Éditorial : Le rêve au temps du coronavirus

Nous n’allons pas nous arrêter de rêver. L’inconscient, cet infatigable travailleur, va continuer son travail d’interprétation. Car de Freud à Lacan le statut de l’interprétation change et c’est le rêve qui en témoigne le mieux. Du rêve à interpréter au rêve interprète, de l’élaboration, de la construction d’un sens nouveau au rêve à lire, à entendre dans sa matérialité il y a un chemin qui nous mène au tout dernier Lacan. Le rêve est au début de la psychanalyse histoire, en tant qu’il ne tient son existence que dans les signifiants qui le composent et qui n’appartiennent qu’au rêveur, puis il devient lecture, le rêve se lit parce qu’il est écriture. Ainsi il y a des couleurs de rêve qui ne dépendent pas du rêve lui-même, mais du rêveur, de la façon dont il va vivre, raconter son rêve, le signifiantiser.

Est-ce que le réel que nous vivons va colorer nos rêves ? Est-ce que la confrontation à un non-savoir radical comme celui qui se dresse devant nous avec l’épidémie du coronavirus, va changer la couleur de nos rêves ? Bien sûr. Nos rêves seront toujours effet de vérité et index du réel[1]. À ce titre, ils interprèteront la jouissance insue du moment présent.

En faisant un numéro sur le rêve, là, maintenant, l’équipe de L’Hebdo-blog, par la voix de sa directrice, Omaïra Meseguer, ouvre sur cet invariant de la psychanalyse : le rêve est la voie royale de l’inconscient et offre une perspective pour saisir ce qui se vit de ce que le sujet n’a pas encore saisi de son rapport à cet instant inédit, in-et-dit. À l’intérieur et à dire.

Je suis en train d’écrire ces lignes et un communiqué du conseil de l’AMP tombe : le congrès de l’AMP est reporté du 14 au 18 décembre 2020. C’est une immense joie de savoir qu’il aura lieu car il a déjà essaimé son formidable thème et ses conséquences sur toute la planète psychanalyse.

Nous serons là pour promouvoir et soutenir ce que la psychanalyse a de plus subversif : le rêve, son interprétation et son usage dans la cure lacanienne. Nous nous retrouverons tous ensemble pour rêver, non pas d’un rêve qui endort, mais un rêve qui tient toujours sur la brèche le fil du désir.

« Comment faire pour enseigner ce qui ne s’enseigne pas ? Voilà ce dans quoi Freud a cheminé. Il a considéré que rien n’est que rêve, et que tout le monde (si l’on peut dire une pareille expression), tout le monde est fou, c’est-à-dire délirant.[2] » On s’éveille de le savoir, ça-voir. Voilà le pari de cet Hebdo-blog si riche, rêver un peu, rêver du réveil même qui fait l’étoffe du rêve. Et puis soyons fou comme le propose Lacan, malgré le moment présent, partons sur les chemins du rêve.

Rêver, dans ce moment, c’est déjà un beau programme, non ?

[1] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. L’Un-tout-seul », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, leçon du 25 mai 2011, inédit.

[2] Lacan J., « Lacan pour Vincennes », Ornicar ?, n°17-18, printemps 1979, p. 278.




Rien de plus concret que le rêve

L’Hebdo-Blog : On a du rêve l’image de quelque chose de nébuleux, mystérieux, flou, tel que l’extension du signifiant « onirique » le fait entendre, mais dans votre texte « Rien de plus concret que le rêve, son usage, son interprétation » [1], vous dites que c’est ce que nous avons de plus « concret », quelle surprise ! En quoi le rêve est-il concret ?

Christiane Alberti : Dans l’expérience, le rêve s’appréhende d’abord comme évanescent, flou, ineffable, ce qui nous file entre les doigts, dès lors qu’au réveil un abîme se creuse entre le souvenir des images et des sensations du rêve et ce que l’on tente d’en restituer. À l’opposé de cela, le récit du rêve le rend concret. Notre parole nous extrait des limbes. C’est au temps même du récit que le rêve se réalise comme tel, en pleine lumière, comme texte. Il ne s’agit pas d’un message déjà-là qu’il suffirait de rapporter. Le rêve n’existe qu’en tant que récit. L’inconscient s’attrape toujours au ras du discours, à la surface. D’où l’importance accordée par Freud, dans son invention, à la parole du rêveur. Le récit du rêve, en ce sens, vient donc très exactement à la place de l’introspection. Il n’est pas ce que nous avons de plus intime mais ce que nous avons de plus concret.

C’est en référence au concret chez Lacan que le rêve m’a semblé exemplaire. C’est une notion que l’on trouve dès ses premiers écrits sur la psychose, en particulier dans son analyse du cas Aimée [2], où le concret renvoie au texte « en première personne » : les phénomènes cliniques y sont traités à partir de la position d’énonciation de la patiente, soit « en première personne », de manière à pouvoir isoler des « significations concrètes » qui ne valent que pour un sujet.

