Éditorial

V’la l’bon vent, V’la l’joli vent, V’la l’bon vent, ma mie m’appelle, V’la l’bon vent, V’la l’joli vent, V’la l’bon vent, ma mie m’attend… ?

N’ayez crainte. Si ce bon vent des Journées de l’École de la Cause freudienne forcit déjà, il ne vous soufflera sûrement pas à l’oreille « l’adéquation libidinale » ou « l’avènement idyllique de la relation génitale »[1], mais se consacrera à l’immense question de ce qui fait couple, en notre « humaine condition », comme vous avez pu le lire le 28 avril dans l’argument des Journées rédigé par Christiane Alberti, directrice des Journées.

Mai 2015. Bientôt, quelques lectures inédites, ouvrages réexaminés à l’aune de ce thème seront au rendez-vous. L’Hebdo-Blog vous entraînera lui aussi dès le 11 mai dans les flots de ces Journées, avec un très beau texte qui mettra pour vous en lumière le couple extraordinaire que Marceline formait avec Joris… Mais… chut, encore !

Mars 2010. Il y a cinq ans et deux mois, dans son éditorial, de la Lettre mensuelle, « Les nouveaux horizons de la Lettre mensuelle : la Revue des Acf », Jean-Daniel Matet, alors président de l’ECF, avançait que la Lettre mensuelle pourrait devenir un jour un blog, en en précisant la mission : « Elle fera circuler l’actualité des élucubrations entre les régions, entre ceux qui se reconnaissent dans l’École de Lacan. »

En septembre 2014, Patricia Bosquin- Caroz, Présidente de l’ECF, et le directoire, ont rendu possible le passage : là où c’était la LM est bien advenu l’Hebdo-Blog. 

Et nous faisons nôtre ce vœu car nous sommes curieux des inventions, des innovations produites par les ACF. Une fois encore, nous vous appelons à témoigner, à partager vos surprises en nous envoyant vos textes. Nous accompagnerons aussi au plus près les événements qui s’annoncent dans notre Champ : les Journées de l’ECF en premier lieu, mais encore le Congrès de la NLS, la Journée UFORCA, PIPOL, et le Congrès de l’AMP.

Est-ce parce que de nombreux discours aujourd’hui ne mordent pas sur le réel que l’action lacanienne, Petit Poucet, armée de Lacan Quotidien, s’engage à semer les traces de sa doctrine sur tous les fronts ? Il semblerait que l’orientation lacanienne doive renseigner elle-même des cases ! Celles du malaise dans la civilisation. Nous avons à répondre à l’appel. Oui, il y a bien des abonnés au numéro que vous avez demandé et la psychanalyse, si elle veut survivre, saura infiltrer et instruire nombre dossiers. C’est elle qui est en place d’élucider le mal dit, le mal nommé, l’obscur.

[1] Lacan J., Le triomphe de la religion précédé de Discours aux catholiques, Paris, Seuil, 2005, p. 57-58.




Les témoins

Paola Bolgiani, membre du comité de pilotage du troisième Congrès européen Pipol sur le thème Victime !, a accepté de répondre à une question pour l’Hebdo-Blog afin de nous mettre en marche vers cet événement européen majeur qui aura lieu les 4 et 5 juillet à Bruxelles.

HB – La figure de la victime fascine et émeut si l’on en croit les foules que drainent les fictions les mettant en scène. Pourtant dans la vie, les victimes suscitent aussi le rejet et peuvent voir se déchaîner à leur endroit une haine sans limite. Est-ce là un point que Pipol 7 va nous permettre d’appréhender ?

P. B. – À partir du moment où j’ai lu votre question, ce qui m’est venu à l’esprit c’est le livre de Primo Levi qui s’intitule I sommersi e i salvati (Les naufragés et les rescapés)[1]. C’est un livre que j’ai lu il y a longtemps et qui, à l’époque, m’avait fait très grande impression, mais je ne me rappelais pas bien pourquoi. Je l’ai pris dans mes mains, je l’ai un peu parcouru, et je me suis dit « mais non, ce n’est pas pertinent pour cette question ». Cependant, à chaque fois que je pensais à la question, ce livre me revenait à l’esprit. Alors, j’ai décidé de le relire à la lumière de cette question qui touche celle du rejet et de la haine que peut susciter quelqu’un qui a été réellement une victime.

