ÉDITORIAL : « Macho man »

Baby, don’t you doubt, my body
Body, talking about my body, body
Baby, checking out my body
[Bébé, ne doute pas, mon corps
Corps, parlant de mon corps, corps
Bébé, regarde mon corps]
Village People, « Macho Man », chanson, 1978

Le Macho man arbore les preuves de la pleine possession de ses moyens virils : « Le pousse-à-l’homme chez l’homme, explique Jacques-Alain Miller, se manifeste dans l’exigence d’être un homme, comme s’il était menacé de ne jamais l’être assez et qu’il fallait alors le prouver. C’est ainsi que l’homme s’épuise dans la démonstration de sa virilité où Freud relève la présence de surcompensations excessives qui témoignent d’une mascarade virile » [1]. Celle-ci est parodiée à merveille par les Village People et leur « Macho Man », en 1978. Ils illustrent que « les signes emphatiques de la virilité […], par l’effet féminisant de l’objet petit a, au fond, prennent le caractère de mascarade » [2].

Quel est le ressort de cet effet féminisant de l’objet a, au cœur de la mascarade masculine ? C’est la mise en jeu de « l’attrape regard » : en exhibant sa virilité, le Macho man veut se situer au centre des regards. La parade virile le conduit ainsi, en souhaitant être celui qui manque à l’autre, à une féminisation : « la féminisation par l’objet petit a, c’est une autre version de la forme érotomaniaque de l’amour » [3], indique J.-A. Miller. Si côté mâle, nous connaissons la forme fétichiste du désir, qui met en jeu un objet prélevé sur l’autre, la figure du Macho man donne un aperçu sur sa forme érotomaniaque. D’un côté l’avoir, de l’autre l’être.

Si le Macho man ou l’Un-homme apparaît ici dans la mascarade, déclinée au masculin, il se situe aussi dans le rapport au phallus. En effet, le dit homme est celui qui prête son corps à soutenir cette « turgescence vitale » « qui se trouve symbolisée » [4] et qui joue sa partie en tant qu’il n’est, précisément, jamais là où on l’attend : « Le phallus est appelé à fonctionner comme instrument de la puissance », dit Lacan. Il ajoute : « Quand nous parlons de puissance dans l’analyse nous le faisons d’une façon qui vacille car c’est toujours à la toute-puissance que nous nous référons, alors que ce n’est pas de ça qu’il s’agit », et il conclut : « Autrement dit, le phallus est présent, il est présent partout où il n’est pas en situation. » [5] Le macho, c’est-à-dire celui qui déploie les signes de sa virilité, chercherait à mettre le phallus en situation, à le convoquer comme permanent et à en faire une image qui ne défaille jamais.

Or, pour l’homme entrant dans la sexuation, il y a un « sacrifice, c’est de ne plus se faire l’Homme », il se « résign[e] à se situer dans l’un entre autres, c’est-à-dire d’entrer dans le tous. […] C’est pourquoi, chaque fois que le sujet, par quelques traits que ce soit, fait exception, il se trouve […] féminisé » [6].

N’est-ce pas à ce paradoxe que tout macho a affaire ? D’un côté, chercher à mettre le phallus « en situation », de l’autre, s’en trouver, à son insu, féminisé ?

Sans doute est-ce l’une des surprises que nous réservent les travaux qui se tiendront lors des 51e journées de l’École de la Cause freudienne, les 20 & 21 novembre 2021, consacrées à « La norme mâle ».

« La norme mâle », 51e journées de l’École de la Cause freudienne, en visioconférence, 20 & 21 novembre 2021, inscriptions et informations sur le blog des journées et sa newsletter LOM : journees.causefreudienne.org.

[1] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Donc. La logique de la cure », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, cours du 29 juin 1994, inédit.

[2] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Les us du laps », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, cours du 31 mai 2000, inédit.

[3] Ibid.

[4] Lacan J., Le Séminaire, livre VI, Le Désir et son interprétation, texte établi par J.-A. Miller, Paris, La Martinière/Le Champ freudien, 2013, p. 355.

[5] Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’Angoisse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2004, p. 311.

[6] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Ce qui fait insigne », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, cours du 17 décembre 1986, inédit.