Éditorial : Nouages et dénouages dans la clinique avec les enfants

« Dans leur lit, dans la cuisine, au retour de l’école, devant la télévision, penchés sur leurs devoirs, dans la rue, dans les supermarchés, en voiture, en forêt, à la piscine, Kim et Sam étaient filmés par leur mère. Elle surgissait sans prévenir, portable à la main, et commentait les images. »

Delphine de Vigan, Les Enfants sont rois

 

Delphine de Vigan soulève le voile et nous immerge dans un tableau qui n’a rien d’un spectacle. Nulle fiction au rendez-vous dans ces scènes de la vie quotidienne qui s’étalent telles des images crues données en pâture, à travers cet œil, intrus, menant directement dans une voie sans issue. La figure d’un sujet transparent hantant notre temps [1] redouble cet Autre par essence trop envahissant. Nous ne connaissons que trop bien cette certitude du petit d’homme selon laquelle l’Autre a accès à ses pensées les plus secrètes.

Si « l’intime […] est le lieu même du sujet » [2], sa construction est une opération fondamentale chez un enfant, de celle qui noue le sujet à l’Autre tout en le séparant. Il ne s’agit alors pas d’incarner cet Autre inquisiteur qui cherche à débusquer ce bout de savoir caché, mais plutôt de proposer une autre forme de lien.

Comment faire émerger l’intime en faisant offre de parole ? La vague d’un tout dire inonde les réseaux sociaux et pour autant nous savons que pas tout pourra se dire. Un silence subsiste autour de l’os du réel. Un silence à faire germer, dont les contours doivent prendre le temps de se dessiner. Si pour un adulte, il s’agit de traverser le fantasme afin qu’il perde un peu de consistance, pour un enfant, la cure analytique vise parfois à lui donner un coup de pouce pour construire cette fenêtre à travers laquelle il verra le monde.

Un nouage dans le transfert peut permettre que se délimite cette intimité constitutive pour un enfant qui ouvre la porte à sa condition de sujet. C’est ce que nous apprennent les jeunes enfants qui, quelle que soit leur structure, en passent très souvent par une phase de découpage quasi frénétique – l’important n’étant pas tant le contenu déposé que le bout de papier découpé, à l’occasion caché dans une enveloppe scellée.

D’être tout regard, le parent rate sa fonction de transmission, celle « de nouage entre désir, amour et jouissance » [3] qui prend consistance dans le roman familial, cette première fiction « où l’homme peut se tenir séparé du monde, d’où, par la fenêtre, en secret, il peut le contempler, et où, hors de tout regard, il peut se regarder lui-même » [4].

 

[1] Cf. Wajcman G., « Intime exposé, intime extorqué », The Symptom, n°8, hiver 2007, publication en ligne.

[2] Ibid.

[3] Leguil F. « Un lien qui sépare », La Petite Girafe, n°24, septembre 2006, p. 13.

[4] Wajcman G., « Intime exposé, intime extorqué », op. cit.




Éditorial : Les enseignements, entre style et symptôme

Dans le champ analytique, le savoir a un statut original [*], il n’obéit pas à la seule linéarité des chaines causales, la reproductibilité expérimentale ne suffit pas à établir des concepts dont la visée est éthique, la psychanalyse avertie du statut fluctuant de la vérité appuie son enseignement sur le réel d’un objet et la trace qu’il inscrit au un par un. Ainsi, l’établissement d’une théorie stable qui nous offrirait le confort que nous mériterions sans doute – « un repos sur l’acquis » [1] – se ferait au prix de l’anéantissement du tranchant de la cause analytique. Freud nous y a rendu sensibles pour les constructions en analyse [2], c’est vrai également des articles, ouvrages, et enseignements analytiques : une marque singulière poinçonne l’enseignement de chacun d’un style issu du symptôme.

Si l’inconscient est inconsistant et si l’interprétation opère par l’envers un détachement de bouts de savoir dans la cure, l’enseignement de la chose analytique passe par une forme de performativité homogène à la motérialité [3] de l’inconscient. Comment, en effet, transmettre quelque chose de ce qui ne peut s’avérer vrai d’être réel que pour un, puisque le corps est dans le coup et que le corps, en général, c’est « papeludun » [4] ?

Ce n’est pas pour autant un morcèlement « éclectique » [5] que propose l’École de la Cause freudienne dans les enseignements qui l’engage : Son Tu peux savoir, bien qu’ouvert à tous, n’est pas Babel : d’une lecture à une autre, d’une conférence à une autre, un savoir se formule, passant de style en style, à partir de quelques outils solides : le phallus, le fantasme, le sujet, le transfert, le symptôme, la pulsion… Autant de petites boussoles qui passent de corps en corps pour « rejoindre à son horizon la subjectivité de [notre] époque » [6].