Ce livre a été publié en 1986, un an avant la mort de Primo Levi, et quarante ans après la fin de la guerre et la fin de son internement à Auschwitz. C’est un livre – comme Primo Levi nous le dit lui même, au regard de tous ses livres – qui vaut comme témoignage, comme une manière de maintenir la mémoire de ce qu’a été la shoah, contre toute tentative de l’effacer ou d’en réduire la dimension et la logique. C’était là l’action des nazis, à savoir détruire toute preuve et faire en sorte que « Quando anche qualche prova dovesse rimanere, e qualcuno di voi sopravvivere, la gente dirà che i fatti che voi raccontate sono troppo mostruosi per essere creduti […]. La storia dei Lager saremo noi a dettarla »[2]. Les nazis, de même que les prisonniers qui pourraient encore le faire, savaient bien que la monstruosité du camp était telle que le monde ne pourrait pas croire à l’histoire des éventuels survivants, parce que, comme Primo Levi le met bien en évidence, face à une telle monstruosité ce qui prévaut c’est horreur et le « n’en rien vouloir savoir ».

On peut se demander ce que précisément on ne veut pas savoir face à la victime, qu’est-ce qui produit l’horreur et parfois la haine, dont les survivants des camps témoignent. Peut-être s’agit-il d’une honte liée à la sensation d’être en quelque sorte coupables, ou au moins complices par le seul fait d’être des êtres parlants comme l’étaient les nazis. À chaque fois que l’on apprend quelque acte féroce et cruel, la tentation est grande de nommer celui qui l’a commis fou, sadique, barbare, bref, de l’épingler comme n’étant pas vraiment humain. C’est peut-être insupportable d’avoir à faire à quelque chose que nous avons du mal à considérer comme humain – l’extermination systématique et scientifiquement menée de tout un peuple, et la violence « inutile »[3] avec laquelle cela a été effectué – et qui pourtant est totalement interne à la dite « nature humaine ». Primo Levi nous indique un point que j’ai trouvé fondamental pour comprendre d’une manière plus profonde pourquoi une victime peut susciter l’horreur et la haine. Il critique ce qu’on appelle l’« incommunicabilité »[4], en indiquant avec clarté que l’incommunicabilité dont on se plaint généralement – il fait référence ici à la question de l’incommunicabilité telle qu’elle était traitée dans les années 70 – c’est plutôt la dimension de l’équivoque, corrélée à la communication même, c’est-à-dire à la relation à l’Autre. Ce qu’il a rencontré dans son expérience du camp était d’un autre ordre. C’était, pourrait-on dire en lisant son livre, la rencontre avec la langue réduite à sa dimension de pure violence sur le corps : « A distanza di quarant’anni ricordiamo ancora, in forma puramente acustica, parole e frasi pronunciate intorno a noi. […] Non ci ha aiutati a ricordarle il loro senso, perchè per noi non ne avevano. Erano frammenti strappati all’indistinto, frutto di uno sforzo […] di ritagliare un senso entro l’insensato »[5].

Peut-être retrouvons nous cette dimension extrême dans l’expérience de la victime en général quand est aboli le recours d’un lien à l’Autre du langage, réduit à l’occasion à sa dimension « purement acoustique », ce qui produit un être dans une détresse absolue. D’où sans doute l’importance – pas seulement pour Primo Levi et les autres survivants des camps, mais aussi pour d’autres victime – de pouvoir témoigner, de pouvoir faire acte de parole et ainsi retrouver avec la parole, le lien à l’Autre qui s’était interrompu.

Peut-être la racine de l’horreur et de la haine se situe t-elle dans le fait qu’une victime dévoile d’une manière traumatique le réel en jeu dans la relation à l’Autre.

[1] Levi P., I sommersi e i salvati, Einaudi, Torino, 1986.

[2] Ibid., p. 5. « Alors même que quelques preuves pourraient rester et certains d’entre vous survivre, les gens diront que les faits que vous racontez sont trop monstrueux pour être crus […] L’histoire des Lager, c’est nous qui allons la dicter ».

[3] Ibid., p. 83.

[4] Ibid., p. 68.

[5] Ibid., p. 73. « Quarante ans plus tard, on se souvient encore, sous une forme purement acoustique, des mots et des phrases parlés autour de nous. […] Ce n’est pas leur sens qui a contribué à ce souvenir, parce que pour nous, ils n’en avaient pas. […] C’était des fragments arrachés à l’indistinct, le résultat d’un effort […] pour découper un sens dans l’insensé ».




