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Orientation, Hebdo Blog 177

Faire signe

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Visuel : © Carole Peclers

Carole Peclers est graphiste, elle travaille pour de nombreuses institutions parisiennes dont les Éditions des Beaux-Arts de Paris. Elle mène également des ateliers d’arts plastiques dans des lieux de soins (Hôpital Marmottant, Centre « Kairos » à Andrésy).
Ses travaux sont visibles sur son site :
http://carolepeclers.fr/

 

La Cause du Désir : Qu’est-ce que c’est pour vous une couverture de revue ?

C’est la première chose qu’on voit et qui va introduire à la lecture, la couverture joue sur toutes sortes d’éléments pour un objet papier : il lui faut retenir le regard tout en restant proche du contenu. Une couverture « fait signe » : l’image induit des émotions, fait en priorité appel à ce qui nous échappe avant d’être pensée et renvoyée à des mots. La typographie, selon son dessin, est un autre signe, un accent associé, non redondant si possible…
Une couverture a plus d’intimité qu’une affiche : on peut faire appel à une image qu’on peut, après le premier regard revisiter avec le temps.

L.C.D. : Comment avez-vous travaillé pour Inquiétantes étrangetés ?

C’est un titre très évocateur, qui trouvait une résonance dans mon vécu personnel. Au détour de mon travail de graphiste s’est développé mon travail de peintre, après ma psychanalyse. Il s’agissait de m’appuyer plus au corps dans cette nouvelle pratique et d’ouvrir à une autre démarche en laissant venir les formes par le geste, ou en les capturant impulsivement (photographies) : des productions personnelles qui établissaient un dialogue avec mes propres inquiétantes étrangetés.
J’ai gardé ces productions en lien avec l’inconscient sous forme d’un journal visuel, dans lequel je puise parfois en tant que graphiste, ce que je ne fais pas pour tous les thèmes. Dans ce cas précis, s’ouvrait cette possibilité. Le travail s’est tissé en dialogue avec vous et a pris toutes sortes de chemins. Finalement c’est cette dualité photo-peinture, d’un objet transformé, qu’on a choisie.
Je ne veux pas « illustrer ». Ce qui est important pour moi c’est qu’il y ait une rencontre entre une image et un titre, un concept, que j’éprouve la contingence de cette rencontre, c’est donc très personnel.
Je travaille à partir de la demande en laissant un espace pour cette rencontre, sans savoir si elle se fera ensuite pour ceux à qui j’apporte le travail. Ce qui fait que la recherche peut être longue. Une image littérale ne m’intéresse pas. Je cherche à rencontrer une image et à proposer cette rencontre à d’autres.

L.C.D. : Quelle place occupe la graphie du titre, le choix de son écriture ?

 Les mots et la manière de les écrire occupent une place essentielle. Cela crée une relation de jeu qui doit laisser sa place à l’énigme entre le concept et l’image. Choisir une typo c’est comme mettre un accent spécifique sur une lettre.
Même quand on choisit une typo identique pour tous les numéros d’une revue, il faut veiller à ce qu’elle soit capable de porter à chaque fois cet accent. Je suis très heureuse que nous ayons fait le choix d’élargir cette exploration en variant la façon d’écrire le titre pour chaque numéro, de donner toute sa place à cet accent, ce qui ouvre à une perception différente de l’image. C’est un point essentiel dans mon métier, qui parfois est écrasé par des commandes encombrées par une demande d’efficacité. Evacuer la surprise, ne pas surprendre, c’est viser une efficacité vide. La traduction s’appuie à la forme, emporte image et typographie associées, et aussi les couleurs etc.
Je travaille par ailleurs en tant que maquettiste cette fois pour accompagner de jeunes artistes au Beaux Arts : traduire avec eux ce qu’ils veulent dire permet de découvrir le lien aux formes qu’entretient chacun au plus intime, à partir de ressentis très personnels. C’est aussi ce qui s’exprime dans les ateliers que je mène où les conventions techniques sont moins lourdes. La forme visuelle comporte une profondeur, une richesse. Jamais je n’interprète, il s’agit plutôt d’une reformulation. C’est un sujet passionnant la question du dialogue avec les pages.
Maintenant c’est la rencontre avec chaque lecteur et comment il va se l’approprier qui compte ! Je suis enchantée de travailler sur cette revue.

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