Si l’ECF produit autant d’articles, de soirées d’enseignement, de publications, suivis non seulement par les plus jeunes, mais aussi par des analystes qui se forment « entre guillemets » [7] depuis fort longtemps, c’est sans doute que Lacan a su communiquer, au sein de son École, un peu de son art du « dépassement continuel » et du mouvement « d’auto-réfutation » propres à son enseignement [8].

Comme pour l’analyste en fonction dans la cure, celui qui « enseigne » « n’est efficace qu’à s’offrir à la vraie surprise » [9] « car ce dont il s’agit c’est de ce [que l’analyste] a à savoir. […] Ça ne veut rien dire de “particulier”, mais ça s’articule en chaîne de lettres si rigoureuses qu’à la condition de n’en pas rater une, le non-su s’ordonne comme le cadre du savoir » [10].

[*] Programme et inscriptions aux enseignements ouverts de l’École de la Cause freudienne sur : events.causefreudienne.org

[1] Miller J.-A., « La “formation” de l’analyste », La Cause freudienne, n°52, novembre 2002, p. 19.

[2] Cf. Freud S., « Construction dans l’analyse », Résultats, idées, problèmes, t. II, 1921-1938, Paris, PUF, 1985, p. 269-282.

[3] Cf. Lacan J., « Conférence à Genève sur le symptôme », La Cause du désir, n°95, avril 2017, p. 13, disponible sur CAIRN.

[4] Lacan J., « Lituraterre », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 16.

[5] Miller J.-A., « La “formation” de l’analyste », op. cit., p. 20.

[6] Lacan J., « Fonction et champs de la parole et du langage en psychanalyse », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 321.

[7] Cf. le titre du numéro 52 de la revue La Cause freudienne : La formation entre guillemets des psychanalystes.

[8] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. De la nature des semblants », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, cours du 8 janvier 1992, inédit.

[9] Lacan J., cité par R.-P. Vinciguerra, in « Qu’est-ce qu’un psychanalyste ? (I) », disponible sur le site de l’École de la Cause freudienne.

[10] Lacan J., « Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École », Autres écrits, op. cit., p. 249.




Éditorial : L’angoisse lacanienne

On pourrait, de prime abord, rapporter l’angoisse face au monde extérieur à « une manifestation de l’instinct de conservation » [1], dit Freud dans un texte de 1917, et la qualifier de réelle pour la distinguer de l’angoisse névrotique. Il note cependant que chez l’humain, l’angoisse est d’emblée dénaturée par le savoir : « c’est ainsi […] que le marin expérimenté regardera avec effroi un petit nuage qui s’est formé dans le ciel, nuage qui ne signifie rien pour le voyageur, tandis qu’il lui annonce à lui l’approche d’un cyclone » [2]. La racine de l’angoisse est, certes, le signal d’un danger, mais son développement – l’envahissement du corps du sujet par cet affect – semble contraire à son prétendu but naturel.  

Les angoisses infantiles illustrent particulièrement ce paradoxe : tandis que l’enfant ne manifeste généralement pas d’angoisse « dans toutes les situations qui peuvent devenir plus tard des conditions de phobies » [3] – ce qui cause d’ailleurs beaucoup de soucis à son entourage –, les premières angoisses se rapportent souvent, remarque Freud, à des situations d’obscurité et de solitude. Il produit cette jolie anecdote : « un enfant, anxieux de se trouver [seul, sans sa mère] dans l’obscurité, s’adresse à sa tante qui se trouve dans une pièce voisine : “Tante, parle-moi ; j’ai peur. – À quoi cela te servirait-il ? Puisque tu ne me vois pas ?” À quoi l’enfant répond : “Il fait plus clair lorsque quelqu’un me parle.” » [4] La tristesse qu’on éprouve devant l’obscurité, commente Freud, se transforme ainsi en angoisse devant l’obscurité. C’est qu’il lie alors le surgissement de l’angoisse et la séparation d’avec l’objet. Elle serait le résultat d’une « libido inemployée » [5], dérivée de ses investissements d’objet, et il montre son lien intime avec la phobie comme réponse symptomatique du sujet. Lacan, quant à lui, renversera la perspective, démontrant au contraire que l’angoisse a partie liée avec l’objet, mais c’est un objet spécial, qui se manifeste sur fond d’absence de l’Autre – tel l’objet regard qui surgit pour ce petit garçon, précisément là où il est élidé dans l’obscurité : « l’angoisse lacanienne, avance Jacques-Alain Miller, est une voie d’accès à l’objet petit a. Elle est conçue comme la voie d’accès à ce qui n’est pas signifiant » [6]. Il compare le Séminaire X, L’Angoisse [7], à un travail de fouille qui consiste à mettre au jour l’objet a. L’angoisse n’est pas sans objet, elle est manque de manque. Mais tout en signalant la proximité du réel, elle dégage une voie vers le désir, puisqu’elle signale par effraction l’objet qui le cause.

