Éditorial : Hors les murs

Assez des murs. Empressons-nous, sortons ! Attendez, n’allez pas si vite, et si vous observiez de plus près ? Jacques Lacan nous rappelle avec Leonard de Vinci : « Regardez le mur » [1] !

« Si tu regardes des murs barbouillés de taches, ou faits de pierres d’espèces différentes et qu’il te faille imaginer quelque scène, tu y verras des paysages variés, des montagnes, fleuves, rochers, arbres, plaines, grandes vallées et divers groupes de collines » [2], écrit le peintre. Une invitation à se laisser transporter par une glissade d’associations d’images. De la simple tache noirâtre à la figuration, de la moisissure à une Madone sublime ou à un paysage envoutant…

Lacan indique qu’il y a « quelque chose d’autre qui peut venir sur le mur » [3], ce qui semble davantage l’intéresser que les images éveillées par la « lyre du désir » [4] de Léonard de Vinci : les ravinements. Quel mot ! Les rigoles creusées par le passage insidieux de l’eau de pluie. Sur le mur, il y a les traces des ravinements « non pas seulement de la parole – encore que ça arrive, c’est bien comme ça que ça commence toujours –, mais du discours » [5].

Nous pourrions dire que sur le mur, il y a des sillons creusés par le ruissellement de la langue. Des entailles faites par l’écoulement de la matière jouissante. Une infiltration de jouissance qui troue la pierre.

Pour Lacan, les traces sur le mur sont du même ordre que les ravinements. Cependant, en rappelant leur statut de trou, il laisse entendre qu’elles marquent la place de ce qui ne peut se dire mais qui peut, éventuellement, se lire, parce que c’est écrit. C’est un choix, ne pas se « contenter […] de ces sens-confusions » [6], pas de glissement de sens mais achoppement par le trou. Désormais vous ne regarderez plus un mur de la même façon.

Voici un numéro de L’Hebdo-Blog, nouvelle série, entre mur et mur.

[1] Lacan J., Le Séminaire, livre XIX, … ou pire, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2011, p. 74.

[2] Vinci (de) L., Les Carnets de Léonard de Vinci, t. II, Paris, Gallimard, 1989, p. 247.

[3] Lacan J., Le Séminaire, livre XIX, … ou pire, op. cit., p. 74.

[4] Ibid., p. 76.

[5] Ibid., p. 74.

[6] Ibid., p. 76.




Exfiltrer l’obsessionnel

Un quadragénaire obsessionnel vient une fois encore de se disputer avec sa compagne, au point d’avoir rageusement imaginé apprendre sa mort dans un accident de voiture – façon définitive de régler leur problème sexuel récurrent. C’est un poncif : l’obsédé souhaite la mort de l’autre, tout en n’y étant pour rien. Pour autant, il n’en est pas moins responsable de sa pensée et ne le sait que trop. Aussi, culpabilisé par ce scénario, déclare-t-il en séance : « Quelle horreur ! J’aime tellement ma femme… » Et de conclure, un peu déprimé : « Je suis un con fini ! »

À ce jugement moral, opposons un jugement clinique : l’obsessionnel est un confiné. Plus exactement, explique Lacan, c’est son désir qui est confiné : le désir, dit-il, « se remparde » dans des « fortifications à la Vauban » [1]. Questions : peut-il être délogé hors les murs ? Le sujet peut-il être lui-même mis « au pied du mur de son désir » [2], de l’autre côté du rempart ? Rien de plus difficile, souligne Lacan… Car cette claustration est une façon blindée de protéger « un désir toujours menacé de destruction » [3].

