« Les promesses de l’impossible » de Augustin Menard

Après [*] Voyage au pays des psychoses [1] et Le Symptôme, entre amour et invention [2], Augustin Menard a publié récemment son troisième ouvrage : Les Promesses de l’impossible [3], aux éditions du Champ social.

Cet « impossible évoqué par Freud », et dont Lacan affirmera qu’il n’est autre qu’un nom du réel, « est ce que promet de rencontrer la psychanalyse à celui qui s’engage dans son expérience » [4], énonce A. Menard dans son introduction, avant de consacrer le deuxième chapitre de son livre, à un « Éloge du trou » [5], qui donne le ton à son ouvrage. Car c’est bien une affaire de trou qui en constitue le fil directeur, un trou de structure lié au fait que l’être humain est un animal parlant.

Avec rigueur et précision, et à la lumière de cas cliniques, A. Menard explore des concepts théoriques comme la vérité, le savoir, l’objet, le transfert, le symptôme, qui jalonnent la trajectoire d’une analyse mais conduisent inexorablement à une butée, « au point d’impasse où se manifeste le réel » [6], ce « réel, qui ex-siste mais dont on ne peut rien dire » [7].

Il démontre aussi comment la rencontre avec ce trou de structure, auquel nul n’échappe, une fois le symptôme dépouillé de ses oripeaux, est ce qui permet, à condition de renoncer à le combler, un nouveau rapport à la jouissance. « L’enveloppe formelle du symptôme est constituée par le biais des métaphores qui substituent à chaque signifiant primordial, à chaque S1 un autre signifiant. Ainsi surgit un sens jusqu’au point où de signifiant en signifiant se fait le heurt de la rencontre du réel hors sens. Là, peut se produire un rebroussement créatif prenant appui sur le noyau réel : c’est le sinthome » [8], roc irréductible d’où peut jaillir l’invention [9].

Là réside la promesse de la rencontre avec l’impossible visée par la psychanalyse lacanienne : un savoir y faire nouveau et enthousiasmant avec le trou, à différencier de l’impossible promesse tenue par le psychothérapeute lorsqu’il s’évertue à essayer d’obturer le trou, coûte que coûte, et sans distinction clinique.

L’orientation borroméenne promue par le dernier enseignement de Lacan relativise les différences entre névrose, psychose et perversion au profit d’une clinique continuiste, clinique des nœuds et de la singularité où chacun est amené à inventer sa propre solution face au réel. « Il y a trente-six façons de nouer » [10], l’important étant le nouage singulier. A. Menard en donne de fines illustrations cliniques dans son ouvrage, certaines reprises de son livre Voyage au pays des psychoses, qui mettent en exergue la portée créative d’une clinique orientée par la psychanalyse lacanienne.

Qu’il s’agisse d’opérer une suture, de soutenir un bricolage permettant à certains sujets de se débrouiller face au réel, ou au contraire d’en favoriser la mise à nu, il en résulte à chaque fois un usage singulier du trou qui confère à chacun son style.

Nul doute que celui d’A. Menard trouve sa particularité dans son désir intarissable de transmettre ce que lui a enseigné sa propre cure, son travail avec ses patients et analysants ainsi que l’enseignement de Lacan éclairé par celui de Jacques-Alain Miller, avec une clarté qui ne saurait pour autant occulter la complexité des concepts psychanalytiques.

[*] Le livre de A. Menard, Les Promesses de l’impossible, Nîmes, Champ social, 2020, est disponible à la vente en ligne sur le site de ECF-Echoppe.

[1] Menard A., Voyage au pays des psychoses. Ce que nous enseignent les psychotiques et leurs inventions, Nîmes, Champ social, 2008.

[2] Menard A., Le Symptôme, entre amour et invention, Nîmes, Champ social, 2016.

[3] Menard A., Les Promesses de l’impossible, Nîmes, Champ social, 2020.

[4] Ibid., p. 7.

[5] Ibid., p. 17-29.

[6] Ibid., p. 8.

[7] Ibid., p. 43.

[8] Ibid., p. 69.

[9] Cf. Menard A., Le Symptôme, entre amour et invention, op. cit.

[10] Menard A., Les Promesses de l’impossible, op. cit., p. 143.