Bienvenue à Gattaca : un thriller eugéniste

« Psychanalyse et cinéma » à Nice

L’ACF-ECA a eu l’honneur et la joie d’accueillir Gérard Wajcman à Nice, le samedi 28 mars, pour la première projection-débat de l’année organisée par le cartel « Psychanalyse et cinéma » autour du film d’Andrew Niccol : Bienvenue à Gattaca.

G. Wajcman qui a écrit que « le monde est une série ininterrompue de crimes »[2], ce que corrobore notre actualité, n’a pas manqué de souligner l’hommage rendu à Edmond Locard, l’inventeur de la criminalistique, et son principe : tout criminel qui agit laisse une trace de son passage. Le film débute sur la façon dont le héros procède pour effacer toute identification de son ADN. Mais un crime a lieu à Gattaca qui demande une enquête. Tout se transforme, comme ces ordures devenues soudain de précieux indices sur la scène du crime. La trace génétique et l’image falsifiées interrogent l’identité d’un sujet. Sur le plan judiciaire, l’identité s’est d’abord constituée par l’image, la photographie. Le rapport du sujet à son image a évolué avec les techniques. Si les portraits des peintres devaient être conformes à leurs modèles, ce rapport s’est inversé avec la photographie d’identité où le sujet doit ressembler à sa photographie. Les avancées de la science ont éloigné l’identité de l’image au profit des empreintes, digitales puis génétiques. Au cinéma, les inspecteurs de police ont tronqué leurs révolvers pour des cotons tiges.

L’image et le regard peuvent-ils être remplacés par la certitude des techniques biologiques d’identification ? Le héros a recours au piratage génétique, il utilise les marqueurs d’un autre. « Ce n’est pas toi qu’ils voient, ils ne voient plus que moi », dit celui qui lui prête son corps. Alors, ce n’est plus l’image qui trompe, mais la certitude qui aveugle.

Le débat s’est ouvert sur la question d’un désir plus fort que la science : est-ce une fiction ? Un réel ? Le héros est prêt au sacrifice de son propre corps pour réaliser son rêve : aller sur Titan. Pour Gérard Wajcman, qui débusque les récits d’une société jusque dans ses créations cinématographiques, c’est un « film de garçon » où le héros ne se laisse pas détourner de sa quête d’un ailleurs, fût-ce pour Uma Thurman !

Dans son commentaire, il a mis en valeur l’actualité de ce film (1997). La science, en place de maître des lois de la nature, ici par la sélection génétique des individus, prend la place d’un Dieu leibnizien qui calcule tout. Une conception bien loin du réel sans loi qui oriente la psychanalyse et de la question de l’inconscient qui se loge dans un petit détail, un ratage, mis en valeur, à la fin du film, par une remarque du médecin : « un droitier ne tient pas son “outil” de la main gauche ». Face à la perfection des machines à identifier l’ADN, ce médecin avait découvert, dès le début, d’un simple coup d’œil, l’usurpation d’identité sur laquelle est bâtie l’histoire. G. Wajcman pointe la place centrale de ce personnage qui sait voir ce que les machines ne détectent pas. Ce médecin n’est pas dupe, et choisit, délibérément, de ne pas dénoncer le héros. Une dimension politique se profile dans la trame du film avec ce personnage qui résiste à un système qui fonctionne sans aucune contestation, pas même celle du héros qui en a été la première victime.

Ce film glacial, « un zéro pointé au thermomètre de la jouissance » pour G. Wajcman, nous fait trembler par son eugénisme décomplexé, irréfutable parce que présenté comme porteur d’un monde meilleur. Il illustre aussi comment, quand le système symbolique ne tient plus, on se tourne vers le corps pour trouver des réponses. La vérité est située dans le corps, et l’on sait combien ce modèle s’impose : recherches sur le cerveau pour approcher l’inconscient, recherches paléoanthropologiques pour expliquer la vie sociale. Ici le salut passe par la perfection des corps.

[1] Ce texte reprend les thèmes développés lors de cette rencontre, C. Bonneau est le Plus-un du cartel et les membres sont : A. Ardisson, P. Bouda, M. Harroch, S. Kernachi, B. Lacasse.

[2] Wajcman G., Les Experts. La police des morts, PUF, Paris, 2012, p. 39.




