ÉDITORIAL : Lire Freud, toujours

Lacan ouvre son Séminaire sur Les Écrits techniques de Freud en énonçant : « La pensée de Freud est la plus perpétuellement ouverte à la révision. C’est une erreur de la réduire à des mots usés. Chaque notion y possède sa vie propre. C’est ce qu’on appelle la dialectique. » [1]

Des mots usés. Quelle façon de dire que celle de Lacan ! Rien de pire que des mots usés, mortifiés par la répétition, par l’excès de compréhension, par l’injection de sens. Le retour à Freud, dont Lacan s’est fait le garant, est un procédé qui vise une revivification des mots. Certaines « notions furent, à un moment donné, indispensables à Freud parce qu’elles apportaient une réponse à une question qu’il avait formulée par avant, dans d’autres termes. On n’en saisit donc la valeur qu’à les re-situer dans leur contexte » [2]. Lacan invite ses élèves à ne pas en rester à un émerveillement[3] des trouvailles freudiennes, mais à risquer une lecture, prudente : « Quand je vous parle d’analyser l’œuvre de Freud, c’est pour y procéder avec toute la prudence analytique. » [4]

Pour Lacan, « la parole de Freud [n’est pas] parole d’évangile » [5]. Par conséquent, il corrige la traduction, fait des recoupements, découpe, prolonge. Le texte freudien devient ainsi maniable et toujours renouvelé. Réviser perpétuellement sous-entend une invitation à examiner à la loupe, à remettre à jour. Réviser la pensée freudienne consiste, comme en mécanique, « à remettre en état le moteur » du texte : dévisser, introduire de l’huile, changer le filtre, nettoyer pour faire fonctionner l’assemblage d’une manière plus fluide. Sans cela, le risque est qu’il devienne lettre morte.

Lacan n’utilise pas la métaphore du garagiste pour qualifier sa manière de lire Freud, il choisit « l’art du bon cuisinier » qui « sait bien découper l’animal, détacher l’articulation avec la moindre résistance » [6]. Détacher avec tact pour trouver le bon morceau, et ce, sans l’arracher brusquement pour ne pas abimer le tissu. Une délicatesse est donc de mise, qui respecte la façon dont sont placées les fibres du texte, sa grammaire.

Il est important de souligner combien la première lecture des textes de Freud suscite chez le lecteur un petit bouleversement. Nombreux sont ceux qui témoignent avoir été frappés, à l’adolescence, à la lecture d’un texte de Freud : « un mot suffira pour le faire sentir, la découverte de Freud met en question la vérité, et il n’est personne qui ne soit personnellement concerné par la vérité » [7]. En effet, l’œuvre freudienne continuera à faire des vagues, à condition que nous ne laissions pas dormir les textes pour qu’ils réactivent leur caractère subversif et étonnant.

C’est donc de la main de Freud que démarre cette rentrée de travail pour L’Hebdo-Blog, nouvelle série. À quelques jours du 9 septembre, date anniversaire du décès de Lacan, nous avançons en lecteurs prêts à prendre le risque, nous efforçant, tel son vœu, de savoir lire entre les lignes.

[1] Lacan J., Le Séminaire, livre I, Les Écrits techniques de Freud, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 7.

[2] Ibid.

[3] « Jung lui aussi, en s’émerveillant, redécouvre, dans les symboles des rêves et des religions, certains archétypes propres à l’espèce humaine. » (Ibid., p. 9.)

[4] Ibid., p. 36.

[5] Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 174.

[6] Lacan J., Le Séminaire, livre I, Les Écrits techniques de Freud, op. cit., p. 8.

[7] Lacan J., « La chose freudienne ou Sens du retour à Freud en psychanalyse », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 405.




Le syllogisme brisé du paranoïaque

Dans l’une de ses toutes premières élaborations sur la psychose, Freud aborde le phénomène de l’hallucination verbale comme un phénomène de discours.

