Puissance des possibles

Il y a eu les blousons comme les chaussettes noires, les hippies et leurs grands frères, les beatniks, il y a eu les Ziggy Stardust et leurs rejetons, mais aussi les punks avec ou sans chien, les rappeurs avec ou sans casquettes, « les zonards qui descendent sur la ville »1. Il y a les cailleras, les BCBG, les emos, les no style, ceux qui ont une life et ceux qui n’en n’ont pas, il y a les skateurs, les teuffeurs ou les tecktoniks. Il y a des bandes de garçons et de plus en plus, aujourd’hui, de filles qui se font et se défont, des jeunes gens qui s’y protègent, s’y réfugient ou au contraire n’arrivent pas à y rentrer, il y a des sujets qui sortent de l’enfance et préfèrent être tous seuls, ou encore se sentent toujours trop tout seuls, même en groupe.

Qu’on considère que comme la jeunesse, elle n’est qu’un mot2, une représentation sociologique récente, ou qu’on l’aborde comme construction du sujet, le « symptôme puberté » comme le nomme Alexandre Stevens3, hier comme aujourd’hui l’adolescence inquiète dans la permanence de sa puissance de déflagration des semblants et de remise en cause de la marche du monde. N’est-ce pas qu’hier comme aujourd’hui, ce à quoi ont à répondre les dits adolescents c’est qu’au moment de « l’éveil de leurs rêves »4, se dévoile la béance d’un réel, de structure, et que faire l’amour avec une fille ou un garçon, surtout, quitter ses parents et s’engager dans sa vie, « si ça rate, c’est pour chacun »5 ? Face à cette énigme de la place où venir se loger dans et auprès de l’Autre, une seconde permanence, aujourd’hui comme hier, sera la réponse apportée par le fantasme, ou le sens que prendra un destin.

Pourtant, si la structure échappe au contemporain, il n’en demeure pas moins que notre siècle offre des objets et des idéaux plutôt fluctuants à venir offrir aux sujets en quête de nouvelles formes où pouvoir loger leurs interrogations. C’est pourquoi ce numéro accueille les cliniciens qui donnent à voir les diverses modalités de réponses des ados de notre siècle, en préparation au point d’orgue que constituera la prochaine Journée de l’Institut psychanalytique de l’Enfant, le samedi 18 mars. Son directeur, Laurent Dupont, nous fait le cadeau d’une interview qui en dit déjà toute l’orientation, une orientation fondée sur la rencontre entre un sujet en devenir et un clinicien qui a pris la mesure de ce réel qui se dénude. C’est bien l’offre évoquée par Lacan : qu’une parole puisse se dire, un discours, toujours en prise avec le corps, s’élaborer, pour que se déploie, non dans un passage à l’acte, mais en acte, la puissance des possibles.

1« Quand on arrive en ville », chanson de M. Berger et L. Plamondon dans la comédie musicale Starmania, 1979.

2CF Bourdieu P., « La jeunesse n’est qu’un mot », Questions de sociologie, Éditions de Minuit, 1984. Ed. 1992 pp.143-154.

4Lacan J. , « Préface à L’éveil du Printemps », Gallimard, 1974, p. 9.

5Ibid.




L’adolescence, ce temps de l’escabeau ? Rencontre avec Laurent Dupont

L’Hebdo-blog : Vous dirigez les prochaines Journées de l’Institut de l’Enfant qui auront lieu le 18 mars prochain. En préparant les multiples tables des interventions de nos collègues et des différents invités, avez-vous été frappé par de grandes tendances ? : Quels nouveaux territoires se dessinent « Après l’enfance » aujourd’hui dans le contexte de déclin des grands idéaux et des alternative facts ?