Je dois vous dire aussi que je me suis intéressée à cette notion du concret [3] tant la formule de Lacan « le langage concret […] que parlent les gens » [4] m’avait plu et intriguée à la fois. Il s’agit d’une mention beaucoup plus tardive, dans la conférence que Lacan avait donnée à Baltimore. Par cette formulation saisissante, Lacan fait saisir la notion d’un inconscient pris aux mots, non pas le sens des mots mais « les mots dans leur chair ». C’est sa manière d’affirmer encore et encore : il n’y a pas de métalangage.

Alors même que tout, dans le rêve, appelle l’interprétation, que l’inconscient a déjà, par le rêve, procédé par interprétation, et qu’il est désir d’interprétation, une autre dimension limite l’appel au sens, au déchiffrage infini : c’est la matière concrète du rêve, sa matière sonore, qui s’oppose à l’empire du sens. La matière de lalangue de chacun, sans destinataire, sans aucune attribution. Dans le fond, comme le dit René Char, « seules les traces font rêver » [5].

L’H.-B. : Partons de l’expérience du rêve dans la cure, ce qui vous intéresse, dites-vous, est l’endroit où la mémoire du rêveur défaille car il y a là un indice à préserver. Pourrait-on parler d’une sorte d’indice du sujet qu’il s’agirait d’intégrer au texte même du rêve ?

C.A. : En effet ce sont tous les points d’achoppement du récit, les défaillances de la mémoire, qu’il s’agit d’intégrer au texte même du rêve. C’est une remarque de Freud qui nous met sur la voie. Dans le chapitre VII de sa Traumdeutung, il souligne qu’il n’y a et qu’il n’y aura jamais aucune garantie quant à la correspondance entre le rêve et le récit. Freud observe que nos souvenirs du rêve sont toujours mutilés, que les lacunes du récit sont nombreuses. Bref, qu’il y a une indéniable perte entre le rêve et son récit. À cet endroit, Freud nous fait part d’un petit procédé qu’il a mis au point. Lorsqu’un patient répète le récit d’un rêve, il est rare, note-t-il, qu’il le fasse dans les mêmes termes. Les passages autrement exprimés sont pour lui les points faibles qui peuvent trahir le rêve. Et Freud d’indiquer qu’il s’en sert comme d’une indication aussi sûre que le signe brodé sur la tunique de Siegfried. « C’est à cet endroit-là que l’interprétation du rêve peut s’engager » [6]. Le doute, loin d’être un obstacle, est au contraire ici utilisé comme « signal » qu’il y a lieu de suivre car on peut « identifier en lui un rejeton, en ligne assez directe, de l’une des pensées du rêve vouées à la proscription » [7]. On comprend dès lors pourquoi le colophon du doute fait partie du texte du rêve. À ce titre le doute, constitue un point d’appui dans le procès du savoir.

Là où le rêveur doute, là où je doute, je suis assuré qu’une pensée inconsciente soit là, « toute seule de tout son je suis » [8]. C’est à cette place que Freud fait appel au « je pense » par où va se révéler le sujet. C’est donc un signal, un surgissement qu’il ne faut pas se hâter de figer, de récupérer dans un sens. Il pointe, indique, montre. L’espace d’un instant, comme signal de l’inconscient. Just so.

L’H.-B. : Le rêve est l’expérience de la « production d’un sujet » [9], dites-vous. C’est très intéressant parce que ça rend la fonction du rêve trans-structurale. Pourrions-nous dire que si le rêve est la voie royale pour tenter de cerner ce point le plus intime du sujet dans la névrose, il est, dans la psychose, une tentative de chiffrer et donc de voiler ce que Lacan nomme dans le Séminaire X « cet hôte inconnu qui apparaît de façon inopinée » [10] ?

C.A. : L’expérience du rêve nous conduit sans cesse à un dépaysement, à un éloignement, à une dissociation d’avec son moi, d’avec son monde. On se voit par exemple dans le rêve à une autre place, à toutes les places aussi bien.

« Production d’un sujet » donc au sens où c’est la production de personne, ce n’est pas la production du rêveur. C’est plutôt à considérer au sens où un sujet en est l’effet : un sujet, ponctuel et évanouissant, en tant que divisé de l’inconscient mais aussi bien divisé de la jouissance en est produit. Autrement dit, l’interprétation du rêve détermine un sujet au sens où il ne s’agit pas d’établir un contenu entre le contenu du rêve et ce que l’on sait d’une personne mais de tirer au clair « l’inconscient dont vous êtes sujet » [11], selon la formule de Lacan dans « Télévision ».