Dans son « Manuscrit H. » du 24 janvier 1895 intitulé « Paranoïa » [1], Freud rapproche obsession et paranoïa, parce que ces affections lui apparaissent toutes deux comme des perturbations intellectuelles. Il définit la paranoïa comme un mode pathologique de défense au même titre que l’hystérie ou la névrose obsessionnelle. Si le sujet devient paranoïaque, c’est parce qu’il ne peut pas supporter certaines choses, mais à condition d’avoir des dispositions particulières, et la question est de savoir en quoi consiste cette spécificité qui conduit à la paranoïa.

Freud commente un cas de paranoïa, celui d’une demoiselle persécutée par ses voisins qui faisaient des allusions sur sa conduite sexuelle et jasaient sur une tentative de séduction dont elle avait été l’objet de la part d’un de ses locataires. Freud rattache les troubles à cette scène, mais il échoue dans sa tentative de la rendre consciente et de la faire admettre à la patiente. Il conclut à une défense, mais dont le contenu, l’incident sexuel, n’est en lui-même nullement spécifique. Il aurait pu tout aussi bien aboutir à un symptôme hystérique ou à une obsession. Il s’agit donc de caractériser le mode propre de la défense paranoïaque.

La patiente, troublée par l’incident sexuel, tentait d’échapper au reproche d’être « une mauvaise femme ». Mais, indique Freud, ce reproche elle l’entendit du dehors et il précise que le contenu du reproche resta identique, seule sa place changea. Au début le reproche était intérieur, et maintenant il lui venait du dehors. Le jugement porté sur elle, lui arrivait de l’extérieur. Les gens disaient ce qu’elle se serait, sans cela, dit à elle-même. De cela, elle tirait profit. Elle aurait été obligée d’accepter un jugement formulé intérieurement alors qu’elle pourrait aussi bien rejeter celui qui lui venait de l’extérieur. Notons les caractères de cette défense paranoïaque tels que les isole Freud :

– Elle porte sur un jugement ;

– mais il ne s’agit pas de n’importe quel jugement, il s’agit d’un jugement moral concernant la conduite sexuelle du sujet ;

– elle consiste dans un déplacement topique de l’intérieur vers l’extérieur ;

– elle implique l’Autre, ce que le sujet ne peut assumer pour lui-même c’est l’Autre qui le lui dit.

Le sujet paranoïaque se défend en repoussant à l’extérieur une représentation inconciliable avec le moi. Deux questions se posent alors :

– Comment se produit un tel déplacement ?

– Se joue-t-il la même chose dans tous les cas de paranoïa ?

Concernant la nature du déplacement, il s’agit, selon Freud, de l’usage abusif d’un procédé psychique ordinaire, celui du transfert ou de la projection. D’une manière générale, le sujet peut assumer lui-même ses propres pensées ou sentiments, mais il arrive couramment qu’il laisse à l’autre la responsabilité de les reconnaître chez le sujet, ou bien il les lui attribue. C’est en cela que consiste l’idée normale d’être observé, ou la projection normale. La projection est un mécanisme psychologique courant, qui se déploie dans la relation imaginaire au semblable, et qui peut se rencontrer chez n’importe quel sujet. En elle-même, elle ne peut permettre de rendre compte de la formation du symptôme paranoïaque.

La projection n’explique donc pas la paranoïa. Aussi, Freud est-il amené à introduire un nouveau paramètre pour tenter de distinguer le phénomène psychotique. Pour caractériser le mode de défense paranoïaque, par rapport à la projection, il fait intervenir la structure du syllogisme, entendu dans son sens logique. L’infidèle peut être jaloux, parce qu’il attribue à l’autre sa propre conduite. Cette jalousie relève de la projection affective, tant que le sujet est en mesure d’établir un lien logique entre sa jalousie et son infidélité. Tant que la chaîne des arguments, qui conduisent de l’infidélité à la jalousie, peut être restituée, il s’agit d’une projection :

– Je suis infidèle ;

– je refuse d’assumer cette conduite, c’est sur elle que je la projette ;

– donc elle me trompe et je suis jaloux.

