Identités précaires au XIXème siècle, présence de l'analyste

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« Ce qui se dévoile », vers les 47e journées de l’ECF avec G. Caroz

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Lors de sa venue à Marseille le 17 juin 2017 dans le cadre des grandes conférences de l’ACF, Gil Caroz, a montré en quoi la position subversive de l’inconscient dérange la place du maître, pour les sujets dans la cure et dans ses implications politiques.

Lacan, à la fin de son enseignement, définit le lien social comme discours et pose le discours du maître comme l’envers du discours du psychanalyste. « Du lien social, en définitive il n’y a que ça », nous rappelle Christiane Alberti, citant Lacan, dans son « Éditorial » au numéro 732 de Lacan Quotidien. L’engagement politique de la psychanalyse est dès lors mis au premier plan, en ce moment historique issu de plusieurs décennies de maturation au sein des différentes Écoles, formées puis dissoutes par J. Lacan et J.-A. Miller, comme l’a rappelé ce dernier lors de son premier cours de l’année Zéro. Ce nouveau temps pour l’École, initié au mois de mars 2017, moment où les psychanalystes sont sortis de leur réserve pour faire entendre la possibilité d’une victoire de Marine Le Pen à l’élection présidentielle, s’articule logiquement aux Journées de l’École en novembre 2017 qui porteront sur la question de l’apprentissage.

Lacan nous enseigne que l’inconscient se dévoile dans la faille du savoir. Le savoir de l’inconscient a ainsi une affinité avec l’échec, le ratage. Aussi, face à l’explosion du tout éducatif et à l’injonction quotidienne d’un véritable pousse-à-apprendre dans chacun des domaines de nos vies, de plus en plus de « pathologies du savoir » émergent, tel l’échec scolaire. Or le rapport au savoir inconscient de la psychanalyse diffère radicalement des autres savoirs scientifiques ou pragmatiques. Lacan rappelle dans un texte sur l’expérience de la passe qu’il n’y a de formations que celles de l’inconscient[1]. Car, ce que l’on découvre par l’analyse, c’est l’absence de recettes, de savoir-faire clinique qui s’y apprenne. L’essentiel dans une analyse, c’est l’inconscient en tant qu’il se dévoile. Ce dévoilement, contrairement au savoir du maître, laisse le sujet pantois : « son premier mouvement, c’est de ne pas savoir par quel bout le prendre ». Ce qui s’y dévoile est la dépendance à l’Autre du langage. Dans le second temps de la perlaboration, un savoir-y-faire peut apparaître, mais le premier temps est toujours un dévoilement, un « instant de voir ». Dans le Séminaire XI, Lacan définit l’inconscient fonctionnant non pas comme sens et vérité, mais selon la temporalité imprévisible de la pulsion qui suit un mouvement d’ouverture et fermeture. Ainsi la psychanalyse change-t-elle : il ne s’agit plus de boucher les trous dans l’histoire du sujet par les découvertes de vérité inconsciente mais plutôt de produire un objet nouveau, par le fait de l’entrée du sujet dans le discours de la psychanalyse. La clinique en est bouleversée : au sujet de constituer, contre le maître et sa norme phallique, sa solution singulière.

Quels en sont les effets sur le plan politique ? Lacan interpellait les étudiants peu après mai 68 : « Ce à quoi vous aspirez comme révolutionnaires, c’est à un maître. Vous l’aurez ! » La révolution est prisonnière du discours du maître contre lequel elle s’insurge. À l’inverse, la psychanalyse est subversive car elle ne s’apprend pas du savoir du maître, mais de ce que l’inconscient nous enseigne. Premièrement : la ruse car celle-ci est de l’inconscient (actes manqués, lapsus). L’inconscient joue des tours au sujet. Il est là où on ne l’attend pas, et il n’est jamais là où on l’attend. Face au discours du maître, adoptons une attitude rusée. Il s’agit de s’inspirer de l’inconscient pour ruser avec le maître et donc « de l’amadouer, de le séduire, pour pouvoir continuer notre petite affaire sans l’irriter et arriver à ruiner les signifiants du maître en douceur ».

De plus, le moment actuel a montré que la révolte est à l’origine de l’acte, incarné récemment par les forums anti Le Pen ou le blog de L’instant de voir. Jacques-Alain Miller rappelle dans son texte « Comment se révolter » la part pulsionnelle à l’origine de toute révolte[2]. En effet, la révolte est une émotion qui s’enracine dans le corps. Elle résulte d’une rencontre avec un impossible à supporter. D’avoir isolé son propre impossible à supporter, le psychanalyste en mesure la singularité. Il sait que sa propre jouissance, son propre fantasme, sont inclus dans sa révolte. Il franchit aujourd’hui un pas supplémentaire en mettant en œuvre son symptôme à partir de ce point le plus intime afin de susciter la révolte d’autres sujets au sein d’un rassemblement tel celui incarné par La Movida Zadig (Lacan Quotidien n° 700).

[1]          Lacan J., « À propos de l’expérience de la passe et de sa transmission » [novembre 1973], Ornicar ?, n° 12/13, décembre 1977.

[2]         Miller J.-A. « Comment se révolter ? », La Cause du Désir, n°75, La psychanalyse en forme, Paris, Navarin, juillet 2010, p. 212.

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