En 2004, dans un texte de présentation du congrès de l’AMP à venir, J.-A. Miller propose des éclairages essentiels sur l’usage de l’angoisse dans l’expérience analytique : « Le désangoissement du sujet […] ouvre sur les transformations de l’angoisse […], sur le transfert de la certitude qu’elle recèle à l’acte qu’elle est seule susceptible d’autoriser » [8].

Il propose de distinguer deux statuts de l’angoisse : l’angoisse constituée et l’angoisse constituante. La première, explique-t-il, c’est « l’angoisse labyrinthique, sans limites, dont le sujet se condamne à parcourir le cercle infernal qui le retient de passer à l’acte. […] C’est une angoisse qui est répétition, avec vocation d’aller à l’infini » [9]. La seconde s’en distingue : « L’angoisse constituante, c’est l’angoisse productrice, [celle-ci étant] soustraite à la conscience. Elle produit l’objet petit a […] dans son paradoxe essentiel, c’est-à-dire qu’elle le produit comme objet perdu. […] Ce qu’il faut bien voir, c’est qu’il n’y a pas l’objet et puis sa perte, mais que l’objet a se constitue comme tel dans sa perte même » [10].

L’angoisse de l’être parlant provient, énonçait Lacan, du seul réel auquel nous pouvons avoir accès, à savoir le fait qu’il cherche à « donner un sens aux choses » [11]. La cure analytique, parce qu’elle permet un gain de savoir sur le scénario fantasmatique, à savoir sur l’objet privilégié qui organise les rapports du sujet à l’Autre et donne un sens à son monde, ouvre à son terme sur un nouveau rapport à l’angoisse : « L’analyse pousse le sujet vers l’impossible, elle lui suggère de considérer le monde comme il est vraiment, c’est-à-dire imaginaire, sans signification. Tandis que le réel, comme un oiseau vorace, ne fait que de se nourrir de choses sensées, d’actions qui ont un sens. » [12]

À rebours de la pente qui consiste à donner toujours plus de sens aux choses – ce qui tend à paralyser le sujet –, l’analyse isole le réel en tant qu’impossible, ce que l’angoisse enchâssait. C’est aussi en quoi l’angoisse est productrice : la prise en compte de l’impossible qu’elle recelait ouvre à la possibilité de l’acte.

Le Séminaire de Lacan est une mine d’or, L’Hebdo-blog, nouvelle série part ici à la recherche de quelques pépites du Séminaire X.

 

[1] Freud S., « L’angoisse », Introduction à la psychanalyse, Paris, Payot, 1961, p. 371.

[2] Ibid.

[3] Ibid., p. 385.

[4] Ibid.

[5] Ibid.

[6] Miller J.-A., « Introduction à la lecture du Séminaire de L’angoisse de Jacques Lacan », La Cause freudienne, n°58, octobre 2004, p. 65, disponible sur CAIRN.

[7] Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’Angoisse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2004.

[8] Miller J.-A., « Angoisse constituée, angoisse constituante », extrait d’une intervention aux journées d’automne de l’ECF en 2004 pour présenter le congrès de l’AMP de 2006 : « Le Nom-du-Père, s’en passer, s’en servir », disponible sur internet.

[9] Ibid.

[10] Ibid.

[11] Lacan J., « Entretien au magazine Panorama », La Cause du désir, n°88, octobre 2014, p. 172, disponible sur CAIRN.

[12] Ibid., p. 170.




Éditorial : Au-delà de l’érotomanie

« L’emmerdeuse érotomane est celle qui ne peut s’empêcher de poser la question Est-ce que tu m’aimes ? »
Jacques-Alain Miller, L’Os d’une cure

Si l’érotomanie, dans sa forme psychotique, est la certitude d’être aimé par l’autre, on pourrait dire que dans l’hystérie, elle est une des voies qu’emprunte le sujet pour poser la question de son être ou plutôt de son manque-à-être. Une femme, marquée comme tout parlêtre par une irrémédiable incomplétude et qui, dans son cas, se marque dans le corps, tente d’aller chercher ce supplément d’être dans la parole d’amour, à l’inverse du côté mâle du tableau de la sexuation, lequel met plutôt à la manœuvre un objet fétiche dans le rapport à l’autre sexe.

Elle cherche ce qui la cause chez l’autre : ce « je ne sais pas qui je suis comme femme » fait surgir dans le transfert le sujet supposé savoir quelque chose sur elle, l’analyste comme « tenant-lieu de la cause cachée » [1].