Quelle est cette menace, sise à l’extérieur des murailles ? C’est la rencontre redoutée avec le désir de l’Autre : l’obsédé imagine à tort que ce désir écraserait le sien propre. Pour s’en prémunir, il voudrait le détruire, ainsi que le phallus signifiant qui en est le nécessaire pivot symbolique. À cette fin, plusieurs options : il peut réduire ce désir à une simple demande de l’Autre, très facile à prévenir par un déluge de réponses anticipées. Ou bien, il peut fantasmer la mort pure et simple de l’Autre, bien à l’abri dans sa forteresse, comme l’indique ce patient. Mais cette stratégie d’éradication lui pose un problème : en éliminant le désir de l’Autre, l’obsédé étouffe mécaniquement son propre désir au lieu de le sauvegarder comme espéré, puisque tout désir, pour des raisons structurales, ne s’alimente que du désir de l’Autre – l’hystérique en sait quelque chose… Le compromis s’impose alors : il ne faut pas l’anéantir totalement, mais juste s’en mettre à l’abri. D’où l’érection d’une forteresse.

L’obsessionnel aura été lui-même l’artisan de cet ouvrage défensif. Il l’a élevé « sur le modèle de son moi » [4] dit Lacan : c’est-à-dire dans un rapport spéculaire à un alter ego supposé plus puissant que lui sur le plan phallique, et donc à l’abri de ce genre de menace. La pente identificatoire imaginaire vers l’imitation idéalisée fait partie des fondations de ces murs étanches.

En fin de compte, l’analysant est-il vraiment le « con fini » qu’il dit être ? Pas sûr ! Dans son Séminaire XVII, Lacan déclare : « quand on dit que quelqu’un est un con, cela veut plutôt dire qu’il est un pas-si-con ». Avant d’ajouter : ce qui est déprimant, « c’est qu’on ne sait pas très bien en quoi il a affaire à la jouissance ». Et c’est même « pour cette raison qu’on l’appelle comme ça » [5]. Nous y voilà ! Au-delà de sa jouissance phallique familière, généreuse et bien confinée, le « con » ne peut localiser la jouissance de l’Autre, jouissance féminine notamment. En prime, ça le déprime ou ça l’angoisse. Il ne lui reste plus qu’à ériger une autre muraille fantasmatique, plus précaire qu’il ne le pense – plus en mode castrum qu’à « la Vauban ». Elle vise à le défendre contre un réel « opaque » [6] toujours extra-muros : celui d’une jouissance inquiétante et invasive, venue du « dark continent » [7] de la féminité, un territoire aussi étrange qu’étranger.

La cure de l’obsessionnel est ainsi le siège prolongé d’une double forteresse qui est loin d’être vide. Précisons que l’analyste est à l’extérieur de la place forte : sans doute parle-t-il aux murs, mais il lui revient d’ébrécher la muraille défensive pour en exfiltrer le parlêtre.

 

[1] Lacan J., Le Séminaire, livre V, Les Formations de l’inconscient, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1998, p. 487.

[2] Lacan J., Le Séminaire, livre VIII, Le Transfert, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1991, p.  300.

[3] Lacan J., Le Séminaire, livre V, op. cit., p. 487.

[4] Ibid.

[5] Lacan J., Le Séminaire, livre XVII, L’Envers de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1991, p. 81.

[6] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 77.

[7] Freud S., La Question de l’analyse profane, Paris, Gallimard, 1985, p. 75.




Faire le mur

Entre l’homme et la femme,
Il y a l’amour.
Entre l’homme et l’amour,
Il y a un monde.
Entre l’homme et le monde,
Il y a un mur. [1]

Jacques-Alain Miller commente le dire de Lacan dans …ou pire selon lequel « la transgression, ça ne tient pas quand il s’agit du véritable impossible » [2] et indique que « le véritable impossible, c’est le réel » [3]. Cet impossible qui se démontre et ne se transgresse pas a constitué le cœur de mon expérience, de l’entrée en analyse à sa sortie. Je vivais cet impossible comme un mur sur lequel je ne cessais de buter. Plus je voulais le démolir ou le traverser – m’acharner à vouloir écrire le rapport sexuel qu’il n’y a pas – et plus je le faisais consister.