Laurent Dupont : Nous avons reçu près de 140 textes, c’est énorme, pour n’en retenir que 25. De très bons textes n’ont pu être retenus. La Journée de l’Institut psychanalytique de l’Enfant est un point d’orgue, beaucoup dans le Champ freudien œuvrent depuis deux ans à partir du thème « Après l’enfance » et du texte d’orientation proposé par Jacques-Alain Miller. Mais beaucoup aussi, dans l’ECF, les ACF, sont intéressés par cette question. J’ai pu le vérifier dans tous les lieux où j’ai pu me rendre. La JIE4 est donc ce moment où, à partir des travaux proposés, des axes, des orientations, des repérages cliniques se font, qui tiennent compte de cela.
En fait, la plus grande surprise que le comité scientifique a pu relever est une lapalissade : la psychanalyse n’est pas une sociologie. Alors que l’on nous rebat les oreilles, que l’on nous dit pis que pendre des ados d’aujourd’hui, incultes, mal élevés, ne sachant ni lire ni écrire, accrocs à leur image, dépendants de leur smartphone, des jeux vidéos, que sais-je… Nous découvrons une clinique plus subtile, plus singulière. Le déclin du Nom-du-Père, et non pas sa disparition, nous permet de repérer très clairement la pluralisation des solutions, des tentatives de nouages qu’opèrent les jeunes dans ce moment précis que Freud a nommé « les métamorphoses de la puberté ».
Dans son texte d’orientation, Jacques-Alain Miller insiste sur le fait qu’« il n’y a de jouissance que du corps propre ou jouissance de son fantasme, des fantasmes. On ne jouit pas du corps de l’Autre. On ne jouit que de son propre corps »(1). Cela est de structure, valable de tous temps et pour tout le monde, chacun doit inventer, faire avec cela, c’est pourquoi, il me semble que ce qui ressort à la lecture des cas qui nous ont été adressés, c’est que l’adolescence pourrait être le temps de l’escabeau, c’est-à-dire, comme le souligne Jacques-Alain Miller, ce sur quoi le parlêtre se hisse, monte pour se faire beau(2)… celui qui traduit d’une façon imagée la sublimation freudienne, mais à son croisement avec le narcissisme(3). Ces escabeaux sont faits de bric et de broc, ils peuvent être branlants, hauts d’une marche ou vertigineux comme une échelle de pompier, il y a des formes de sublimation, des tentatives, du côté du narcissisme aussi cela se repère, l’image du corps propre s’attrape dans le regard de l’Autre. Comment attraper le regard de l’Autre ? Nous verrons le 18 mars comment chaque ado dont le cas sera discuté fait, ou pas, pour se sentir suffisamment « beau ».

H.B. : Dans son texte d’orientation « En direction de l’adolescence », Jacques-Alain Miller ouvre quelques questions, peu traitées jusqu’ici dans notre champ, et dégage quelques pistes de travail : entre autres, celle de « la forme de l’immixtion de l’adulte dans l’enfant ». Dire « après l’enfance » est-ce considérer que l’enfance cesse ?

L.D. : Non. Freud évoque la curiosité qui naît du non savoir sur le sexuel. L’enfant élabore des hypothèses, des représentations, des identifications. Il commence à se répondre à des questions : Che vuoï ? Qu’est-ce que c’est un garçon, une fille ? Il bricole avec l’Autre. Et puis surgissent les métamorphoses. Le corps propre du sujet se trouve à réinterroger tout cela, mais à partir de ce qui est déjà là. Il en sera de même tout au long de sa vie, il y a quelque chose qui reste irréductible, la marque du langage sur le corps est et sera toujours déjà là. Et puis, aujourd’hui, il y a aussi l’immixtion de l’ado dans l’adulte, c’est un peu comme le journal de Tintin, ado de 7 à 77 ans. J’ai reçu un ado fou de joie d’avoir eu deux places pour le Hellfest. La séance d’après il est effondré, son père lui a annoncé fièrement qu’il pourrait venir avec lui. Il me dit d’un air dégoûté, « il a même sorti un vieux tee shirt de Scorpion, l’horreur ». Beaucoup de questions dans cette vignette : oui, le père est un ado comme les autres, mais ce jeune, aussi, pourra s’interroger sur le fait qu’il écoute la même musique que son père. Alors, immixtions croisées, nous pourrions dire.

H-B : Quelle différence faire entre la nomination et l’auto-nomination chez les adolescents d’aujourd’hui ? L’analyste a-t-il à soutenir l’auto-nomination ou/et à pousser vers une nomination ?

L.D. : C’est une question très difficile et il n’y a pas de réponse précise. Joyce produit une auto-nomination, si c’est de cela dont vous voulez parler. Et finalement, on ne sait si cela fait nomination ou pas que dans l’après-coup. Je ne repère pas dans la clinique qu’il faille opérer une coupure si franche. Dans son texte « Effet retour sur la psychose ordinaire(4) », dans la partie nommée « Du Nom propre au prédicat »(5), Jacques-Alain Miller dit que « Votre travail est de saisir sa manière particulière, insolite, de donner sens aux choses, de redonner toujours le même sens aux choses, de donner sens à la répétition ». Cette phrase est très précieuse comme orientation, en tout cas, je trouve que c’est très opératoire. Et, pour les ados, du fait des métamorphoses, quelque chose de son rapport à la jouissance se dénude, le donner sens est déjà là, ou pas, ou plus. Tenir compte des inventions, des bricolages est fondamental, même si parfois cela ne fait pas solution. C’est au cas par cas, bien sûr, mais l’utilisation des tatouages, des applications comme Snapchat… ne peut être vu sous un angle à priori, au risque de faire de sa pratique une morale. Saisir sa manière particulière, c’est d’abord en tenir compte, du côté de l’énonciation du sujet, plus que du sens de ce qu’il dit.

