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Édito, Hebdo Blog 93

C’était quelqu’un

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C’est avec une grande émotion et beaucoup de tristesse que l’École de la Cause freudienne, son Directoire, a appris le décès lundi soir dernier de notre collègue et ami Roger Wartel.


Roger Wartel, c’était quelqu’un ; quelqu’un qui restera une figure marquante de notre École à laquelle il était fondamentalement attaché, et ce jusqu’à l’extrême de sa vie.

Formé à Strasbourg, lieu d’une psychiatrie foisonnante et inventive, professeur de psychiatrie à Angers, psychanalyste, il a rejoint l’École de la Cause freudienne dès sa création. Il en a été l’un des tout premiers Directeurs, puis il la présida, étant ainsi un artisan efficace de son expansion.

Il a œuvré avec une énergie remarquable à la diffusion des enseignements de l’École en province, faisant d’Angers un foyer d’irradiation de l’orientation lacanienne dans l’ouest du pays. Il a voulu que les villes de la Vallée de la Loire et celles de Bretagne s’associent dans une même ACF : en 2017, cette ACF continue d’exister sous cette forme, et nous savons ce que la rigueur de ses activités d’études doit à Roger Wartel.

Il a formé plusieurs générations de psychiatres et de psychologues auxquels il a fait découvrir l’enseignement de Lacan.

C’est ce remarquable enseignant que j’ai côtoyé pour la première fois à l’université catholique pendant un an dans le cadre de mes études de psychologie. Roger Wartel était quelqu’un, mais nulle hauteur ne le rendait inaccessible ; bien au contraire.

Il était impressionnant de simplicité dans l’accès qu’il savait nous donner tant aux lettres de noblesse de la psychiatrie qu’à l’enseignement de Lacan. Il donnait envie, permettait, disait oui, nous qui avions tant affaire aux obstacles et aux embarras. Il savait donner la pierre d’attente pour plus tard, si ce n’était pas le moment.

Accessible, il donnait accès ; l’anecdote enseignait, le détail révélait, le propos de Lacan savamment rapporté éclairait. En d’autres termes, je peux le dire à présent, il savait lire. Il savait lire, à partir de la psychanalyse, quand on lui parlait, ce à quoi je me risquais à la fin de son cours ou à la suite d’une présentation de malade : son œil était malicieux, son propos vif et ses silences prometteurs. Il savait être incisif, tempétueux quand il apercevait déjà, avant nous, où allait la psychiatrie tout autant que la psychologie.

J’avoue que bien souvent encore aujourd’hui, des éléments de son enseignement me reviennent où derrière le propos s’aperçoit le principe qui peut encore aujourd’hui guider l’action analytique.

Roger Wartel était un lettré, cultivé, excellent lecteur, ayant parfaitement réussi à nouer sa fonction de professeur de psychiatrie et la psychanalyse qu’il pratiquait passionnément : cela s’entendait.

C’est ensuite au sein de l’ACF et de l’ECF, que j’ai retrouvé Roger Wartel, découvrant plus pleinement le désir qui l’animait pour la psychanalyse.

Jamais en retrait il ne fut à mes yeux, jamais à la retraite. Ces interventions lors de Journées d’étude, à l’occasion d’assemblées, filaient comme des flèches, opéraient des déplacements de discours sensationnels : je retrouvais alors la même énonciation soutenue par une voix sans pareil, mélange de précision et d’amusement : il pratiquait une psychanalyse première topique, celle que Lacan aimait.

Roger Wartel, c’était quelqu’un. Quelqu’un qui nous manquera ; car nous perdons un collègue et un ami avec qui les relations étaient chaleureuses.

Un dernier souvenir : il avait pris soin de venir me saluer et me féliciter pour mon entrée à l’ACF, puis à l’ECF. Quelle attention, m’étais-je dis ! En quelques mots absolument pas convenus, il m’indiqua une partie de la logique de mon parcours depuis cette année de psychologie, me libéra en partie des tourments que cette discipline m’occasionnait. J’en fus durablement impressionné.

Au nom de l’ECF, ses instances, sa présidente, Christiane Alberti, et les membres de cette École qui estimaient profondément Roger, je veux ici adresser à notre amie et collègue Marie-Odile ainsi qu’à ses enfants et petits-enfants, nos sincères condoléances et nos pensées attristées, les plus affectueuses.

 

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