Le mur composa la pièce autour de laquelle je fis d’innombrables tours. Il fallut une série d’opérations pour que mon impuissance face à ce mur passe à l’évidence d’un impossible. Le réel de cet impossible reste le même, mais j’ai cessé de chercher désespérément à faire le mur, ce qui constituait le lit de mes déboires conjugaux. Frappée à la puberté par un dire maternel [4], que j’avais saisi comme une promesse d’existence du rapport sexuel, et nourrie par une pente à l’infinitude, qui versait du côté d’un pousse-à-jouir surmoïque, je ne lâchais rien – quitte à m’accrocher à l’Autre – pour réaliser ce rêve de la complémentarité du deux, à l’amour et au désir conjugués. Autant dire que mes efforts furent vains et l’analyse nécessaire pour que se déconstruise ce mur, car c’était refuser d’admettre que l’amour échoue à chiffrer le non-rapport sexuel [5]. Contourner, cerner, serrer cet « (a)mur » [6], c’est passer de l’amour au mur, du manque de la castration au « ça ne marche pas », du mur du non-rapport sexuel au mur du langage. Le mur névrotique de la répétition prit la forme d’un acharnement que le fantasme fixait à me faire voir comme objet jeté, corollaire du fait de m’accrocher. Une fois le fantasme traversé, avec la chute de l’objet a, le réel de l’impossible rapport sexuel n’en demeurait pas moins.

C’est à atteindre la haine qui vise au réel, cachée par l’idéal, mais première par rapport à l’amour [7] – haine qui touche « la jouissance de l’Autre » [8] –, que je pus serrer la jouissance Une et, enfin, consentir à l’impossible. Alors, le mur s’évanouit. L’inconsistance de l’Autre s’en déduisit. « Ce qui parle n’a à faire qu’avec la solitude, sur le point du rapport […] [qui] ne peut pas s’écrire » [9]. De la solitude de l’enfermement des murs, j’ai pu accéder à la solitude qui ouvre à une liberté insoupçonnée. Celle qui s’affranchit de la demande, à l’analyste aussi bien.

[1] Poème d’A. Tudal, cité par J. Lacan, in Je parle aux murs, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2011, p. 98.

[2] Lacan J., Le Séminaire, livre XIX, … ou pire, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2011, p. 119.

[3] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. L’Un-tout-seul », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 2 mars 2011, inédit

[4] Développé dans mon premier témoignage et dans les suivants : cf. Béraud A., « L’amur et l’amour », La Cause du désir, n°101, mars 2019, p. 123-128 ; « Le devenir des modes de jouir féminins après l’analyse et la passe » La Cause du désir, n°103, novembre 2019, p. 168-171 ; « Passe et féminin – Du ravage à la solitude », Quarto, n°123, novembre 2019, p. 73-83 ; « La morsure », Quarto, n°123, op. cit., p. 87-90 ; « L’urgence d’y être », Mental, n°40, novembre 2019.

[5] Cf. Fajnwaks F., « L’amour après l’amour », enseignement prononcé dans le cadre de l’École de la Cause freudienne, cours du 22 avril 2020, inédit.

[6] Lacan J., Je parle aux murs, op. cit., p. 103.

[7] Laurent É., « Disruption de la jouissance dans les folies sous transfert », L’Hebdo-Blog, n°133, 15 avril 2018, publication en ligne (www.hebdo-blog.fr).

[8] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Extimité », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 27 novembre 1985, inédit.

[9] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 109.




Quand Lacan parlait aux murs

Ce jour-là Lacan parle en un lieu qui ne lui est pas étranger. Mais, bien qu’étant en présence de nombreux auditeurs, et bien qu’étant écouté, est-il seulement entendu ? Et, lui-même, est-il un simple locuteur d’ailleurs, s’adressant à des allocutaires desquels il reçoit « son propre message sous une forme inversée » [1] ? Enfin ces derniers, enfermés le temps d’une conférence, sont-ils à même de comprendre ce que le grand homme tente de leur transmettre, à savoir la solitude profonde et de structure, intrinsèque à toute parole ?

S’il y a des personnes par contre qu’il ne faut pas chercher à comprendre à tout prix, dans le sens de connecter leurs signifiants à nos propres signifiés, ce sont bien les malades, ceux des hôpitaux psychiatriques, comme Lacan nous le rappelle dans Les Psychoses, indiquant que ce serait là « pur mirage » [2]. Nous devons les écouter, entendre leur parole, leur témoignage, à propos de ce qu’ils entendent par exemple, eux-seuls, souvent après avoir parlé, tout seuls, enfermés qu’ils sont entre quatre murs.