C’était quand même un renversement éthique inouï que d’avoir eu le cran d’interroger, comme l’a fait Freud, la responsabilité du rêveur à l’endroit de ses rêves. Le rêve est à rapporter à un sujet, non pas à un assujetti mais à un étant, responsable de sa position dans l’existence, un sujet qui s’assure du vrai à partir de son propre savoir. Cette conception éthique est en effet trans-structurale.

S’agissant du rêve dans la psychose, en lien avec cet abord du caractère concret du rêve, votre question m’a d’emblée évoqué l’orientation que Jacques-Alain Miller nous a donné quant à la psychose qui, dit-il, « ici comme ailleurs, met la structure à nu » [12]. Le rêve, à cet égard, est là pour manifester l’état originaire du sujet dans le rapport à sa lalangue. À considérer la psychose comme table d’orientation, le rêve est bien ce texte qui joue des rapports de la parole et de l’écriture, du son et du sens, sans qu’aucune traduction, ni aucun point de capiton n’en vienne à bout mais reconduise le sujet au ras de la structure.

L’H.-B. : Qu’est-ce qui permet, selon vous, d’éveiller un intérêt du « néophyte » – quant à la psychanalyse – pour ses rêves en début de cure, lesquels restent la voie royale pour accéder à l’inconscient ?

C.A. : C’est l’expérience même de la parole en analyse qui éveille le goût pour ses propres rêves. Il me vient justement l’exemple d’un sujet dont l’engagement dans une analyse n’était pas encore assuré, qui vient à sa séance avec un rêve. Le récit très condensé met en scène son ami actuel et son père décédé il y a fort longtemps alors qu’elle était tout jeune enfant : ils parlent ensemble. Premier commentaire à la suite du récit du rêve : « Comme c’est réaliste ! ».

Oui, il s’agit bien de réalité concrète, la réalité sexuelle de l’inconscient. À l’évidence, cette expérience a ouvert pour elle la dimension d’un savoir que l’on sait sans savoir qu’on le sait, elle a éveillé un penchant nouveau et au-delà, elle a inauguré un transfert à la psychanalyse comme expérience.

[1] Alberti C., « Rien de plus concret que le rêve, son usage, son interprétation », texte d’orientation au XIIe congrès de l’AMP « Le rêve. Son interprétation et son usage dans la cure lacanienne », 2020, disponible en ligne sur le site du congrès : https://congresoamp2020.com/fr/articulos.php?sec=el-tema&sub=textos-de-orientacion&file=el-tema/textos-de-orientacion/20-02-07_rien-de-plus-concret-que-le-reve.html

[2] Cf. Lacan J., De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité, Paris, Seuil, 1975.

[3] Cf. Alberti C., « La langue concrète que parle l’inconscient », Ornicar ?, n°53, novembre 2019, p. 145-160.

[4] Lacan J., « De la structure comme immixtion d’une altérité préalable à un sujet quelconque », La Cause du désir, n°94, octobre 2016, p. 9.

[5] Cf. Char R., La Parole en archipel, Paris, Gallimard, 1962.

[6]Cf. Freud S., L’Interprétation du rêve, Paris, Seuil, 2010, p. 558.

[7] Ibid.

[8] Lacan J, Le Séminaire, livre XI, Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 36.

[9] Alberti C., « Rien de plus concret que le rêve, son usage, son interprétation », op. cit.

[10] Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’Angoisse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2004, p. 91.

[11] Lacan J., « Télévision », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 543.

[12] Miller J.-A., « L’interprétation à l’envers », La Cause freudienne, n°32, février 1996, p. 12.




Travail de rêve

Si le rêve, parmi toutes les formations de l’inconscient, occupe une place particulière pour la psychanalyse, ce n’est sans doute pas seulement parce que Freud en a fait la voie royale d’accès à l’inconscient. Pour l’analysant, il est aussi le lieu et l’occasion de plus d’un paradoxe.

Alors que L’Interprétation des rêves a permis de rompre avec toute idée de clé des songes, dans ma cure j’attendais souvent la survenue d’un rêve dans l’espoir qu’il soit en lui-même la clé qui me donnerait accès à un savoir nouveau. Le rêve revêtait donc une touche d’agalma d’être, lui, supposé savoir… quelque chose que, moi, j’ignorais. Pour que le rêve me parle, il fallait donc que je le parle à mon tour, le dise en séance, l’adresse à l’analyste. C’est en entrant ainsi dans le circuit de la parole par ces différents tours de dits que le message, m’en revenant de l’Autre, pourrait peut-être m’en devenir déchiffrable… Ma propre tension vers le sens, qui accordait au rêve un « vouloir dire », me faisait oublier qu’en tant que tel il ne sert à aucune communication [1]. Oubli nécessaire sans doute dans un premier temps, mais pas suffisant.

En poussant un peu les choses, la distinction freudienne du contenu manifeste et du contenu latent pourrait finalement s’étendre à toute parole analysante, faisant de l’ensemble de celle-ci le déroulé au fil de la cure du texte d’un très long rêve ! À cet égard, la fin de l’analyse ne pourrait-elle pas sonner aussi comme un moment de réveil ?