Si l’amour suit la même logique que le savoir, le « je ne m’aime pas » intrinsèque au manque-à-être trouverait sa réponse dans l’émergence d’un sujet supposé aimer dont la femme guette les moindres signes d’amour qui sont autant de signes d’un laisser-tomber qui la ravissent. La parole d’amour, que Lacan met du coté de Ⱥ, rencontre son pendant dans le ravage qui saisit le parlêtre sous la forme d’« une douleur […] qui ne connaît pas de limites » [2].

Le partenaire est alors convoqué via un mode de jouir du signifiant or, comme nous le rappelle Jacques-Alain Miller, « les parlêtres en tant qu’être sexués font couple non pas au niveau du signifiant pur, mais à celui de la jouissance, et cette liaison est toujours symptomatique » [3]. La demande d’amour, cette garantie irréfutable, impossible à donner, ne peut que rater à faire rapport et ouvre un gouffre sans fond qui aspire le sujet.

C’est sans doute la raison pour laquelle J.-A. Miller invite les sujets féminins à « résoudre la question de l’amour c’est-à-dire celle de [leur] érotomanie » [4]. En effet, la clinique nous démontre que cette parole, bien que condition nécessaire pour accéder à l’altérité du féminin, s’avère insuffisante.

Est-ce à dire que ces sujets sont invités à étayer leur mise dans la rencontre amoureuse ? Plutôt que d’offrir leur être, il s’agirait d’engager l’objet a en consentant à incarner « l’objet qui cause le désir d’un homme » [5]. C’est l’invitation que fait Lilia Mahjoub aux hommes : « qu’ils leur parlent à partir de leur fantasme à elles pour accéder à une jouissance » [6].

Résoudre l’écueil de l’érotomanie en passerait pour une femme par le tissage entre amour et objet a, l’amour permettant de faire passer l’objet réel au semblant et de le mettre ainsi en jeu dans une rencontre avec un partenaire pour atteindre sa propre altérité.

[1] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Cause et consentement », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, cours du 16 décembre 1987, inédit.

[2] Miller J.-A. « Un répartitoire sexuel », La Cause freudienne, n°40, janvier 1999, p. 15.

[3] Miller J.-A., L’Os d’une cure, op. cit., p. 74.

[4] Miller J.-A. « L’orientation lacanienne. Le partenaire symptôme », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, cours du 27 mai 1998.

[5] Lacan J., Le Séminaire, livre XXII, « R.S.I. », leçon du 21 janvier 1975, inédit.

[6] Mahjoub L., « Érotique féminine et dits de femme » (2019-2020), enseignement prononcé dans le cadre de l’ECF, inédit.




Éditorial : Garder le silence

Au cœur de l’être parlant, gîte le « grand secret » que Lacan évoqua souvent, mais qu’il situa rarement au même endroit. En ce point singulier peut se rencontrer « une grande clarté » [1] propice à diverses transcendances… Mais aussi des figures d’effroi – Freud lui-même fit résonner silence et pulsion de mort [2].

Que la parole soit la voie d’accès au grand secret de chacun, il n’y a pas à en douter, cependant parler « est une machine à se perdre »[3]. Dès 1954, Lacan nous avisait de cette butée de la parole achoppant sur un silence : « Au moment où il semble prêt à formuler quelque chose de plus authentique, de plus brûlant que ce qu’il a jamais pu atteindre jusqu’alors, le sujet […] s’interrompt, et émet un énoncé qui peut être celui-ci – Je réalise soudain le fait de votre présence » [4]. Le silence, comme modalité pulsionnelle du transfert, est « à la croisée des chemins de l’analyste et de la pulsion » [5]. Pour qu’il ouvre non sur l’effroi mais sur le désir [6], les moments de « fading » [7] de la parole qui traversent l’association libre ne doivent pas être considérés comme des lacunes passagères, mais comme des indices du réel.

Pour ménager l’accès au silence dans l’Autre, côté analysant, celui de l’analyste est central. Il est aussi subversif, car, comme en témoigne historiquement les postures de l’adoration [8], c’est celui qui aime qui garde le silence. C’est pourtant celui qui se tait, dans l’analyse, qui provoque l’amour de transfert.