H-B. : Et enfin, même si vous ne pouvez bien sûr pas nous dévoiler les surprises du 18, pouvez-vous faire à nos lecteurs la primeur d’une des choses qui vous tient particulièrement à cœur dans vos préparatifs avec vos équipes ?

L. D. : Je suis très heureux de cette journée qui se profile. La clinique est centrale dans la JIE, les gens viennent de loin, du Brésil, de Grèce, d’Espagne, de la Réunion… pour une journée, pour un moment clinique. Pour animer chaque séquence, deux analystes discuteront les cas. Tous ceux à qui je l’ai proposé ont accepté avec joie. Du coup, chaque table sera une sorte d’élaboration à plusieurs, un work in progress.
Et puis il y aura deux conversations, nous avons la chance qu’Éric Laurent ait accepté d’animer la première qui traitera de l’Autre féroce et de la manière dont il peut flatter la pulsion, tenter de déchirer le voile ou présentifier la Chose avec deux textes témoignant de l’expérience singulière de Marie-Cécile Marty et Sandra Martinon.
Et une table ronde autour du féminin. Dans « Le savoir du psychanalyste », Lacan dit que les garçons vont en bande et les filles à deux(6). Est-ce toujours vrai ? Il y a des bandes de fille aujourd’hui, et elles sont féroces. Alors, comment se dit-on femme ? Évidemment, il n’y a pas de réponse à cette question, mais nous pourrons nous dire par exemple, « est-ce si différent aujourd’hui qu’hier ? » Est-ce que les discours actuels sur le féminisme, le genre, l’identité, disent vraiment ce à quoi chacun à affaire ? Il semblerait que non. Toute cette sociologie ne permet pas de rendre compte de ce qui se joue pour chacune et… chacun, car finalement, les garçons sont des filles comme les autres, de moins en moins du côté de l’uniforme et de plus en plus du côté de l’invention, les tenues, les coiffures, tentent de rendre compte d’une construction au un par un, la bande de garçon se fait plus disparate, quelque chose semble moins arrimé à l’Idéal, au pour tous, mais plus du côté de ce qui échappe. Interroger ce qu’il en est pour les « jeunes filles », c’est s’éclairer sur ce qui se joue aujourd’hui. Je suis très heureux de vous dire que Christiane Alberti présidente de l’ECF animera cette table, je serai à ses côtés, avec nous deux exposés absolument formidables de Clotilde Leguil et Anaëlle Lebovits-Quenehen, nous permettront de lancer la discussion.
Et puis il y aura une petite surprise. Vous connaissez Mardi noir ? Je ne vous dis rien, mais si j’étais vous, j’irai sur Youtube taper son nom, vous allez vous régaler.

1 Miller J.-A., « En direction de l’adolescence », Perspectives, Interpréter l’enfant, Navarin, 2015, p. 197.

2 Miller J.-A., « L’inconscient et le corps parlant », La Cause du Désir n°88, p. 110.

3 Ibid., p.110.

4 CF Miller J.-A., « Effet retour sur la psychose ordinaire », Quarto 94-95, mars 2016.

5 Ibid., p. 44.

6 Lacan J., Le Séminaire, « Le savoir du psychanalyste », leçon du 6 janvier 1972 et du 3 février 1972, inédit.




“Adolescents, sujets de désordre”, une interview croisée de M-C Ségalen , A. Oger et J.-N. Donnart

 

Cécile Wojnarowski : Vous venez de publier Ⱥdolescents, sujets de désordre1, dans la collection de Philippe Lacadée, Je est un autre, aux Éditions Michèle. Vous y témoignez de votre expérience d’un dispositif d’accueil à l’adresse d’adolescents en difficultés, Entrevues. De quel désordre l’adolescence est-elle le nom ? Quel écart faites-vous entre le désordre et le symptôme ?

Chacun convient que l’adolescence est une période de « désordre » : celui-ci s’exprime aussi bien en famille qu’au collège, au lycée, jusque dans la rue parfois. Il prend des formes variées, de la rébellion à l’isolement, de l’addiction aux jeux à la « phobie scolaire », c’est le temps des choix difficiles pour le meilleur et quelquefois, pour le pire. Ce désordre est à lire surtout comme l’écho d’un désordre plus intime que rencontre le sujet dans sa pensée, son corps et ses liens, face à la rencontre du nouveau qui surgit dans sa vie Après l’enfance2 et le confronte à un impossible, celui du non rapport sexuel, indexant un point de béance, source de bouleversements.

Marie-Hélène Brousse, dans l’interview qu’elle nous a accordée, le formule d’une autre façon : » Les « Figures du désordre » et les vignettes que nous avons choisies pour témoigner de cette expérience résonnent de ce désordre de la pulsion.

CW : Qu’est-ce qui a nécessité la création de ce dispositif ? Quel est ce pas de côté que vous opérez par rapport à des jeunes pas forcément « demandeurs » voire en position de refus ?