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer un rêve, fait vers la fin de ma cure, même s’il n’en est pas le dernier. Comme Éric Laurent l’a fait remarquer lors de la journée « Question d’École » [2], ce rêve se présentait comme plutôt foisonnant d’éléments hétéroclites, s’approchant de la description d’Edward Glover d’un monde tenant « à la fois d’une boucherie, de toilettes publiques sous un bombardement et d’une morgue [3] » ! Cela contrastait avec ce que j’en avais finalement retenu, peu de choses en fin de compte, l’insistance d’un son et d’une lettre qui s’entendait dans certains des signifiants du rêve ou des associations qu’il avait produites. Même si ce rêve, comme tout texte, se prêtait aussi à l’interprétation signifiante pour son déchiffrage, je n’en fis pas cet usage pour la révélation d’une vérité inconsciente. Mais il me permit de saisir en revanche que le travail du rêve était fondamentalement chiffrage. Tout ce cortège, un peu baroque du texte du rêve, était l’habillage produit par le travail du rêve qui dans son fond poursuivait, comme toujours, le chiffrage de la jouissance hors sens qui en constituait l’ombilic. Jusqu’à cerner la lettre et le son qui y insistait, socle minimal encore dicible qui témoignait de cet effort. Alors, une fois isolé ce reste, sans espoir qu’il puisse jamais s’évanouir, la trouvaille d’un signifiant nouveau, « vivre », qui permettait à la fois de l’enserrer et d’en faire un nouvel usage, a été ma façon de me faire responsable du rêve. De même que l’engagement dans la passe peut être une façon de se faire responsable de son analyse.

[1] Cf. Freud S., « Quelques additifs à l’ensemble de l’interprétation des rêves », Résultats, idées, problèmes, t. II, Paris, PUF, 1985, p. 141.

[2] Cf. Laurent É., intervention lors de la journée « Question d’École » du 1er février 2020, inédit.

[3] Glover E., « La relation de la formation perverse au développement du sens de la réalité », Ornicar ?, n°43, hiver 1987-1988, p. 23.




Le cauchemar de l’enfant ou l’urgence de la vie

Dans son Séminaire X, L’Angoisse, Lacan pose l’expérience du cauchemar comme une « expérience toujours actuelle » [1]. Disons qu’elle constitue toujours une actualité absolue, comme l’urgence même de la vie, Not des Lebens, surtout chez l’enfant. Elle apparaît en effet le plus souvent comme enjeu de vie et de mort. Nous définirions volontiers le cauchemar comme une expérience où le parlêtre se heurte au « mur de la structure » et où « il n’y prend part qu’à ses dépens, dépens de vie ou bien de mort, c’est secondaire ; dépens de jouissance, voilà le primaire » [2]. L’angoisse se présente en effet dans le cauchemar comme mise à l’épreuve du « fait d’exister comme corps » [3] face à une jouissance obscure, sans nom et hors sens.

Ce point nous paraît être central dans la fonction du cauchemar : affronter, dans la prise de corps qui s’y effectue, ce réel qu’est l’irruption d’une jouissance qui « correspond à une libido détournée de sa destination et qui ne trouve pas d’emploi » [4].

C’est ainsi que peuvent s’accueillir ces cauchemars « typiques » de la petite enfance que sont la peur du noir ou la peur du loup. Soudain, dans la paix de la nuit, se fait entendre un appel angoissé de l’enfant, ou bien le voici qui déjà se précipite vers le lit des parents, ou de la mère, ou du père. Que se passe-t-il ? « J’ai peur du noir », « j’ai peur du loup » dit l’enfant. N’est-il pas surprenant qu’il vienne ainsi se jeter dans la gueule du loup qu’est le désir du père et/ou de la mère, dans le trou noir que constitue le lit conjugal ? Ne voyons-nous pas là l’enfant tenter une substitution ? Au poids insoutenable de la jouissance obscure qui est venue peser sur lui, qui est venue se nouer à son corps, substituer l’angoisse que constitue le désir de l’Autre, énigmatique derrière la demande et l’amour des parents ?

Le travail du cauchemar, au sens freudien, est ici à situer dans l’interprétation en termes de désir, par la voie de la représentation imaginaire et signifiante, de l’irreprésentable de la jouissance de vivre pour l’être vivant qui parle. Alors il tombe sans fin dans le trou noir de la signifiance, fonce à toute allure, les yeux fermés, dans le mur du langage, est emporté par la vague qui déferle, etc.

Réveil ou pas

Et soudain, le réveil survient et avec lui un mot, c’est-à-dire un nom et son pouvoir non seulement de signifiance mais en premier lieu de signe d’appel à l’Autre, dont il est la nomination même : « le noir », « le loup » « le trou », « le mur » – signifiant qui va désormais vivre sa vie propre, au gré de son « motérialisme » [5].