Quatre, comme le nombre de côtés de ce fameux quadripode que Lacan apporte au cours du Séminaire XVII, L’Envers de la psychanalyse, qu’il nomme « discours ». Souvenons-nous : circulent au sein des quatre graphes qu’il propose, quatre termes ($, S1, S2, a), permutant d’un quart de tour à chaque fois, toujours dans le même ordre et dans le même sens, au sein de places qui, elles, restent fixes. Et, puisque chacun d’eux rend compte d’un type de lien social – un rapport donc –, la question essentielle devient celle-ci : où situer dès lors le réel ? Lacan est clair, ce réel détermine cette construction, qui n’a d’ailleurs pas « besoin de murs pour s’écrire » [3]. Cette dernière, en retour – et précisément le discours analytique est celui qui met en lien l’analyste (comme objet a) avec l’analysant (comme $) –, est nécessaire pour approcher ce réel, pour le « repérer [4].

Par ailleurs n’oublions pas que Lacan soutient que l’« essence de la théorie psychanalytique est un discours sans parole » [5], cette dernière impliquant la dimension de l’Autre, antinomique à celle du réel. C’est ce que le « Je parle aux murs » signifie avant tout, comme l’indique J.-A. Miller : « Ni à vous, ni au grand Autre. Je parle tout seul. » [6] Ni à vous, entendons les petites autres ; ni au grand Autre, puisqu’il n’existe pas. Autrement dit, c’est le règne de l’Un-tout-seul, la primauté de l’Un, de l’Un qui, lui, existe – d’où la jaculation Y a d’l’Un que Lacan répète deux années durant et qui fait se rejoindre finalement le signifiant Un (comme asémantique) et la jouissance Une comme auto-érotique (l’« auto-jouissance du corps » [7]). Bref, « Là où ça parle, ça jouit. » [8]

Cet aphorisme Y a d’l’Un, « complète, comme J.-A. Miller nous le rappelle, le ‘‘Il n’y a pas’’ du rapport sexuel, en énonçant ce qu’il y a » [9] ; sans doute en est-il même une conséquence. Cet autre aphorisme, apparu en 1971 [10], nous indique que rien ne peut venir écrire le rapport sexuel (c’est un « effet du réel » [11]) ; et nul mathème non plus de l’absence du rapport sexuel, cette dernière étant « seulement énoncée dans la langue sous la forme : ‘‘Il n’y a pas’’ » [12]. Pour les êtres/corps parlants, il y a un trou dans le savoir qui concerne le sexe ; dit autrement, la « sexualité [fait] trou dans le réel » [13]. Nous avons donc, dans le même temps, irruption/effraction et déchirure/trou.

Seulement ceci ne constitue qu’une avant-dernière étape pour Lacan, où se dégage une « sorte de premier réel » [14]. Le réel, disons, suivant, le réel du nœud, le « réel borroméen, le réel extérieur au symbolique, est, comme le relève J.-A. Miller, la généralisation de ce trou que Lacan a d’abord approché au niveau de la sexualité » [15]. Cette nouvelle approche du réel ne convoque dès lors plus le terme de « rapport », fût-ce à le nier. Comme le dit Lacan, « le stigmate du réel, c’est de se relier à rien » [16]. C’est « un bout, un trognon, […] une pièce détachée » [17].

Ce jour-là, en cette chapelle, Lacan cherche à briser le « mur du langage » [18], celui qu’il évoquait déjà dans les années 50 comme venant empêcher les « rapports authentiquement intersubjectifs » [19] que l’expérience analytique cherche justement à rétablir. En 1971, bien loin de la référence à la dialectique, et alors que cette fonction de la parole authentique est totalement dépréciée, il nous indique que c’est par l’objet a que ce mur, dès lors autrement défini, peut être, en quelque sorte, franchi. En donnant corps à l’objet, en donnant de la voix (« l’a-voix » [20]) par exemple, ce que nous lui connaissons ! Il fait alors résonner l’objet pour tenter de déchirer, de percer un peu le mur ; l’écriture « (a)mur » [21] qu’il apporte alors peut en rendre compte. Nous savons, bien sûr, que cet objet, en place de semblant dans le discours de l’analyste, va ensuite basculer définitivement dans ce registre [22], mais pour l’heure, il conserve un statut réel, et demeure « étranger à la question du sens » [23].