Le CMPP où est né Entrevues accueillait déjà de nombreux adolescents, mais nous avions l’idée que pour nombre d’autres, la demande d’un rendez-vous, son attente, s’avérait rédhibitoire : certains évènements-symptômes ne souffrent pas les délais des listes d’attente. Il s’agissait aussi de se régler sur la hâte, moment propre à l’adolescence. La souffrance bruyante ou silencieuse de ces jeunes était à entendre, même sans demande, comme modalité d’appel et nécessitait une réponse nouvelle. Nous avons imaginé, à l’instar d’autres institutions de psychanalyse appliquée, un dispositif souple, permettant un accueil rapide de la souffrance subjective, à durée limitée, six rendez-vous dans un premier temps. Bien entendu, il ne s’agit pas d’offrir six petits tours et puis s’en vont ! Mais de tenter de créer les conditions pour qu’un désir émerge et de viser une poursuite au-delà, avec le même partenaire.

CW : Votre ouvrage témoigne de la façon dont vous accueillez chaque sujet dans sa singularité. Vous faites une offre de rencontre “pour essayer”. Qu’est-ce qui permet parfois que l’essai soit transformé au cas par cas ? Qu’est-ce qui oriente votre intervention ?

C’est en effet une question toujours à remettre sur le métier, raison pour laquelle nous continuons d’affirmer qu’il s’agit d’un dispositif expérimental, bien qu’il ait aujourd’hui dix ans d’existence. Les adolescents que nous recevons sont souvent peu enclins à parler, plutôt dans le refus ou la réticence, malgré tout il s’agit de permettre au sujet de trouver le chemin de la parole, de l’accueillir dans sa singularité, son « incomparable ». Réduire la demande de notre côté, par exemple, ou mettre à l’écart les normes surmoïques de l’Autre, sont autant de façons d’indiquer que malgré l’inadéquation du langage à dire ce qui se rencontre, tout sujet n’a guère que cet outil-là. « Essayer », sur un temps limité, suppose donc une opération de soustraction du côté du clinicien, soit un calcul entre compte à rebours et temps logique du sujet. L’expérience nous montre que même sur une temporalité réduite, le pari sur un nouage transférentiel peut infléchir le parcours de certains sujets et prêter à conséquences.

CW : Qu’est-ce que votre expérience vous enseigne sur ces adolescents?

Tout d’abord, la pertinence de l’enseignement de Lacan et sa lecture par Jacques-Alain Miller, pour aborder cette clinique contemporaine, bien souvent hors les normes. Le fait que bon nombre de jeunes ne viennent pas avec un désir de savoir, mais sur une mise en avant de leur jouissance, nous conduit à utiliser les outils de la fin de l’enseignement de Lacan : en particulier, la logique des Uns-tout-seuls et de l’absence de rapport sexuel sont des clefs pour élucider les symptômes contemporains. Pour autant, nous ne renonçons pas à nous servir des catégories de la clinique classique telles que la logique du stade du miroir ou celle de l’automatisme mental, par exemple. Les adolescents nous enseignent surtout qu’en matière de nouveauté, il est nécessaire de se mettre à l’école de leurs désordres et de leurs dires. L’Autre se doit d’accueillir le nouveau, l’étranger, l’unheimlich. C’est une leçon éthique et aussi politique qu’ils nous donnent. Nos quatre contributeurs à cet ouvrage – Marie-Hélène Brousse, Philippe Lacadée, Laure Naveau et Daniel Roy – apportent aussi leur précieux éclairage sur cette clinique résolument contemporaine.

1 Donnart J.-N., Oger A., Ségalen M.-C., Ⱥdolescents, sujets de désordre, Paris, éditions Michèle, 2016.

2 Après l’enfance, 4ème Journée de l’Institut psychanalytique de l’Enfant.




« L’adolescent et la jouissance mauvaise », retour sur la conférence de Laure Naveau

Avec le thème « porteur et fructueux » de l’adolescent au XXIème siècle Laure Naveau nous invite1 à nous « réinventer », nous, parents, enseignants et psychanalystes. Le concept de « l’adolescence » est à prendre comme « une construction », c’est-à-dire comme un « artifice signifiant » nous dit J.-A. Miller. Grâce à cette boussole Laurent Dupont, directeur de la prochaine Journée de l’Institut de l’Enfant, pose la question : « L’adolescence existe-t-elle ? » et Laure Naveau  utilise la formule de Lacan à propos de la femme pour l’appliquer à l’adolescent : « L’adolescent est une énigme pour l’Autre comme il l’est pour lui-même ».