Le cauchemar travaille ici dans cette zone où se nouent la trouvaille signifiante, les pulsions partielles et le corps de l’enfant pris comme objet plus-de-jouir.

Cette approche du cauchemar comme indiquant un point frontière rencontré dans l’économie du désir soumise aux exigences d’une jouissance nouvelle ne dit pas le tout de cette expérience. Elle recueille sa fonction de self help, d’auto-traitement. Mais elle ne dit pas ce qui excède dans l’expérience même du cauchemar, et que nous pouvons indexer du terme « d’irréversible ».

Là sont à inscrire les cas où le rêveur ne se réveille pas de son cauchemar, cas qui nous alertent : il est englouti par la vague, écrasé par le roc ou sur le mur, dévoré par la bête.

La question que nous nous posons alors est la suivante : est-ce là abandon à une volonté de jouissance inscrite dans l’Autre ou admission de l’irréversible de la castration ?

Nous inclinons à penser qu’ici se découvre une autre fonction possible du cauchemar : prendre en charge la dimension contingente et irréversible qui constitue le cœur de tout événement. En effet, c’est dans le cauchemar lui-même que l’événement a lieu comme irréversible, nulle prothèse possible pour parer à la perte pure. Le cauchemar comme solution quand il n’y a plus de solution !

Concluons : le cauchemar, comme le rêve, est chiffrage de l’événement de jouissance, mais là, il se porte de façon plus aiguë au point où rien ni personne en peut rendre compte de l’absolue contingence cet événement [6]. Alors, ça réveille, ou pas.

[1] Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’Angoisse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2004, p. 75.

[2] Lacan J., « Radiophonie », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 434.

[3] Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’Angoisse, op. cit., p. 74.

[4] Freud S., L’Interprétation du rêve, Paris, Seuil, 2010, p. 147.

[5] Lacan J., « Conférence à Genève sur le symptôme », La Cause du désir, n°95, avril 2017, p. 13.

[6] Ce mot de conclusion prend appui sur la leçon du 23 novembre 1973 du Séminaire de Lacan « Les non-dupes errent » (Lacan J., Le Séminaire, livre XXI, « Les non-dupes errent », leçon du 23 novembre 1973, inédit).




Entre cuir et chair

Dans son Séminaire L’Éthique de la psychanalyse, Lacan reprend la construction freudienne de l’appareil psychique gouverné par l’opposition entre le principe du plaisir et le principe de réalité pour l’aborder du côté de l’expérience proprement éthique. Se faisant, il rend hommage à la découverte freudienne : l’être humain, parlant, n’est pas adapté au bonheur.

Lacan relève que Freud prend son départ d’un système orienté vers le leurre et l’erreur, système capable  de faire halluciner la satisfaction d’un besoin plutôt que de le satisfaire. Il adjoint à ce système de leurre, un appareil qui s’y oppose pour y introduire une instance de réalité.

Lacan souligne que le principe de réalité doit son efficace non à une simple instance de contrôle, mais au mode par lequel il opère : tâtonnements, rectification, détour, précaution, retouche, retenue, correction, compensation, opposition, … soit à ce qui paraît être la pente fondamentale de l’appareil psychique.

Le conflit est à la base et Freud cherche comment l’appareil supportant les processus secondaires peut contourner le déchaînement de catastrophes qu’entraîne fatalement le libre fonctionnement de l’appareil du plaisir. Qu’est-ce qui justifie cette opposition, s’interroge Lacan, si ce n’est la présence de quantités immaîtrisables de libido, pulsion ou jouissance – rencontrées par Freud dans sa pratique et qui, à l’occasion, font une percée au-delà du principe de plaisir ? Un hiatus entre deux instances apparaît pour Freud, que Lacan situera entre savoir et jouissance.

Le savoir dont il s’agit est celui de l’inconscient aux prises avec le tâtonnement dans l’épreuve de rectification, ses essais et ses erreurs. Puisque toute pensée s’exerce par des voies inconscientes, elles ne sont accessibles à la conscience que par les mouvements articulés de la parole. La structure signifiante s’interpose entre la perception et la conscience et c’est là qu’intervient l’inconscient structuré comme un langage, entre cuir et chair [1].

Certains sujets se plaignent de ne pas pouvoir faire le tri, d’être envahis par des pensées, les mots des autres, d’être poreux, perméables à tout… autant de formulations indiquant que la fonction de filtre entre soi et le monde n’opère pas. Quelque chose trie et tamise dit encore Lacan. «  L’homme a affaire à des morceaux choisis de réalité » [2]. C’est à cet endroit qu’en tant que formation de l’inconscient l’on peut également situer le rêve, entre cuir et chair.

