Désir de lire
La lecture ne semble plus au goût de l’époque. Le sujet contemporain lirait de moins en moins, davantage captivé par des objets technologiques qui procurent une satisfaction plus immédiate. On supposerait qu’à l’avenir, le recours systématique à l’IA rendra désuète la nécessité même d’écrire et de lire, la machine s’en acquittant bien plus efficacement. La lecture, disons-le, dépasse de loin les simples ressorts des capacités cognitives et d’apprentissage, comme le pensent certains experts. Elle s’appréhende plutôt dans le rapport aux trois registres essentiels de la réalité humaine, pour reprendre une formule de Lacan. La science modifie un peu plus chaque jour l’abord du symbolique et du réel. Les discours complotistes et fake transforment la croyance attribuée au savoir de l’Autre et, plus généralement, à autrui. Lire ou déchiffrer ce que l’autre dit pour mieux saisir sa complexité n’est plus tout à fait d’actualité dans un monde où désormais l’être est gonflé par l’image et où l’auteur véritable de toute parole (orale comme écrite) est rendu flou, voire suspect. Le manque-à-être, moteur du désir, s’en trouve obstrué par cette fuite en avant du sens et par la libération concomitante d’une jouissance plus débridée et mauvaise – le réel étant ainsi, plus que...
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