« L’adolescent contemporain » est celui du règne de « l’objet de la technique ». Il est exposé à quelque chose de nouveau à savoir « le tout dire, tout entendre et tout voir, instauré par notre arraisonnement à la technique ». Il y a là accès à de l’illimité. Laure Naveau évoque ici l’écrit de Martin Heidegger de 1950 dans ses Essais et Conférences, « La question de la technique ». L’auteur déjà s’interrogeait sur « l’essence de la technique moderne ». Au XXème siècle l’avènement de la technique est déjà un phénomène central des temps modernes qui suscite le questionnement.

Laure Naveau aborde ce qu’on appelle « le réseau internet » qui fait partie de la vie de l’adolescent d’aujourd’hui. Qu’en est-il de cette technologie des « réseaux sociaux » ? La technologie internet élargit-t-elle le réseau social, qui est défini par les sociologues  comme l’ensemble des relations entre des personnes ou entre des groupes sociaux? Le déclin de la sociabilité date-t-il d’internet ? Il daterait plutôt de la montée du capitalisme datant elle-même de la révolution industrielle de la fin du 19ème siècle.

Avec Facebook ce n’est pas le déclin d’une sociabilité, ce serait plutôt l’explosion d’une nouvelle sociabilité nous dit Laure Naveau. Ces nouvelles techniques ajoutent de nouvelles possibilités de rencontres avec les autres, avec les pairs « p.a.i.r.s ».

Lacan disait : « se passer du père à condition de savoir s’en servir », et notamment pour faciliter la délicate transition de l’enfance à l’adolescence, et adoucir l’isolement de chacun (chaque Un) car chacun est plus ou moins seul avec sa jouissance autistique. Dans Totem et tabou de Freud le père est l’homme à abattre car dans la horde il a toutes les femmes. Le père pour Lacan n’est pas le père freudien, pour lui, le père est digne de respect et d’amour s’il fait d’une femme la cause de son désir.

La question est de savoir si la technique a pris le pas sur la civilisation, si les plus « déboussolés » sont les adolescents ou plutôt les parents, les éducateurs et les psychanalystes. S’accrocher à la tradition, rejeter le réel des mutations de la civilisation, donne une nouvelle forme de malaise dans la civilisation et conduit aux sujets « déboussolés ».2

La question de l’objet de la technique nous mène à d’autres objets, ceux de la psychanalyse lacanienne que sont les « objets petits a » qui permettent de « tirer au clair » l’inconscient de chaque sujet. La boussole de la psychanalyse lacanienne c’est « l’objet a » qui dans le « mathème de la modernité » de J.-A. Miller se présente comme « objet petit a » plus grand que l’Idéal ». L’objet l’emporte sur l’Idéal. Il s’agit des objets freudiens de la demande (objet oral et anal) et des objets lacaniens du désir, le regard et la voix. Lacan invente les « objets a » dans le Séminaire « L’angoisse » à partir du concept de « la pulsion » de Freud.

Que cherche-t-on dans ces objets de la technique qui prétendent répondre au manque, alors que le manque est structural ? Le manque nous dit Laure Naveau est le grand secret de la psychanalyse. Ce manque Lacan le place dans le langage lui-même, dans grand A qu’il écrit grand A barré. (l’Autre sans Autre)

Notre époque génère de l’addiction puisque la société de consommation promeut une consommation toujours plus importante d’objets de jouissance. L’addiction c’est une façon de refuser l’insatisfaction et c’est une façon de nier le manque. L’objet technique peut être vécu sur le mode d’une addiction, d’une pathologie, il peut devenir un partenaire au dépend du partenaire « en chair et en os ».

Mais d’un autre côté « le réseau » peut être une tentative de solution à un autisme généralisé. Il peut réinventer un lien social pour un adolescent qui peut venir en parler à un analyste. Il y a là à reprendre la parole, à retrouver « cette dignité perdue du sujet de la parole ».

Toute expérience désirante est liée à un objet. L’adolescent de l’hyper-modernité a une relation singulière à l’objet et au manque, une relation qui comble le manque avec l’objet de la technique. C’est une tentative de suppléance à l’inexistence du rapport sexuel, un déni de la castration, une nouvelle forme de perversion. Il y a alors pour l’analyste à créer le désir sous la forme du désir de savoir.

Face aux mutations de la civilisation « la psychanalyse doit savoir se réinventer » nous dit Laure Naveau pour « être politique ». Il y a là en effet un « pari risqué » qui table sur l’impossible, le réel inassimilable, le manque et le ratage dit-elle. Il y a à savoir y faire avec le réel de la jouissance inassimilable, avec « l’étranger de la jouissance » qui est le réel de la psychanalyse que Laure Naveau a qualifié «d’anti-racisme inédit » car il accueille la différence absolue.

1 En mai dernier à la Maison de la Vie Associative de Reims, en clôture du cycle de conférences de l’ACF-CAPA, « Sexe(s), Ado ».