À l’instar d’un symptôme, il est un Janus fonctionnant comme un compromis entre deux désirs, celui de dormir et la réalisation du désir.  Mais surtout, le rêve ménage à l’inconscient pulsionnel une porte de secours, en favorisant la régression hallucinatoire il lui permet de déverser son excitation sans risque (puisque l’on dort, pas de passage à l’acte !) et d’autre part, grâce au travail qui s’opère sur les pensées inconscientes par les lois de la condensation et du déplacement, de la métaphore et de la métonymie, il instaure entre perception et conscience, entre cuir et chair la fonction de tamis propre à l’inconscient structuré comme un langage. Le rêve tel un rébus figure bien la fonction de tampon qu’il peut exercer entre le sujet et le monde extérieur ou celui, plus intime, des pulsions.

Au-delà du principe de plaisir

Si le rêve évite en les régulant « les déchaînements de catastrophes qu’entraînerait fatalement le libre fonctionnement de l’appareil du plaisir », du même coup, il laisse apercevoir la face mortifère de la pulsion.

Lacan, dans son Séminaire L’Éthique, relevait qu’un hiatus entre le principe de plaisir et le principe de réalité était apparu à Freud ; dans Je parle aux murs[3], il notera que ce qui est surtout apparu à Freud, c’est que le principe de plaisir n’a rien à voir avec l’hédonisme, il est même plutôt principe du déplaisir.

Le rêve comme voix royale menant à l’inconscient peut s’avérer être une fenêtre ouverte sur le réel de la pulsion de mort, un aperçu auquel peut conduire une analyse menée jusqu’à son terme.

[1] Lacan J., Le Séminaire, livre VII, L’Éthique de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1986, p. 64 et 75.

[2] Ibid., p. 59.

[3] Lacan J., Je parle aux murs, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2011.




« Le rêve dans la psychose »

Le titre sous lequel j’interviens, présente deux termes de registres fort différents. Le second, relève de la clinique : « seulement voilà : elle est d’avant le discours analytique » [1], affirme Lacan en 1973. « Le rêve » ici convoqué, c’est autre chose : il implique l’expérience d’une psychanalyse, celle qu’on décide d’entreprendre… ou qu’on n’entreprend pas. La perspective change. Il ne s’agit plus de privilégier le savoir-faire acquis auprès de patients psychotiques – ne pas interpréter les rêves, ne pas trop vouloir « réveiller » un patient psychotique, etc. – autant d’affirmations avancées au nom de la sagesse du clinicien averti. Mais que puis-je dire à partir du résultat, inouï, de ma propre expérience du rêve… en tant qu’analysant ?

Allons pas à pas. Celui qui interprète un rêve, ce n’est pas l’analyste, c’est l’analysant – l’analysant-interprétant. Son interprétation se modifie dans le cours de l’analyse. La modification concerne le point d’où la lecture du rêve est commise par l’analysant. Appliquer la règle fondamentale de l’association libre, c’est miser sur le déterminisme qu’implique la foi dans la structure de l’hypothèse de l’inconscient. S’isolent, ainsi, les signifiants-maîtres qui ont prévalu, tant dans leur versant-idéal, que dans les effets de joui-sens qu’ils produisent en contrebande, sous couvert de civilisation langagière. La règle fondamentale permet ainsi de passer d’un Autre à a [2]. Mais elle débouche sur un constat : quelque chose s’itère dans le symptôme, malgré l’interprétation la plus rigoureuse, commise à partir de l’objet pulsionnel. Le désir d’interprétation s’avère dès lors relever lui-même d’un « louche refus » concernant un réel, toujours déjà rencontré avec le corps. Comment poursuivre ? Comment vouloir lire un rêve… sans plus pouvoir l’interpréter ? Tel devient l’enjeu vers la fin de l’analyse.

Si le passage de A à a conserve une foi dans la structure ; foi qui s’origine d’un appui pris sur le « il y a » éprouvé, hors structure. La bascule, elle, est une affaire d’heur : pas de garantie, à l’entrée de l’expérience, que l’urgence soit satisfaite. Mais c’est aussi et avant tout une question de goût : combien de décennies – et quelle constance, éthique – a-t-il fallu à Lacan, à titre de psychanalysant, pour prendre le risque de décaler d’un cran, à la fin de son enseignement, ce que fut sa propre foi dans la structure ?

Amour et haine s’adressent à l’être, cette folie que nous tenons du langage [3] ; le goût dont il s’agit dés-espère la supposition d’être. Faisant vibrer l’existence d’un éprouvé hors détermination. Sans doute un tel goût s’éveille-t-il dans l’expérience de l’analyse. Il ne s’acquiert en aucun cas. De lui, dépend la nature du partenariat que cet analysant choisira (ou non) ensuite, auprès d’un sujet s’adressant à lui – le patient fût-il psychotique. Heur et goût échappent à tout cursus universitaire : ils sont deux exilés de la classe, si chère au clinicien.