Cette question de la résonance, il en est question cinq ans plus tard dans son Séminaire Le Sinthome, à propos de l’interprétation équivoque lorsqu’il nous dit : « Il faut qu’il y ait quelque chose dans le signifiant qui résonne. » [24] Il n’est plus question de l’objet en tant que tel, mais c’est la jouissance qui reste visée. Laquelle ? Celle dite réelle, première, qui émerge lors de cette expérience inoubliable de percussion par le signifiant (pris comme Un) du corps, où se fixe alors la marque de cet événement de jouissance.

Sans nul doute, en cet hiver 1971, Lacan, donnant corps à la solitude de « l’Un-tout-seul qui parle seul » [25], non sans a-musement, fait événement. C’est certain, ça ne parle à personne, ce n’est qu’incompréhension, énigme et perplexité. Mais justement, n’est-ce pas l’effet recherché ? Et comment faire autrement pour viser, à travers son dire, et l’écho qu’il induit, le réel, d’où s’origine le « confinement de la jouissance à l’Un » [26], le confinement du parlêtre dans son autisme [27].

[1] Lacan J., « Le séminaire sur ‘‘La Lettre volée’’ », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 41.

[2] Lacan J., Le Séminaire, livre III, Les Psychoses, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1981, p. 14.

[3] Lacan J., Je parle aux murs, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2011, p. 106.

[4] Cf. ibid., p. 68-69.

[5] Lacan J., Le Séminaire, livre XVI, D’un Autre à l’autre, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2006, p. 11.

[6] Miller J.-A., in Lacan J., Je parle aux murs, op. cit., 4ème de couverture.

[7] Cf. Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. L’Un-tout-seul », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 30 mars 2011, inédit.

[8] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 104.

[9] Lacan J., Le Séminaire, livre XIX, … ou pire, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2011, quatrième de couverture.

[10] Cf. Lacan J., Le Séminaire, livre XVIII, D’un discours qui ne serait pas du semblant, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2007, p. 166.

[11] Lacan J., Le Séminaire, livre XIX, … ou pire, op. cit., p. 23.

[12] Miller J.-A., in Collectif, La Conversation d’Arcachon. Cas rares : les inclassables de la clinique, Paris, Agalma, 1997, p. 260.

[13] Lacan J., « Préface à L’Éveil du printemps », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 562.

[14] Miller J.-A., « Pièces détachées », La Cause freudienne, n°61, novembre 2005, p. 143.

[15] Ibid., p. 144.

[16] Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le Sinthome, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2005, p. 124.

[17] Miller J.-A., « Pièces détachées », La Cause freudienne, n°60, juin 2005, p. 170-171.

[18] Lacan J., Le Séminaire, livre II, Le Moi dans la théorie de Freud et dans la technique psychanalytique, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1978, p. 288.

[19] Ibid., p. 285.

[20] Lacan J., Le Séminaire, livre XIX, … ou pire, op. cit., p. 150.

[21] Lacan J., Je parle aux murs, op. cit., p. 103.

[22] Cf. Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, op. cit., p. 83-94.

[23] Lacan J., Je parle aux murs, op. cit., p. 93.

[24] Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le Sinthome, op. cit. p. 17.

[25] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. L’Un-tout-seul », op. cit., cours du 4 mai 2011.

[26] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. La fuite du sens », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 21 février 1996, inédit.

[27] Cf. Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Ce qui fait insigne », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 4 mars 1987, inédit.




