et 5 juillet prochains sur le thème Victime!

La brève introduction faite par Philippe et Véronique Michel, psychanalystes, a retracé le contexte à partir duquel E. Thomas a écrit ses textes. V. Michel nous a présenté l’auteure. E. Thomas est née en 1942 en Normandie. Alors qu’elle était institutrice, elle accueillit les confidences d’une fillette qui avait été abusée par son père. Ses dires la touchèrent au plus profond : elle aussi avait vécu l’inceste. S’ensuivit un long cheminement qui la fit sortir du silence dans lequel elle s’était tenue jusqu’alors. Elle publia deux livres : Le viol du silence[1] et Le sang des mots[2] et fut la première femme à témoigner à visage découvert à la télévision. Elle fonda également l’association SOS inceste et, grâce à sa profonde détermination, permit de faire modifier la loi sur la prescription.

P. Michel, quant à lui, nous a rappelé que si Freud a abandonné sa Neurotica, il n’a jamais avancé que la réalité était à exclure. L’inceste existe. Il est de l’ordre du réel auquel certains ont affaire. Mais il existe aussi une Autre scène, celle de l’inconscient. Si chacun se trouve désarmé face au sexuel, il n’en demeure pas moins que le trauma apparaît comme le nouage de l’événement traumatique d’un côté, et, de l’autre, l’incidence de la sexualité dans le fantasme.

Puis ce fut au tour de Benoît Olivier d’entrer en scène. Le silence fut à son comble dès qu’il fit entendre sa voix. A travers elle, celle d’E. Thomas, dont il se fit, de manière engagée, « le passeur vocal »[3]. La présence du comédien, la manière dont il adressa, à son tour, les mots forts de cette femme, permirent au public d’aller à la rencontre d’E. Thomas et de son parcours, non sans une certaine émotion.

Comment ne pas se sentir touché par la manière dont cette femme a su « rester debout »[4] malgré l’inceste? Comment ne pas être convaincu avec elle que parler permet de rester vivant ? Comment aussi ne pas être sensible à ses solutions singulières, au fait que par un recours à l’imaginaire, elle a pu coudre les fils d’une histoire qu’elle s’est réappropriée ?

Écrire, parler, construire, non sans moments de vacillement, mais sans jamais renoncer à « déloger les monstres », c’est ce qui permet de sortir d’une position de victime pour devenir acteur de sa vie. C’est aussi rejoindre l’humanité que « se battre avec des mots ». E. Thomas n’est pas une victime. Elle est une guerrière. À travers cette nécessité de faire entendre « sa vérité », E. Thomas nous enseigne comment « chacun peut construire son chemin qui va de la blessure à la cicatrice ».

[1] Thomas E., Le viol du silence, Paris, Aubier, 1986.

[2] Thomas E., Le sang des mots, Desclée de Brouwer (rééd.), 2004.

[3] Formule de B. Olivier.

[4] Cette citation et les suivantes sont extraites des fragments lus par B. Olivier.

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