Dans son « Allocution sur les psychoses de l’enfant » en 1967, Lacan faisait valoir la nuance entre taceo et silet, se taire et faire silence [9]. C’est « Silet » que choisit Jacques-Alain Miller pour nommer le silence dans la parole même, car quand on dit se taire, il y a « toujours l’idée qu’on se fait taire ou que l’on vous fait taire, alors qu’il s’agit ici de l’activité de garder le silence ».  » [10]. Dans ce cours de « L’orientation lacanienne » de 1994-1995, J.-A. Miller indique la portée éthique de cette nuance : « Quand [l’analyste] parle, il […] devrait parler à partir du silence, et même garder le silence tout en parlant. Peut-être est-ce le secret de l’interprétation – préserver la place de ce qui ne se dit pas ou de ce qui ne peut pas se dire ».  [11]. C’est bien parce que nous ne sommes pas seulement des êtres de parole, que l’analyse ne peut se réduire à un procès subjectif. La « parole garde silence, indique J.-A. Miller, et elle défaille devant la jouissance » [12], les infiltrations de jouissance dans la parole « ça se repère au mieux dans le silence » [13]. Ce numéro de L’Hebdo-Blog, Nouvelle série vous invite à parcourir quelques variations d’une « éthique […] convertie au silence » [14].

[1] Corbin A., Histoire du silence, Paris, Flammarion, 2018, p. 79.

[2] Cf. Freud S., Le Moi et le ça, Paris, Payot, 2010.

[3] Miller J.-A., « À partir du silence », Horizon, n°65, octobre 2020, p. 24.

[4] Lacan J., Le Séminaire, livre I, Les Écrits techniques de Freud, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 51.

[5] Miller J.-A., « À partir du silence », op. cit., p. 22.

[6] Cf. Lacan J., « Remarques sur le rapport de Daniel Lagache : “Psychanalyse et structure de la personnalité” », Écrit, Paris, Seuil, 1966, p. 684.

[7] Ibid., p. 656.

[8] Cf. Corbin A., Histoire du silence, op. cit., p. 83.

[9] Cf. Lacan J., « Allocution sur les psychoses de l’enfant », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 367.

[10] Miller J.-A., « À partir du silence », op. cit., p. 21. 

[11] Ibid., p. 22. 

[12] Ibid., p. 23. 

[13] Ibid., cours du 7 décembre 1994.

[14] Lacan J., « Remarques sur le rapport de Daniel Lagache… », op. cit., p. 648.




Éditorial : De ce qui se dit à ce qui se lit

Dans l’expérience analytique, il s’agit du dire. De s’arracher des dires de plus en plus réduits. De passer du roman à la réduction. Du récit au poème. D’une prise de distance de la sémantique pour s’approcher davantage de la grammaire [1]. Au fil de l’analyse les mots ne dansent plus en produisant des effets de sens. Grâce à la coupure, ils s’isolent un à un. Fini la « gonfle imaginaire » [2] qui amène vers une infinitisation du sens. Une fois dégagés du festival de la narration, les mots se détachent jusqu’à devenir des restes. Des restes maniables.

Dans son texte « L’étourdit » Lacan souligne qu’en ce qui concerne l’usage de l’équivoque dans l’expérience psychanalytique, « tous les coups sont […] permis » [3]. Tordre et retordre les signifiants pour extraire la sève jouissante qui circule dans leur enchaînement. Lacan avertissait les psychanalystes : attention à ne pas se cramponner « au garde-fou de la “psychologie générale” » [4], lisez les cas « dans leur grammaire » [5]. S’il le dit en ce qui concerne la lecture des cas de Freud, cet avertissement vaut pour chaque cas et pour le cas de chacun. L’analysé « résulte de l’analysant » [6].

Lacan souligne que « l’amorphologie » [7] de lalangue ouvre à la possibilité d’un usage hors sens pour faire un passage « du dit au dire » [8]. Et le dire se lit. Le « savoir-lire […] complète le bien-dire », note Jacques-Alain Miller dans une conférence-boussole qui a pour titre : « Lire le symptôme » [9]. Bien-dire et savoir-lire sont articulés. Si le bien-dire se lit, c’est parce qu’il s’écrit.

De ce qui se dit à ce qui se lit. « Le savoir lire vise ce choc initial, qui est comme un clinamen de la jouissance » [10]. Un évènement de jouissance déterminant qui a frappé le corps et y a laissé une marque. Cette marque s’isole et devient lisible.

« Comme Lacan l’indique le sujet est poème plutôt que poète, c’est un être parlé. Une psychanalyse accomplit sur le poème subjectif une sorte d’analyse textuelle qui a pour effet de soustraire l’élément pathétique afin de dégager l’élément logique. » [11] L’élément logique se dit, s’écrit, et peut donc être lu.

L’Hebdo-Blog, Nouvelle série de cette semaine tente de cerner le passage délicat entre dire et lire. Bonne lecture.

[1] Cf. Lacan J., « L’étourdit », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 491.

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4] Ibid., p. 491-492.

[5] Ibid., p. 492.

[6] Ibid., p. 493.

[7] Ibid., p. 492.

[8] Ibid., p. 495.