2 Cf. « Une fantaisie » de J.-A. Miller, 2006.




Une impossible sortie de l’enfance

Réalisé par D. J. Caruso à partir d’une idée de scénario de Steven Spielberg, Paranoïak (titre original : Disturbia) met en scène Kale Brecht (interprété par Shia LaBeouf), un garçon de 17 ans assigné à résidence pour avoir frappé un professeur. Celui-ci avait discrédité son père, décédé dans un accident de voiture. Afin de tromper l’ennui, il observe ses voisins par les fenêtres de sa maison. Il fait alors deux découvertes : une belle jeune fille, Ashley Carlson (jouée par Sarah Roemer), qui vient d’emménager et un homme étrange, Robert Turner (David Morse) qu’il soupçonne d’être un meurtrier. Paranoïak apparaît comme une version de Fenêtre sur cour au XXIème siècle – c’est-à-dire à l’époque des objets connectés – et à la période de l’adolescence – soit avec un héros entravé sur le chemin vers une « sortie de l’enfance1 ».

Figé dans l’enfance

Dès la scène inaugurale du film, le problème de la rencontre avec l’autre sexe est posé. Au bord d’une rivière où ils s’adonnent à une partie de pêche, Kale et son père partagent un moment agréable. Quand son père cherche à obtenir quelques confidences de la part de son fils, celui-ci lui répond avec humour qu’il a rencontré une fille, qu’elle est enceinte et qu’ils emménageront bientôt ensemble. « Ton petit a grandi et va bientôt être papa » annonce Kale, laissant poindre à la fois son désir pour une fille et le malaise que suscite la rencontre sexuelle, court-circuitée dans la plaisanterie par la paternité précoce.

Après la mort de son père, Kale se fige dans l’enfance. Tandis qu’il dort en cours d’espagnol, son ami Ronnie présente un exposé sur ses projets de vacances qui transpire de libido. Quand le professeur le réveille, lui demande ce qu’il compte faire pendant l’été et constate qu’il n’a pas révisé, Kale répond : « je me suis arrêté avant… ». Réponse équivoque qui indique précisément sa position subjective : il est arrêté. D’une part, sa relation au savoir est bridée : ses apprentissages scolaires sont en panne, aucune supposition de savoir ne paraît à l’œuvre, ce qui le conduit à s’assoupir en plein cours. Nulle « rencontre avec les maîtres2 », telle que l’a décrite Freud, qui soutiendrait son intérêt pour le savoir dispensé. D’autre part, rien ne l’entraîne à faire des projets à l’approche de l’été, ce qui semble ruiner à l’avance l’éventualité d’une rencontre amoureuse. Cette scène établit un contraste entre Kale, dont le désir est en panne quant aux filles et au savoir, et Ronnie, en plein élan, qui lui utilise la langue espagnole dans le jeu de la séduction.

Cet arrêt se trouve renforcé par la peine que doit purger Kale, conséquence du coup de poing asséné à son professeur. Le juge le condamne à une assignation à domicile parce qu’il n’a pas encore atteint l’âge de la majorité. Considéré comme un enfant au regard de la loi, Kale est donc enfermé à domicile, et partant doublement retenu. Si Freud indique que « le détachement d’avec la famille devient pour tout adolescent une tâche que la société l’aide souvent à résoudre par des rites de puberté et d’accueil3 », il se produit strictement l’inverse pour Kale dans la mesure où sa peine resserre les liens à la famille idéalisée qu’il se sent coupable d’avoir brisé.

Afin d’éviter d’ameuter la police, Kale matérialise le périmètre duquel il ne peut sortir à l’aide d’une corde tenue par plusieurs objets relatifs à l’enfance (nain de jardin, crosse de hockey, ski, etc.). Deux espaces se différencient : le domicile – lieu de la jouissance infantile principalement autoérotique dans lequel Kale est enfermé – et l’extérieur – espace inaccessible de l’Autre supposé détenir l’objet du désir, dont le franchissement marquerait la transition vers l’âge adulte.

Franchir la ligne

La particularité de la transition adolescente présentée dans le film réside en ce que Kale ne peut l’effectuer qu’à la condition de résoudre l’enquête sur son voisin. Il s’agit pour lui de traiter sa propre « tache noire4 », qui correspond à la culpabilité de la mort du père, au signifiant « tueur » qui l’accable, en faisant la lumière sur les crimes de Turner. Il pourra alors franchir la ligne qui le séparait du monde extérieur, laisser tomber sa paire de jumelles à laquelle il était rivé pour faire d’Ashley l’objet de son désir et se consacrer enfin à une histoire d’amour.

1 Miller J.-A. (2015), « En direction de l’adolescence », Interpréter l’enfant, La petite Girafe, n°3, Paris, Navarin éditeur, p. 193.