Résonances

Lors de « Question d’École », j’ai parlé d’un rêve qui avait fait suite à mon premier témoignage d’AE, rêve dans lequel j’étais sur un vélo qui prenait de la vitesse et j’avais peine à freiner, en contre bas il y avait un mur sur lequel je risquais de me cogner. Éric Laurent a fait valoir que ce mur renvoyait au mur du langage, donc mur à franchir au-delà du corps imaginaire pris entre inhibition et angoisse. Jacques-Alain Miller fait du parlêtre, l’(a)mur qui permet de « percer […] le mur du langage » [1] : « C’est un effort continué que de rester au plus près de l’expérience pour la dire, sans s’écraser sur le mur du langage. Pour nous aider à le franchir, ce mur, il nous faut un (a)mur, j’entends un mot agalmatique qui perce ce mur. Et ce mot, je le trouve dans le parlêtre » [2]. Ce signifiant noue en effet l’objet a, la parole et l’être. L’expression « le mur du langage » [3] se trouve dans le Séminaire II de Lacan. En 1972, il s’adresse aux internes en psychiatrie dans la chapelle de Sainte-Anne dont les murs sont convoqués comme « entourant un vide » qui permet de faire « résonance » aux dits. Et Lacan ajoute : « Supposez que la caverne de Platon, ce soit ces murs où se fait entendre ma voix. […] supposez que Platon ait été structuraliste, il se serait aperçu de ce qu’il en est vraiment de la caverne, à savoir que c’est sans doute là qu’est né le langage. […] Il y a longtemps que l’homme vagit comme n’importe lequel des petits animaux piaillant pour avoir le lait maternel, […] dans le babillage, le bafouillage tout se produit. Pour choisir, il a dû s’apercevoir que les k, ça résonne mieux du fond […] de la caverne, du dernier mur, et que les b et les p, ça jaillit mieux à l’entrée, c’est là qu’il en a entendu la résonance » [4]. J’ai pu récemment entendre l’effort d’un enfant de quinze mois faire résonner « mamapapa », dans sa lalangue qui ne différencie pas encore maman de papa, en effet dans les soins suite au confinement papa fait la maman, et inversement !

Dans sa conférence aux États-Unis en 1974 Lacan dit ceci : « L’inconscient, nous imaginons que c’est quelque chose comme un instinct, mais ce n’est pas vrai. […] la façon dont nous réagissons est liée non pas à un instinct, mais à un certain savoir véhiculé non pas tant par des mots que par ce que j’appelle des signifiants […], c’est ce qui prête à équivoque. L’interprétation doit toujours – chez l’analyste – tenir compte de ceci que, dans ce qui est dit, il y a le sonore, et que ce sonore doit consonner avec ce qu’il en est de l’inconscient » [5]. J’en ai eu récemment un aperçu lors d’une séance avec une patiente qui a souhaité poursuivre ses séances par visioconférence. Elle est photographe et enseigne la méditation, elle me raconte un rêve dans lequel elle se voit avec Depardieu mais sa langue fourche et elle dit « Deperdieu », je fais résonner et elle entend « deux paires d’yeux », ce deux paires d’yeux qui, du fait de ce dispositif numérique, se regardent, mobilisant l’axe imaginaire. Il faudra, dès la fin du confinement, ramener la présence des corps pour cette patiente, qui a été regardée bizarrement par une mère mélancolique et sévèrement par son père. Dans ce laps, il y a aussi la perte, « le dieur – le dire » [6], auquel elle s’astreint pour régler son monde. Si de l’objet a regard elle tend à faire sinthome dans sa pratique de photographe, la méditation apaise les colères qui la submergent avec son enfant. En tant qu’analyste, l’(a)mur, que j’ai trouvé pour rester au plus près de l’expérience dans ce temps de confinement, est celui de la « résonance ».

[1] Miller J.-A., « L’inconscient et le corps parlant », La Cause du désir, n°88, octobre 2014, p. 105.

[2] Ibid., p. 109.

[3] Lacan J., Le Séminaire, livre II, Le Moi dans la théorie de Freud et dans la technique psychanalytique, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1978, p. 288

[4] Lacan J., Je parle aux murs, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2011, p. 89.

[5] Lacan J., « Conférences et entretiens dans des universités nord-américaines. Columbia University. Auditorium School of International Affairs. 1er décembre 1975 », Scilicet, n°6/7, 1976, p. 50.

[6] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 44.