[9] Miller J.-A., « Lire le symptôme », Mental, n°26, juin 2011, p. 50.

[10] Ibid., p. 58.

[11] Miller J.-A., L’Os d’une cure, Paris, Navarin, 2018, p. 27.




Éditorial : Politique de la psychanalyse, quelques lectures

La psychanalyse suppose deux personnes qui se soumettent à une expérience de parole, singulière, explorant une souffrance, un trauma, ayant causé parfois des blessures secrètes. Que vient faire la politique – la chose publique – dans ce lieu de l’intime ?

Lacan introduit la question de la politique du psychanalyste, dans un texte écrit en 1958 « La direction de la cure ». À côté de la stratégie à long terme du transfert et de l’interprétation qui relève de la tactique manœuvrant avec les aléas du terrain, Lacan situe la politique du côté de l’action. Il s’agit, pour lui de faire un pas décisif, de dégager la conduite des cures d’une vision normative, dominante dans le milieu analytique, la théorie adaptative du moi à la réalité. Lacan réfute l’idée que le « rapport à la réalité va de soi » [1]. Sa pratique en psychiatrie, les paroles entendues sur le divan lui ont appris qu’une dimension de l’expérience est insistance d’autre chose faisant objection à la réalité, cadrée par les dimensions de l’imaginaire et du symbolique. Il cherche à en rendre compte, ce qui suppose un acte, c’est-à-dire une mise en suspens des savoirs disponibles, une ouverture vers des signifiants nouveaux.

Commentant ce passage de « La direction de la cure », dans son cours, Jacques-Alain Miller indique que la politique de la psychanalyse concerne l’éthique « au service de laquelle et sous l’impulsion de laquelle se déroule l’expérience » [2]. Et il précise qu’« elle concerne les conditions mêmes de l’action analytique […], et […] les conditions de possibilité de l’analyse » [3].

L’éthique est à situer du côté de das Ding, la Chose indialectisable, intraitable, irréductible [4]. Lisons Lacan : « Je suis à la place d’où se vocifère que “l’univers est un défaut dans la pureté du Non-Être” […]. Elle s’appelle la Jouissance, et c’est elle dont le défaut rendrait vain l’univers » [5]. La position éthique du psychanalyste est d’entendre ce qui exige et vocifère. Il consent, dans la séance, à occuper la place de ce qui vocifère dans les failles de la parole. Ce praticien offre ainsi chance que l’expérience analytique puisse avoir lieu. Il soutient, par sa présence, les conditions de l’expérience.

La recherche dans le champ de la psychanalyse se poursuit, aujourd’hui, démontrant en quoi l’éthique du clinicien est, spécialement requise. Les évènements étonnants qui ont surgi ces derniers temps mettent, plus que jamais, à l’épreuve le concept de réalité partagée dont répondraient des instances de perception et de représentation. Des faits inouïs ont fragmenté les discours qui parcourent notre monde ; la langue du poète leur fait étrangement écho :

« La réalité est une corde raide.
Si je glisse, je me dis “tiens, c’est intéressant”,
La plupart du temps, je glisse
Dans cette version fugitive, cet éclair. » [6]

Les livres mis à l’honneur cette semaine, apportent leurs zones de lumière : réflexions autour de l’universel, avancées décisives dans le champ de la dite « santé mentale »… Ces ouvrages s’inscrivent dans une politique analytique faisant place au réel sans loi qui travaille la civilisation à son insu.

[1] Lacan J., « La direction de la cure et les principes de son pouvoir », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 590.

[2] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Les divins détails », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, leçon du 31 mai 1989, inédit.

[3] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Le banquet des analystes », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, leçon du 15 novembre 1989, inédit.

[4] Cf. Lacan J., Le Séminaire, livre VII, L’Éthique de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1986.

[5] Lacan J., « Subversion du sujet et dialectique du désir dans l’inconscient freudien », Écrits, op. cit., p. 819.

[6] Sollers P., « De Kooning, vite », La Guerre du goût, Paris, Gallimard, 1996, p. 156.




ÉDITORIAL : Varités du malentendu

« Je dis […] que le verbe est inconscient – soit malentendu » [1], énonce Lacan en 1980. L’inconscient réel n’est en rien le réceptacle d’une prétendue vérité ultime. Tricoté de verbe, cet inconscient est pris dans l’opacité de ce qui articule le corps et le malentendu. Il n’est pas « intentionnel » [2], il ne veut pas dire quelque chose : il échappe à la « plasticité du sens » [3], et il « se rencontre sous la modalité du “c’est ainsi” » [4]. Et parce qu’il est malentendu, l’inconscient réel a des affinités avec la vérité. Beau paradoxe !