Telle est la structure du raisonnement, qu’il faut rétablir pour rapporter la jalousie à l’infidélité. Dans la paranoïa, cette chaîne argumentative est rompue. Freud écrit ceci : « ces réactions demeurent normales tant que nous restons conscients de nos propres modifications intérieures. Si nous les oublions, si nous ne tenons compte que du terme du syllogisme qui aboutit au dehors, nous avons une paranoïa ».

Ainsi de l’alcoolique jaloux : si elle le délaisse, c’est parce que c’est une traînée et qu’elle va avec tous les hommes. Il y a un raisonnement qui conduit à cette position et qui est le suivant :

– Elle me trompe ;

– je refuse d’admettre que c’est parce que je suis alcoolique et impuissant ;

– donc c’est une traînée.

Pour qu’il y ait paranoïa, il faut que cette chaîne discursive soit rompue et que la conclusion apparaisse détachée de ses prémisses. L’énoncé qui fait la plainte du patient – elle va avec tous les hommes – est une proposition délirante, parce qu’elle ne peut être rapportée à ses prémisses subjectives. C’est parce qu’elle est ainsi détachée du patient qu’elle apparaît comme venant du dehors et qu’elle est, éventuellement, attribuée à l’Autre. Tel est le mode particulier de la défense paranoïaque qui se rencontre dans tous les cas.

Lacan a mis ses pas dans ceux de Freud quand il rend raison de la psychose par la forclusion, c’est-à-dire par le rejet d’un signifiant, non de l’intérieur vers l’extérieur, mais du symbolique vers le réel, le réel du patient. Il donne alors sa définition de l’hallucination comme présence d’un signifiant dans le réel, et précise : « pour que [l’]irruption [du symbole] dans le réel soit indubitable, il suffit qu’il se présente, comme il est commun, sous forme de chaîne brisée » [2].

[1] Freud S., « Manuscrit H. », Lettres à Wilhem Fliess, Paris, PUF, 2006, p. 140-147.

[2] Lacan J., « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 535.




« Comment apparaît l’angoisse » *

En ces temps bouleversés, l’angoisse – cet affect qui ne trompe pas, tel que Lacan l’a élucidé en tant qu’impossible à supporter, désarrimé des signifiants – est au premier plan, faisant signe du réel sans loi.

Des tragédies antiques aux théories de Freud et de Lacan, l’expérience de l’angoisse, toujours chevillée au corps, est indissociable de la condition humaine, aussi n’a-t-elle jamais cessé d’intéresser penseurs, artistes, écrivains et poètes. 

Avec l’angoisse, conceptualisée par Freud puis Lacan, ce n’est pas l’être qui est convoqué, ce n’est ni le sens ni la signification, c’est l’existence du parlêtre. Ces quelques considérations invitent à un retour à la toute première conceptualisation de l’angoisse en psychanalyse par Freud dans laquelle il noue le corps et le psychisme. C’est dans le « Manuscrit E. » de ses Lettres à Wilhelm Fliess [1], écrites entre 1887 et 1904, qu’il s’attelle à la théoriser à partir de cette question : comment naît l’angoisse ? Rappelons que dans l’amour qu’il voue à W. Fliess, son alter ego, Freud s’autoanalyse, ce qui fait de cette correspondance la chronique de l’invention de la psychanalyse.

Au début de sa découverte, Freud, en explorateur, met au travail sa clinique en opérant par la classification de la science médicale de son temps où l’observation clinique oblige à la différenciation sur la nature et la cause des pathologies. 

D’ailleurs, dans ce manuscrit, il fera de l’angoisse le noyau d’une névrose qu’il nommera névrose d’angoisse en la distinguant, d’une part, de l’hystérie et, d’autre part, de la mélancolie.

Dès les toutes premières lignes du texte, Freud indique que l’angoisse des névrosés est imputable à la sexualité et, en particulier, au coït interrompu, méthode de contraception à son époque.

D’une question ricochant sur une autre, il livre les fondements de la névrose d’angoisse.