GENET – Questions de l’Hebdo-Blog à Hervé Castanet

L’Hebdo-Blog – En 1953, la rencontre de Jean Genet avec « un vieux sale [et] méchant »[1] est sa rencontre consentie avec un réel in-digérable le renvoyant à son « enfance misérable, inoubliable, où il se savait abandonné »[2]. Ce « désert »[3] irréductible du sujet qui troue son « bonheur »[4] narcissique homosexuel et fait de lui un homme errant, « humble, sans nom ni visage »[5], change son écriture. Désormais, c’est au théâtre qu’il confie de représenter « cette autre mort »[6] et de toucher le public au cœur en ce point. Considéreriez-vous que « le fumier »[7] constitue alors l’éthique de la création de J. Genet ?

Hervé Castanet – « Le fumier », effectivement est mis en position de cause. Pour le prouver et voir quelles conséquences J. Genet en tire, la lecture des Paravents (commencés en 1956, publiés en 1961) s’impose. « Les pièces habituellement, dit-on, auraient un sens : pas celle-ci. C’est une fête dont les éléments sont disparates, elle n’est la célébration de rien »[8], affirme l’écrivain. Les Paravents ne glorifient pas la révolution, la victoire des colonisés ou la bêtise des soldats – ils sont « mascarade », « arlequinade », « blague »[9] jouées par des comédiens masqués, maquillés excessivement voire peinturlurés. On y trouve, par contre, une étrange affirmation : « Le fumier et les insultes sont nécessaires. »[10] Lesquels ont justement leur poids, leur efficience : actifs, décidés, seuls ils permettent une vraie construction, une vraie vie. Ainsi, le fumier fait couple avec la « ruine » – « la ruine totale de la pièce. Vraiment, il faudrait qu’à la sortie, les spectateurs emportent dans leur bouche ce fameux goût de cendre et une odeur de pourri »[11].

Impossible de résumer l’intrigue : plus de cent personnages, seize tableaux. Parmi ces personnages, il y a Saïd et sa mère (jouée inauguralement par Maria Casarès). Écoutons la description de J. Genet : « les costumes, indiquant la misère de Saïd et de sa mère, seront somptueux […]. Maquillage de la mère : de longues rides mauves, très nombreuses comme une toile d’araignée sur la figure […]. Saïd : le creux des joues très noir, et autour, des pustules jaunâtres – ou verdâtres »[12]. Le mot est lâché : Saïd et sa mère sont d’une misère absolue – ils sont le rebut, le déchet d’une société. Ils sont laids, sales, puants de pourriture. Bref, ils présentifient la saloperie dégagée de toute enveloppe séduisante. C’est une famille qui s’enlise dans l’avilissement : de la « racaille »[13], dit J. Genet. La pièce est à l’identique : « sale en ce sens qu’elle n’a pas l’habituelle saloperie sociale […] »[14].

Lisons les mots de la mère : « Il y a dans chaque village un petit terrain qui pue et qu’on appelle la décharge publique […]. C’est là qu’on empile toutes les ordures du pays. Chaque décharge a son odeur […] dans mes narines, il reste encore l’odeur de nos poubelles […] que j’ai reniflée toute ma vie et c’est elle qui me composera ici quand je serai tout à fait morte et j’ai bien l’espoir de pourrir aussi la mort… Je veux que ce soit ma pourriture qui pourrisse mon pays… »[15]

À une autre occasion, elle clame : « je me nourris de ce qui pourrit sous la terre… »[16]. Comme lui dit une femme arabe du village : « Je sais que tu es à tu et à toi avec ce qui n’a plus de nom sur la terre. »[17] Son rôle sera de détruire : « Qu’elle dévaste ! Qu’elle dévaste ! »[18]

HB – Feriez-vous de cette première rencontre de J. Genet avec le « petit vieux sale [et] méchant » le moment où il subjective sa jouissance masochiste comme étant « une jouissance analogique »[19]? En 1964, sa deuxième rencontre avec le suicide de son amour-ami-amant Abdallah[20] l’ouvre à un processus mélancolique le poussant à quitter tout-à-fait l’écriture au profit du politique. Considériez-vous que l’écriture de J. Genet n’a pas pu constituer alors pour lui un anti-mélancolie puissant ?

HC – L’utilisation des catégories de la psychiatrie, même revues par la psychanalyse, risque d’être un moyen pour ne pas lire Genet. Or c’est au titre de son écriture qu’il nous est précieux – nullement pour en faire un cas illustrant notre doxa. Je récuse cette pente de lecture et préfère une autre piste. Revenons à cette « révélation »[21] datée de 1953.