Tentons de conclure. Il y a l’analysant-interprétant de tel rêve et non pas de tel autre, à tel moment de l’expérience et non pas à tel autre. Et il se peut qu’il y ait du partenaire analyste : lecteur « pas-interprétant ». Coupure, scansion, reprise « à la lettre » de tel dit de l’analysant (et non pas de tel autre dit), geste sans parole : autant de variations dés-interprétantes du rêve exposé, donnant chance à la trouvaille sinthomatique ; et donnant du souffle à l’existence ; tout au moins, ne l’asphyxiant pas. Elles impliquent, à chaque fois, le corps et l’acte de l’analyste. Elles convoquent le goût d’où l’on se risque – affamant le sens, pour ne pas diffamer la marque. La clinique, dès lors, il s’agit de ne pas s’en passer, à la condition de ne pas s’en servir.

[1] Lacan J., « Introduction à l’édition allemande d’un premier volume des Écrits », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 556.

[2] Cf. Lacan J., Le Séminaire, livre XVI, D’un Autre à l’autre, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2006.

[3] Cf. Lacan J., « Conférences et entretiens dans des universités nord-américaines. Columbia University. 1er décembre 1975 », Scilicet, n°6/7, 1976, p. 49.




Le « trousceau » de clefs du rêve

I.

C’est celui qui rêve qui y est. Avec L’Interprétation des rêves parue en 1900, Freud marque une rupture avec la façon que nous avions de considérer les rêves. Freud donne au rêve un statut de production psychique qui a une signification de plein droit. Que les rêves aient un sens n’a rien de nouveau. C’est le lieu du sens qui, avec Freud, fait la différence. Avant lui, on cherchait le sens ailleurs que dans la vie du rêveur. Une clef des songes, fixe, constante, servait dans l’antiquité à décrypter ce que le rêve véhiculait comme message (oraculaire, prophétique, visionnaire). S’il y avait la reconnaissance d’un vouloir dire du rêve, le sens ultime se rattachait à quelque chose qui échappait au rêveur. Du côté du divin, du côté d’un symbolisme culturel (sept vaches maigres, sept vaches grasses [1]), le sens se trouvait en dehors du sujet lui-même.

C’est celui qui rêve qui y est, par ce pas freudien la clef de la production psychique – le rêve – est remise au sujet qui en fait le récit. Le rêve appartient à celui qui rêve. À cette conception du rêve correspond un usage, une pratique analytique : « la technique […] charge du travail d’interprétation le rêveur lui-même. Elle tient compte de ce que tel élément du rêve suggère non pas à l’interprète mais au rêveur »[2], « l’interprète d’un rêve ne devrait pas donner libre cours à sa propre spontanéité et négliger les associations que donne le rêveur »[3]. C’est par les associations libres du rêveur que l’on peut découvrir le sens qui s’y cache. Le sens circule dans les dires même du rêveur. Le rêve, dont le sens ultime est un sens sexuel inconscient, devient la voie royale d’accès à l’inconscient.

Inviter les analysants à associer à partir d’un mot, d’un détail, « morceau par morceau »[4] reste un usage toujours d’actualité.

Si avec Freud la clef n’est plus de songe, elle reste œdipienne – sceau qui distingue l’usage freudien des rêves.

II.

Avec son retour à Freud, Lacan remet la clef au signifiant. Héritier de la voie ouverte par Freud, il souligne la valeur de phrase du rêve et en distingue le fonctionnement signifiant. C’est L’Interprétation des rêves revisitée par la linguistique et le structuralisme. Un rêve est une production langagière, ça se lit, ça veut dire quelque chose pour celui qui rêve : « Qu’on reprenne donc l’œuvre de Freud à la Traumdeutung pour s’y rappeler que le rêve a la structure d’une phrase, ou plutôt, à nous en tenir à sa lettre, d’un rébus, c’est-à-dire d’une écriture »[5].

Si avec Freud l’analysant rêve et l’analyste interprète, après Lacan l’analysant rêve et son rêve l’interprète. C’est le rêve qui interprète le rêveur. Le rêve est son interprétation, il est toujours déjà une interprétation : « L’interprétation de l’analyste ne fait que recouvrir le fait que l’inconscient – s’il est ce que je dis, à savoir jeu du signifiant – a déjà dans ses formations – rêve, lapsus, mot d’esprit ou symptôme – procédé par interprétation »[6].

Borges figure cela ainsi : « Dans les rêves […] , les images représentent les impressions que nous imaginons qu’elles provoquent. Nous n’éprouvons pas d’horreur parce qu’un sphinx nous oppresse, mais nous voyons en rêve un sphinx pour expliquer l’horreur que nous éprouvons »[7]. Le rêve donne un sens, interprète.

C’est celui qui rêve qui y est, cela veut dire avec Lacan que ce n’est pas l’analyste qui sait à la place du sujet. S’il est supposé savoir le sens du rêve, au fond il sait qu’il ne sait pas.