Alors, du pur fake l’inconscient ? Les parlêtres sont des traumatisés du malentendu [5], et seule une analyse peut leur permettre de saisir ce qui a frappé leur corps et y a laissé sa marque indélébile. Par la coupure et la réduction, un « c’est ça ! » émerge. Ce n’est pas la trouvaille de la vérité, mais une « hystorisation » [6] produite après un long vidage du sens. La réduction qui permet d’atteindre ce vidage de jouis-sens arrête ce qui pousserait à interpréter encore. Un point d’arrêt « qui permet de passer de l’inconfort à la satisfaction » [7].

Après tant de réductions, ne croit-on pas arriver à La vérité ultime ? Cependant, la « vérité sur le réel » [8] fait problème, note J.-A. Miller. Elle fait problème, car elle produit des mirages. Comme l’indique Laurent Dupont dans son argument d’orientation pour la prochaine journée de « Question d’École » : « Il faut une longue analyse pour qu’un sujet entende sa vérité comme menteuse, soit un au-delà de la vérité, repérage dans l’analyse de son statut de fiction et de l’importance des semblants comme réponse » [9].

Ce numéro de L’Hebdo-Blog, Nouvelle série cherche à nous frayer un chemin vers cette journée du 23 janvier 2021, consacrée à la question du fake, au cours de laquelle seront explorées les complexités de la vérité dans un moment de l’histoire où la simplification du pousse-au-sens tend à régner.

[1] Lacan J., Le Séminaire, « Dissolution », leçon du 10 juin 1980, « Le malentendu », Ornicar ?, n°22/23, printemps 1981, p. 12.

[2] Miller J.-A., « Le réel au XXIe siècle. Présentation du thème du IXe Congrès de l’AMP », La Cause du désir, n°82, octobre 2012, p. 94, disponible sur internet.

[3] Miller J.-A. « L’orientation lacanienne. Choses de finesse en psychanalyse », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, cours du 18 mars 2009, inédit, disponible sur internet.

[4] Ibid.

[5] Lacan J., Le Séminaire, « Dissolution », leçon du 10 juin 1980, « Le malentendu », op. cit., p. 12.

[6] Lacan J., « Préface à l’édition anglaise du Séminaire XI », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 573.

[7] Miller J.-A. « L’orientation lacanienne. Choses de finesse en psychanalyse », op. cit., cours du 18 mars 2009.

[8] Ibid.

[9] Dupont L., « Le Fake », argument pour « Question d’École », événement de l’École de la Cause freudienne, 23 janvier 2021, visioconférence, disponible sur internet et inscriptions en ligne.




Éditorial : À table !

C’est en observant les gens à table, dit Freud, que l’on recueille les témoignages les plus enseignants sur les actes manqués. Il évoque à ce propos un cas rapporté par Hanns Sachs : « J’ai eu l’occasion d’assister au souper d’un couple un peu âgé auquel je suis apparenté. La femme a une maladie d’estomac et observe un régime rigoureux. Lorsqu’on apporta le rôti, le mari pria la femme, qui ne devait pas toucher à ce plat, de lui donner la moutarde. La femme ouvre le buffet, en retire un petit flacon contenant les gouttes dont elle fait usage et le dépose devant le mari. Entre le pot de moutarde en forme de tonneau et le petit flacon à gouttes, il n’y avait évidemment aucune ressemblance susceptible d’expliquer la confusion ; et cependant la femme ne s’aperçut de son erreur que lorsque le mari eut en riant attiré son attention sur ce qu’elle avait fait. » [1]

Au-delà de l’anecdote délicieuse, Freud nous invite à nous mettre à table et à avouer nos actes symptomatiques. Il décèle derrière les petits trébuchements de la vie quotidienne ce qu’il y a de plus inédit, et démontre « jusqu’à quel degré et avec quelle finesse » [2] les actes les plus anodins sont déterminés par l’inconscient, et demeurent décisifs. Dans Mon enseignement, Lacan dit que le lapsus, l’acte manqué, sont « le texte même de [n]otre existence » [3]. Face à des internes en psychiatrie, il tente de démontrer que l’inconscient est « articulations de langage, de discours » [4], et que l’on peut y suivre la trace du sujet. Lacan prend bien soin devant eux de différencier le sujet de la psychanalyse du sujet moral ou de la connaissance. Ça rate, et ça « rend bouffon, grotesque, dit Lacan, ce qu’on est toujours en train de fomenter devant vous concernant des fonctions idéales de la conscience […], de l’ordre de la personne qui doit arriver à une maîtrise » [5].