Qu’y découvre J. Genet ? La conscience ne parvient plus à rattraper l’image, à se ressaisir elle-même sur le mode réflexif. C’est en cela que l’expérience est « désagréable »[22] et que ce qui s’est écoulé du corps est insaisissable, irrémédiablement perdu. Cette rencontre est épreuve de la perte. La conséquence tombe : « Depuis que j’avais eu cette révélation en regardant le voyageur inconnu, il m’était impossible de voir le monde comme autrefois. Rien n’était sûr. Le monde soudain flottait. »[23]

Le témoignage le plus riche se découvre lorsque J. Genet insiste sur ce qu’il a perdu, qui touche à l’érotisme et au désir homosexuels : « D’ici peu, me dis-je, rien ne comptera de ce qui eut tant de prix : les amours, les amitiés, les formes, la vanité, rien de ce qui relève de la séduction. »[24] Bref, « le monde était changé »[25]. J. Genet est explicite : « L’érotisme et ses fureurs me parurent refusés définitivement. […] J’étais sincère quand je parlais d’une recherche à partir de cette révélation “que tout homme est tout autre homme et moi comme tous les autres” – mais je savais que j’écrivais cela aussi afin de me défaire de l’érotisme, pour tenter de le déloger de moi, pour l’éloigner en tous cas »[26].

Suit l’image qui fixe cet érotisme : « Un sexe érigé, congestionné et vibrant, dressé dans un fourré de poils noirs et bouclés, puis ce qui les continue les cuisses épaisses, puis le torse, le corps entier […] et tout cela luttant contre le si fragile regard capable peut-être de détruire cette Toute-Puissance »[27]. Voilà ce qui s’est écoulé du corps du narrateur par le trou du regard produisant ce résultat : l’image comme « Toute-Puissance »[28] est attaquée, réduite, désintensifiée.

J. Genet n’est pas dupe de ce qui est advenu : « Tout se désenchantait autour de moi, tout pourrissait »[29], et il aurait probablement souhaité que cette expérience ne soit qu’un support contingent exalté par l’œuvre d’art. Il n’en fut rien : le coup porté fut si rude, si radical, si définitif, que l’appel à la sublimation lyrique ne put contrer (et donc amoindrir voire annuler) ce qui se dénuda dans ce wagon-là, avec ce petit vieux-ci : un bout de réel. Ce que son écriture, dans sa forme ancienne, a échoué à obtenir. L’œuvre d’art n’est plus d’aucun secours. Ou J. Genet devra se suicider – ce qu’il tente –, ou une œuvre d’art autre devra advenir : l’action politique y trouvera sa place, irréductible.

[1] Castanet H., Rouvière Y., Genet, Paris, Max Milo Éditions, collection Comprendre, 2015, p. 54.

[2] Ibid., p. 73.

[3] Ibid., p. 84.

[4] Ibid., p. 79.

[5] Ibid., p. 83.

[6] Ibid.

[7] Ibid., p. 111.

[8] Genet J., « Lettres à Roger Blin », Œuvres complètes, tome IV, Paris, Gallimard, 1968, p. 223.

[9] Genet J., Les Paravents, édition de Michel Corvin, Paris, Gallimard, collection folio/théâtre, n° 69, 2000, p. 25.

[10] Ibid., p. 201.

[11] Genet J., « Lettres à Roger Blin », Œuvres complètes, tome IV, op. cit., p. 224.

[12] Genet J., Les Paravents, op. cit., p. 25-26.

[13] Ibid., p. 100.

[14] Genet J., « Lettres à Roger Blin », Œuvres complètes, tome IV, op. cit., p. 225.

[15] Genet J., Les Paravents, op. cit., p. 214.

[16] Ibid., p. 87.

[17] Ibid., p. 160.

[18] Ibid.

[19] Lacan J., Le Séminaire, livre XVI, D’un Autre à l’autre, Paris, Seuil, 2006, p. 134.

[20] Castanet H., Rouvière Y., Genet, op. cit., p. 133.

[21] Genet J., « Ce qui est resté d’un Rembrandt déchiré en petits carrés bien réguliers et foutu aux chiottes », Œuvres complètes, tome IV, Paris, Gallimard, 1968, p. 21.

[22] Ibid., p. 23.

[23] Ibid., p. 27.

[24] Ibid., p. 27-28.

[25] Ibid., p. 27.

[26] Ibid., p. 30-31.

[27] Ibid., p. 31.

[28] Ibid.

[29] Ibid., p. 29.