L’angoisse apparaît dans le registre physique, elle échappe aux faits psychiques : « C’est un facteur physique de la vie sexuelle qui produit l’angoisse » [2]. Pour étudier ce facteur, Freud recueille des observations cliniques « disparates » de sept types d’angoisse qui, chez les sujets observés, semble avoir une cause sexuelle et dont il tire un premier enseignement : l’angoisse découle d’une transformation de la tension sexuelle accumulée et dont la décharge est entravée.

Ceci le conduit à une nouvelle question : « mais pourquoi, quand il y a cette accumulation, la transformation en angoisse ? » [3]

Il établit alors une comparaison entre la névrose d’angoisse et la mélancolie pour en dégager, dans la première, la tension sexuelle physique. Cette dernière « s’accroît, atteint sa valeur-seuil » qui permet de susciter un affect psychique mais, pour une raison quelconque, il y a « un déficit d’affect sexuel, de libido psychique » [4], ce qui provoque la transformation de la tension non psychiquement liée en angoisse. Et, pour vérifier son hypothèse, Freud réexamine les sept cas mis à l’étude au départ, ce qui lui permet de dire que sa recherche se tient.

Dans la dernière partie du manuscrit, une ultime question se fait jour : pourquoi la transformation génère-t-elle de l’angoisse ?

Freud indique que l’angoisse répond à n’importe quelle tension physique accumulée, ignorant la libido psychique.

Dans les symptômes du tableau clinique de la névrose d’angoisse, il met le focus sur « le grand accès d’angoisse », accès fait de dyspnée et de palpitations cardiaques, lesquelles sont aussi celles du coït, et qui se combinent avec la sensation d’angoisse.

Pour clore sa lettre, il revient à sa comparaison de départ entre la névrose d’angoisse et l’hystérie, qui ont comme point commun une conversion, mais, dans cette fin du manuscrit, il met en exergue leur différence. Dans l’hystérie, il s’agit d’une excitation psychique qui se traduit dans le somatique, tandis que dans la névrose d’angoisse, il s’agit d’une tension physique qui peut se traduire dans psychique.

En guise de conclusion, Freud écrit que sa recherche est incomplète, mais que la base est juste – pour autant ce travail n’est pas publiable en l’état.

La surprise à relire le « Manuscrit E. » conduit son lecteur à dire combien, grâce aux prémices de Freud concernant le concept de l’angoisse, l’analyste lacanien, qui fait du réel sa visée, se sert de l’angoisse comme d’un moteur de l’expérience analytique pour que d’un dire émane le parlêtre.

[*] Freud S., « Manuscrit E. » Lettres à Wilhelm Fliess 1887-1904, Paris, PUF, 2006, p. 103. 

[1] Ibid., p. 103-109.

[2] Ibid., p. 103.

[3] Ibid., p. 105.

[4] Ibid., p. 106.




« Communication d’un cas de paranoïa en contradiction avec la théorie psychanalytique » *

Serge Cottet, grand lecteur de Freud, soulignait que les « concepts n’ont pas à être fétichisés, ils sont conventionnels et provisoires, et sont destinés à surmonter une contradiction, un paradoxe, une aberration rencontrés dans la clinique » [1].

En évoquant à des praticiens le cas de Freud au titre éloquent « Un cas de paranoïa en contradiction avec la théorie », S. Cottet rappelait qu’il y a « une voie méthodologique fructueuse. Au lieu de dire : mon patient est joycien, et d’attraper tous les symptômes qui en font un joycien ou un président Schreber, il va s’agir au contraire, de montrer en quoi une invention symptomatique résiste au syntagme auquel on est invité à le comparer, au syntagme qui s’impose dans la doctrine » [2].

Ce cas nous montre comment Freud se laissait enseigner par le cas. Il met en tension, voire même nettement en contradiction, un paradigme connu, la paranoïa, et un cas de paranoïa féminine. Il prend appui sur le témoignage du sujet pour vérifier les bases posées d’une conceptualisation de la paranoïa et cela, au plus près de l’expérience. Et comme le premier entretien est insuffisant, il en imposera un autre, toujours au plus près des dires du sujet. Cela implique un certain respect du discours, jusqu’au point où un certain nombre de limites sont quand même à poser.