2 Freud S. (1914), « Sur la psychologie du lycéen », Résultats, idées, problèmes I, 1890-1920, Paris, PUF, 1984, p. 230.

3 Freud S. (1930), Malaise dans la culture, Paris, PUF, 2009, p. 46.

4 Lacadée Ph. (2016), « L’adolescent ne veut plus être gouverné », Mental, n°34, p. 150.

 




Pas de don pour Dora mais des cadeaux

La relecture par Lacan du cas Dora1 démontre selon nous toute sa puissance, à partir des mathèmes de la relation homme femme formulés dans « Remarques sur le rapport de Daniel Lagache »2. Pour l’homme, la femme est en place de Φ (a) ; pour la femme, l’homme est en place de Ⱥ (ɸ).

Point de départ, la « désunion » du père et de la mère de Dora, selon le terme de Freud. Si les deux fonctions P(ère) et M (ère) rendent efficiente la métaphore paternelle, la relation homme-femme est, elle, déficitaire3. Pour Lacan l’impuissance du père est centrale. Impuissance, rappelons-le, liée aux nombreuses maladies organiques (ce n’est pas une impuissance d’abord mentale)4.

La position virile ɸ /- ɸ est donc ici déficitaire. De facto le père est détourné de toute femme, combien même idéale, par ses maladies qui le ramènent incessamment à son corps. Sa propre femme, la mère de Dora est depuis longtemps déchue de cette place. Autre donnée : la position de demande d’amour de Dora. C’est une demande d’amour au père, mais qui ne trouve pas d’issue, et qui semblerait n’en devoir trouver jamais aucune, puisqu’a priori, il n’y a aucune place pour cet idéal féminin Φ chez lui.

Ainsi Dora, laissée pour compte de sa demande d’amour, se trouve en position d’objet a, ne pouvant recevoir du père le don de ce qu’il n’a pas (Ⱥ), don qui seul ouvrirait la voie à la jeune fille, dans le futur, vers une position phallique, Φ, pour un homme.

Or, miracle, la mise est sauvée pour elle, ceci du fait de l’intérêt porté par son père pour Mme K, qui se révèle donc être la respiration subjective de Dora. La valeur agalmatique de la femme Φ, via une femme, existe donc bien pour son père. Et tout espoir est permis pour Dora de se voir un jour elle-même l’occuper. Ainsi l’existence de Ⱥ, le père de l’amour, ne se trouve pas, dans son essentialité, remise en cause. La demande d’amour de Dora peut conserver sa flèche.

Surgit cette question : qu’est-ce que Mme K a de plus qu’elle? Ce qui prolonge et transforme sa demande d’amour au père, en une interrogation sur le désir du père. Pour le savoir, elle encourage la relation de son père avec Mme K, favorise leurs rencontres, et garde les enfants du couple Mme K / Mr K. Le père de Dora, lui, se montre prodigue en cadeaux pour Mme K, sans omettre sa fille dans le circuit de ses largesses. Ainsi Dora s’imagine-t-elle participer à l’aura dont bénéficie Mme K auprès de son père.

La position de Mme K comme valeur féminine Φ se voit redoublée par ce que Dora lui suppose de relation sexuée avec son mari, Mr K, qui lui même courtise Dora. Il avait bien essayé, il y a quelques années, de l’embrasser sur la bouche5. Elle en avait gardé, à cette époque, un certain dégoût. Aujourd’hui, Dora pensant que Mme K est en position d’agalma (Φ) de Mr K, cela rejaillirait sur elle. Et c’est en place d’idéal féminin que Mr K s’intéresserait à Dora. Mais, au détour d’une promenade, il laisse tomber cette phrase fatale : «  Ma femme n’est rien pour moi ». Une gifle percutante est la réponse qu’il reçoit. Car Dora se voit alors ravalée au rang d’objet d’échange. Elle réalise que Mr K ne s’intéresse pas tant à elle comme Φ, figure de la femme idéalisée, que comme objet de désir et de jouissance, ce qui la fait déchoir en a. Son père l’a donc simplement échangée contre Mme K. Elle redevient la laissée pour compte de sa demande d’amour au père. Et ce seront alors ces lettres de suicide que découvriront ses parents et qui les amèneront à l’adresser en consultation chez Freud.

1 Freud S., « Le cas Dora », Cinq psychanalyses, Paris, Puf, 1984.

2 Lacan J., « Remarques sur le rapport de Daniel Lagache », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p.683 ; « La signification du phallus », Écrits, p.694 & p.695.

3 Miller J-A, « Los padres dans la cure », Quarto, N°63.

4 Freud S., op. cit, p. 11-14.

5 Ibid., p. 18.




Adolescence et addiction

L’addiction est un concept récent où l’accompagnement du « toxicomane » peut être standardisé, protocolisé, avec des idéaux de substitution et d’abstinence. Éric Taillandier et Julien Berthomier sont tous deux psychologues, membres de l’ACF-VLB à Rennes. Ils travaillent dans le Champ freudien au sein du réseau international du TyA (Toxicomania y alcoholismo) et nous permettent d’envisager1 une psychanalyse hors-norme, une psychanalyse lacanienne où la dimension du sujet est centrale afin d’y faire valoir la fonction et l’usage de « l’objet »-drogue.