S’il a toujours maintenu cette définition de l’inconscient articulé, structuré comme un langage » et dont on peut extraire un savoir, à la toute fin de son enseignement, comme Jacques-Alain Miller l’a mis en lumière, Lacan déplace la question du savoir vers l’événement. En effet, les formations de l’inconscient se reconnaissent précisément à ce qu’elles déjouent l’attention et font irruption dans la surprise : « quand elles émergent, elles ne font pas sens. On les dira absurdes, ou insensées, ou invraisemblables. Si nous sommes fidèles à ces instants fugaces, l’opération analytique nous apparaît comme jouant contre l’inconscient, comme s’employant à restituer du sens à ce qui, au premier abord, n’en a pas. […] Si on le nettoie de ce que l’attention vient filer autour, l’inconscient est réel » [6].

Rester « au ras des formations de l’inconscient » [7], c’est disjoindre le sens qu’elles appellent toujours pour préserver le noyau de réel auquel toute vérité est attachée.

L’Hebdo-Blog, Nouvelle série vous souhaite une excellente année 2021, ouverte aux surprises de l’inconscient !

 

[1] Freud S., Psychopathologie de la vie quotidienne, Payot, Paris, 1987, p. 216.

[2] Ibid., p. 206.

[3] Lacan J., Mon enseignement, Paris, Seuil, 2005, p. 99.

[4] Ibid., p. 103.

[5] Ibid., p. 99.

[6] Miller J.-A., « La passe du parlêtre », La Cause freudienne, n°74, mars 2010, p. 120, disponible sur internet.

[7] Ibid.




Éditorial : « Ne te détourne plus, ni ne rumine »*, Hommage à Jacques Aubert

Jacques Aubert est intervenu au Séminaire de Lacan le 20 janvier 1976. Son exposé est celui d’un lecteur minutieux qui s’est glissé avec délicatesse dans la moterialité de l’écriture de Joyce en commentant, pour l’occasion, un extrait d’un des épisodes d’Ulysse : « un petit bout de “Circé” » [1]. Un bout de dialogue à partir duquel Jacques Aubert part à la recherche de ce qui, de Joyce, se « faufilait » [2] entre les lignes.

Sensible à la « brutalité » [3] de l’usage du signifiant chez Joyce, Jacques Aubert traverse le texte lentement, entre « élucubrations et tâtonnements » [4]. Belle leçon pour les lecteurs découragés par cette langue que Joyce éttiiiiiire, coup-e et ret-orde pour faire entendre la sonorité de la voix dans le signifiant. 

En introduisant l’exposé de Jacques Aubert, Lacan avoue être « embarrassé de Joyce comme un poisson d’une pomme » [5]. Quel est cet embarras ? Il précise que l’usage raffiné de l’anglais le rend difficile à lire, car Joyce « désarticule » [6] la langue, en coupant les phrases, en en faisant un usage qui ne se préoccupe pas de l’effet de sens. Lacan note que Jacques Aubert a le talent de suivre les fils [7], seule façon d’attraper ce qui se tapit derrière cette langue en glissade.

Dans la postface de la nouvelle traduction d’Ulysse intitulée « Écrire après Joyce », Jacques Aubert, qui a dirigé cette traduction, évoque « une anecdote rapportée par Frank Bugden : Joyce a passé une journée sur deux phrases (la traductrice aussi, pour les traduire !). Budgen : “Vous cherchez le ‘mot juste ?’ – Non, dit Joyce. Les mots, je les ai déjà. Ce que je cherche, c’est la perfection dans l’ordre dans les mots de la phrase. Il y a un ordre qui convient parfaitement […] Perfumes of embraces all him assailed. With hungered flesh obscurely he mutely craved to adore. Vous pouvez voir par vous-même combien il y aurait de façons différentes de les arranger.” » [8] Ce qui importait à Joyce était la sonorité de lalangue, ce qui se tisse entre la phrase et le corps.

« La sagesse joycienne […] consiste pour chacun à se servir de son sinthome, de la singularité de son prétendu “handicap psychique”, pour le meilleur et pour le pire, sans aplatir le relief sous un common sense » [9], écrit Jacques-Alain Miller en annexe au Séminaire XXIII.

Jacques Aubert, le sinthome.

* Joyce J., « Télémaque », Ulysse, Paris, Gallimard, 2004, p. 19.

[1] Aubert J., « Exposé au Séminaire de Jacques Lacan », in Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le Sinthome, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2005, p. 171.

[2] Ibid.

[3] Ibid., p. 173.

[4] Ibid., p. 177.

[5] Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le Sinthome, op. cit., p. 74.

[6] Ibid.

[7] Ibid., p. 75.

[8] Aubert J., « Postface. Écrire après Joyce », in Joyce J., Ulysse, op. cit., p. 978.

[9] Miller J.-A., « Notice de fil en aiguille », in Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le Sinthome, op. cit., p. 243.