L’analyste n’est pas là pour substituer au récit du rêveur, son récit à lui, depuis une position qui serait alors métalinguistique, méta-interprétative. Il n’y a pas d’Autre de l’Autre. Il s’agit plutôt de pointer l’interprétation déjà à l’œuvre dans le rêve lui-même.

Ce « celui qui rêve qui y est » va de pair avec « vous l’avez rêvé » ! Il s’agit moins d’inviter à associer que de citer, ponctuer – de se positionner de manière à ce que l’analysant reçoive du rêve « son propre message sous [sa] forme inversée »[8].

Au-delà de la clef œdipienne comme grille d’interprétation du rêve, la clef reste dans l’Autre du sens, du symbolique. La conception du rêve et de son usage s’inscrit dans une continuité dans le rapport à l’Autre. Dans ce registre, on a aussi l’objet que l’interprétation doit viser, « spécialement sous la guise du vide »[9].

III.

Ce que l’on fait lorsqu’on approche le rêve comme unité sémantique [10], diffère de ce que l’on fait lorsqu’on considère l’existence de ce qui, dans le rêve, échappe au sens.

Si en 1900 Freud signale l’ombilic du rêve, lieu où les représentations s’arrêtent, comme un obstacle dans sa voie royale d’accès à l’inconscient, Lacan en fera – notamment dans son Séminaire sur Joyce [11] – un fondement clair.

À la lumière de ce trou placé comme origine logique et structural, le sens du rêve devient hystoire à dormir debout, men-songe. Cette torsion opérée par Lacan, loin d’être une incitation à abandonner le champ du sens, de la vérité et de la parole, nous invite à y rester à condition de se tenir au plus près de la dimension matérielle du signifiant. Mettant « la vérité à sa place », sans l’ébranler [12], il s’agit de faire un usage du rêve en s’orientant du réel, seule manière de contrecarrer l’inconscient soporifique.

Il faut tout reprendre à partir de l’ombilic du rêve, suivant le mouvement que Lacan propose avec l’opacité sexuelle dans le Séminaire cité.

En mettant le trou ombilical non pas comme pierre-obstacle, mais comme pierre angulaire, de ce qui travaille dans le discours analytique, en situant l’inconscient comme réel, un usage du rêve se forge qui ne serait pas(-tout) aliéné au sens. C’est un choix, signale Lacan, que d’être dupe du réel, que d’avancer en ayant comme fondement qu’il n’y a pas de rapport sexuel.

Le solde de cet usage du rêve ne sera alors pas « savoir absolu »[13], traduction complète, mais plutôt « dépôt, […] sédiment qui se produit chez chacun quand il commence à aborder ce rapport sexuel »[14].

L’analyste doit ainsi veiller au maintien d’un certain état joycien du rêve. Ne pas alimenter le sens ouvre à la possibilité d’une lecture littérale de la dimension R.S.I. du rêve. Cela implique une position du sujet vis-à-vis de lalangue, à rebrousse-poil du sens, vers l’isolation des S1 qui font trace. On parie sur la possibilité d’une nouvelle lecture qui portera en elle le sceau de l’illisible.

Du coup il revient à l’analyste d’être gardien de l’ombilic. Tâche paradoxale : d’un côté, s’assurer que rien ne vienne suturer ce trou – tout peut y venir, mais rien ne doit y rester – ; d’un autre, lorsque quelque chose s’y loge, apprécier sa fonction dans l’existence du parlêtre. C’est de faire du trou la clef que la clinique lacanienne des rêves se distingue des autres, c’est son sceau.

[1] Freud S., L’Interprétation des rêves, Paris, PUF, 1987, p. 91.

[2] Ibid., p. 92.

[3] Ibid., p. 36.

[4] « une analyse “en détail” et non “en masse” » (Ibid., p. 97.)

[5] Lacan J., « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 267.

[6] Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 118.

[7] Borges J. L., « Ragnarok », Œuvres Complètes, t. II, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1999, p. 25.

[8] Lacan J., « Le séminaire sur ‘‘La Lettre volée’’ », Écrits, op. cit., p. 41.

[9] Laurent É., « L’interprétation : de la vérité à l’événement », argument du congrès 2020 de la NLS, disponible sur le site de la NLS : www.nlscongress2019.com/accueil

[10] Cf. Miller J.-A., « L’interprétation à l’envers », La Cause freudienne, n°32, février 1996, p. 9-13.

[11] Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le Sinthome, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2005.

[12] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 98.

[13] « nous sommes à l’aise pour mettre en doute d’abord ceci, que le travail engendre à l’horizon un savoir absolu ». (Lacan J., Le Séminaire, livre XVII, L’Envers de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1991, p. 90.)

[14] Lacan J., Le Séminaire, livre XXI, « Les non-dupes errent », leçon du 12 février 1974, inédit.