La consommation de toxique vise une satisfaction solitaire où la question de l’Autre n’existe pas. Freud s’interroge sur « la relation qui existe entre le buveur et le vin », l’accoutumance resserre toujours davantage le lien entre le sujet et la sorte de vin qu’il boit. Freud le nomme comme un « modèle de mariage heureux »2 qui aboutit à une satisfaction certes toxique mais pleine et entière. C’est en cela que la drogue se substitue au rapport sexuel qui n’existe pas. Le sujet est intimement lié avec Un objet qui le satisfait pleinement, un objet de jouissance privilégié. Une jouissance qui s’éprouve au-delà du plaisir jusque dans la douleur, dans le ravage du corps. Cette aliénation aux toxiques est une tentative de se séparer, de se dégager de l’emprise de l’Autre. En 1975, Lacan propose une définition de la drogue reprenant la notion de mariage, mais en tant que rupture de contrat, c’est l’envers du mariage : le divorce. La drogue est ce qui permet de « rompre le mariage »3 avec le phallus, de ne plus dépendre de la question du phallus, de localiser la jouissance sexuelle hors-corps.

Le toxicomane est-il demandeur d’un savoir sur sa jouissance ? Ce sujet-toxicomane ne jouit pas de la parole. Il jouit d’un objet réel, un court-circuit sans médiation. C’est une rupture avec le signifiant phallique, sans compromis, quelque chose du désir de l’Autre est évacué par le recours aux toxiques, sans en passer par l’Autre. La consommation passe par une solution pour traiter cette jouissance du trop-plein jusqu’à devenir un ratage. Le sujet devient alors un objet-déchet, ce contre quoi il lutte. Jacques-Alain Miller, dans « l’être et l’Un »4, distingue l’addition de l’addiction. En effet, dans l’addition, il y a une accumulation du même Un : un gain. Dans l’addiction, il y a une réitération du même phénomène de jouissance, mais il n’y a aucun gain nouveau. C’est la marque sur le corps où le sujet a été impacté par les excès du langage de l’Autre, qui se réitère sans cesse, une morsure du signifiant sur le corps, une réitération inextinguible du même Un5.

Mais alors, comment nous orienter sur cette jouissance qui est aux commandes ? Comment intervenir sur les mots qui ont percutés le corps ? Sur ce traumatisme du langage? De quelle façon un traitement par la parole peut-il être possible ? Comment la psychanalyse opère-t-elle dans une situation de « radicalisation de la jouissance »6, quand le sujet n’en passe plus par l’Autre objet de sa souffrance, « mais par un savoir autoérotique »7 ? 

Julien Berthomier va partager une présentation clinique singulière qu’il a intitulée « Addiction 2.0 de la solution au ravage ». Il s’agit d’un jeune garçon de 14 ans dont la scolarité est difficile. Sa jouissance est débordante, cela le rend hors d’atteinte. Il reste enfermé dans sa chambre avec les écrans, l’addiction se substitue à la question sexuelle, à la question de l’Autre. C’est un sujet contrarié par la parole, traumatisé par le langage. Au-delà de l’addiction même, il s’agit de s’occuper de ce qu’elle vient traiter, du traumatisme auquel elle répond. Parier sur la psychanalyse dans le traitement des addictions, c’est parier sur le lien qu’il y a, pour chaque corps, entre l’opacité de sa jouissance et son nouage avec le langage. La position analytique suppose d’accueillir d’emblée le mode de jouissance afin que le sujet-addict puisse reprendre peu à peu la parole.

La jouissance est hors-norme, de ce fait, la psychanalyse n’a pas d’autres choix que d’être hors-norme, il n’existe pas de solution prêt-à-porter. Il ne s’agit pas de normativer un sujet, mais d’extraire du sujet une jouissance mauvaise, d’humaniser la jouissance.

1Notamment lors de leur intervention à Tours en avril dernier dans le cadre d’une invitation de l’ACF VLB

2Freud Sigmund., Psychologie de la vie amoureuse, La vie sexuelle, PUF, 1969, p.63-64.

3Jacques Lacan, Journées d’étude sur les cartels de l’Ecole, 1975, inédit.

4Jacques-Alain Miller : Cours d’orientation Lacanienne, « l’être et l’Un »

5Jacques-Alain Miller : Cours d’orientation Lacannienne, « l’être et l’Un »

6Eric Laurent, Lacan Quotidien, n°528, Jouissance et radicalisation, Pipol 7 , « Victime ! »

7Jacques-Alain Miller, En direction de l’Adolescence, Institut psychanalytique de l’Enfant.