Le cas est celui d’une jeune femme qu’un avocat, embarrassé par « le caractère morbide » de la plainte de sa cliente, conduit chez Freud. Celle-ci raconte à Freud qu’elle s’est laissée courtiser par un collègue de travail et, lors de leurs premiers ébats amoureux, il l’aurait fait photographier par un complice. Elle est persuadée d’avoir entendu le « clic » de l’appareil et il chercherait maintenant à l’éconduire par cette photo compromettante. Le sujet se sent visé personnellement par un phénomène et en tire une signification, une interprétation délirante. Le regard de l’Autre, associé au bruit, joue un rôle central et la figure de l’Autre jouisseur s’impose. Cette jeune femme se trouve confrontée à un impossible, l’amour pour cet homme, que traite le délire. Pour Freud, il s’agit bien d’un délire de persécution. Mais ce cas va à l’encontre de sa conception de la paranoïa selon laquelle le persécuteur, qui dans un premier temps fut aimé, est toujours du même sexe que le sujet. Là, le persécuteur est un homme. C’est son compagnon qui devient le persécuteur. Pour Freud, ce n’est absolument pas normal ! Confronté à cette butée, il lui faut poursuivre l’investigation.

Il provoque un second entretien pour se laisser mieux « instruire » par la patiente et « obtient de nouvelles informations » : elle a la certitude que son amant a dévoilé leur aventure amoureuse à leur supérieure hiérarchique ; ou pire, qu’il entretient une relation amoureuse avec cette vielle dame qui serait finalement l’agent du complot. Sa supérieure représenterait une figure maternelle et l’amant, en dépit de son jeune âge, une figure paternelle. Freud constate que même si la jeune femme est attirée par le substitut paternel, elle n’en reste pas moins sous la domination de son attachement à sa mère, figurée ici par sa supérieure, pour laquelle elle éprouverait des pulsions homosexuelles. Ce qui confirme sa thèse majeure : le sujet et son persécuteur sont de même sexe et le déclenchement de la paranoïa opère comme la mise en place d’une défense contre une homosexualité excessivement forte. Cependant, Freud est sensible à la singularité du sujet, à cette particularité qui rend difficile la construction du cas ainsi que l’extraction du mode de jouissance : « La clé du mystère est donnée par l’histoire du développement de ce délire. Celui-ci était à l’origine dirigé, comme nous pouvions nous y attendre, contre la femme, mais maintenant, sur le terrain de la paranoïa, était accompli le passage de la femme à l’homme comme objet. Un tel passage n’est pas habituel, dans le cas de la paranoïa » [3].

Freud n’oublie pas ce qu’il a appris, mais il ne cherche pas à placer ce qu’il sait a priori sur ce qu’il découvre : « je me rappelais combien il était fréquent qu’on soit amené à juger faussement les malades mentaux faute […] de s’être mieux laissé instruire par eux » [4].

La mise en tension des habitudes cliniques incarnées dans un paradigme a permis de souligner l’invention, l’inventivité du symptôme.

On peut appliquer cette voie méthodologique à l’ensemble de la clinique de notre modernité : « La tension est interne à la clinique, entre le concept et le cas. Et deux voies s’ouvrent alors : ou bien fourrer le cas dans un concept, à titre de cas particulier ; ou bien hausser le cas au paradigme, comme singularité. Ces deux voies ne s’excluent pas, mais la seconde est plus intéressante que la première, plus lacanienne. » [5]

 

[*] Freud S., « Communication d’un cas de paranoïa en contradiction avec la théorie psychanalytique », Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1981.

[1] Cottet S., « Un bien dire épistémologique », La Cause du désir, n°80, février 2012, p. 17, disponible sur le site de Cairn.

[2] Cottet S., « Élever le cas à la dignité du paradigme », Ironik, 19 décembre 2017, publication en ligne.

[3] Freud S., « Communication d’un cas de paranoïa… », op. cit., p. 217.

[4] Ibid., p. 212.

[5] Miller J.-A., « En ligne avec Jacques-Alain Miller », entretien, La Cause du désir, n°80, op. cit., p. 9, disponible sur le site de Cairn.