Écho de l’ACF-Île-de-France

La psychanalyse dans la cité

Le mardi 19 mai s’est tenue l’assemblée consultative de l’ACF-ÎdF sous la présidence de Christiane Alberti. Cette AC a permis de ponctuer la transition entre l’ancien et le nouveau comité régional. À cette occasion, Marie-Hélène Brousse, invitée à nos débats, nous a livré en avant-première le sommaire détaillé du numéro 90 de La Cause du désir.

Cette rencontre fut l’occasion pour le nouveau comité régional de proposer une intervention à plusieurs voix donnant lieu à des échanges variés et rythmés. Une grande partie du débat s’est concentré sur le syntagme « la psychanalyse dans la cité ».

Le comité régional souhaite en effet donner une impulsion forte à cet aspect du travail dans l’Île-de- France : librairies et cinémas de quartier sont déjà démarchés pour tisser des partenariats qui suivent leurs programmations. Ainsi, le film Selma de Ava DuVernay a été suivi, lors de sa séance du 7 mai au Ciné 220 de Brétigny-sur-Orge, d’un débat avec le public orchestré par deux de nos collègues ; la librairie Antoine de Versailles recevra le 4 juin deux des auteurs de La Cause du désir pour présenter le numéro « Corps de femme ».

Dans la même perspective : des médiathèques du 91 sollicitent notre intervention pour animer des échanges destinés à un large public (proposition de deux séances en octobre et décembre aux Ulis sur le thème « parents/ados » et un possible réseau de quatorze médiathèques !). Un lycée du 94 verrait d’un très bon œil qu’un psychanalyste de notre champ intervienne en classe de philosophie pour faire vivre avec nos signifiants l’œuvre de Freud et le retour opéré par Lacan sur celle-ci. À Saint-Cloud, le collège Charles Gounod ouvrira ses portes à nos collègues du bureau de ville, une conférence sera donnée par un membre de l’École le mardi 9 juin à l’adresse des profs et des parents d’élèves sous l’intitulé : « Ados, victimes des réseaux sociaux ou non ? ». Ajoutons à cela les séances de Café psychanalyse déjà bien ancrées à Châtillon et à Bourg-la-Reine par exemple.

Enfin, pour faciliter le travail de terrain, un flyer est à l’étude pour que nous puissions laisser une « carte de visite » de l’ACF-ÎdF à nos partenaires potentiels.

Les remontées de terrain nous donnent à penser que beaucoup, parmi les acteurs de la cité, sont prêts à s’ouvrir à l’orientation lacanienne. Est-ce le signe d’un début de retour du mouvement de balancier qui prédisait la fin de la psychanalyse ? C’est ce que nous voulons croire et c’est ce que nous développerons (entre autre) lors du mandat en cours.

Régulièrement, des échos de l’ACF-ÎdF seront proposés à l’équipe de rédaction de l’Hebdo-blog, pour que chacun puisse mesurer les choses et… participer à l’aventure ?




Relatos salvajes : le refus acharné d’être victime

Victime – s’en servir, s’en sortir ! Sous ce titre, la soirée intercartels du lundi 8 juin prochain, organisée par L’Envers de Paris et l’ACF-IdF questionnera les usages de la position de victime, mais aussi les façons de s’en sortir. Nous y entendrons six exposés de cartellisants, produits de cartels fulgurants constitués depuis quelques mois en préparation à la rencontre PIPOL7. Chacun, de sa place, tentera de démontrer comment un sujet peut utiliser ce signifiant dans une logique singulière servant d’appui à la jouissance du corps parlant. Guy Briole, invité d’honneur, présidera les échanges et animera la soirée. Nous vous y attendons. Pour vous faire patienter, voici un texte de Marcelo Denis issu de l’un de ces cartels fulgurants.

Le dernier film de D. Szifron, Relatos Salvajes[1], sorti en Argentine en 2014, se compose de six histoires contemporaines unies par un fil rouge que nous pourrions nommer ainsi : un refus radical du statut de victime.

  1. Un homme, dont on apprendra qu’il s’est vécu en position de victime pendant de longues années, décide de se venger. Il réunit dans un avion tous ses supposés bourreaux et prend les commandes de l’appareil pour le faire s’écraser…
  2. Dans un restaurant d’autoroute, une serveuse et une cuisinière voient débarquer un client particulier: le coupable de la faillite et du suicide du père de la serveuse. Un dialogue s’engage entre les deux femmes sur la conduite à tenir. La jeune serveuse veut lui dire quelque chose, pour la cuisinière les mots ne suffisent pas, elle décide de l’empoisonner…
  3. Sur une route déserte, deux automobilistes se croisent, chacun venant incarner la figure de l’Autre jouisseur. S’ensuit une lutte à mort entre eux, aucun des deux ne voulant être victime de l’Autre.
  4. Un ingénieur en explosifs, père de famille, se retrouve victime de la fourrière. Sa femme le confronte alors au réel de sa jouissance : « culpabiliser l’Autre de tout », tandis que la logique bureaucratique se dévoile dans sa bêtise et son obscénité. Se voyant tout perdre, il fait exploser le centre d’encaissement des amendes. Le sujet retrouve sa dignité en prison…
  5. En rentrant d’une soirée arrosée, un adolescent renverse et tue une femme enceinte. Qui est la victime ? La femme enceinte écrasée par une voiture ? L’adolescent à qui on ne laisse pas assumer sa responsabilité ? Ou encore, celui qui accepte d’être coupable à sa place ?
  6. Lors d’un mariage en grande pompe, la mariée apprend que non seulement son mari l’a trompée, mais que, de plus, sa maîtresse est à son mariage. Refusant d’être une victime accablée, elle passe à l’acte. Résolue à mener la fête à ses dernières conséquences, la victime supposée devient bourreau…

Dans cette lutte pour s’émanciper de la tyrannie de l’Autre, le sujet ne reculera pas devant l’extrême, voire la mort, serait-ce la sienne propre. Le film met en scène l’insupportable que peut être la position de victime lorsqu’elle objective le sujet dans son rapport à la jouissance. Réduit à une position de victime dont l’Autre pourrait se servir et jouir, le sujet peut être confronté à sa propre mort subjective. C’est lorsqu’ils touchent ce point d’insupportable que les personnages de Szifron passent à l’acte. C’est en tant que déjà morts qu’ils ne reculent pas à choisir le combat à mort avec l’Autre. Si la pulsion en jeu dans leur subjectivité peut se trouver saturée par le statut de victime, elle peut aussi s’en extraire soudainement. Ce film illustre finalement comment, devant la présentification de son être d’objet, un des derniers recours du sujet peut être le choix d’exister par cette prise de risque qui peut aller jusqu’à la mort. Ce qui reste visé, au-delà d’une éventuelle mort réelle, c’est avant tout la mort de l’être victime. Szifron met en jeu le réel du corps dans un passage à l’acte qui semble s’apparenter à un dire sauvage.

[1]. Littéralement « Récits sauvages », diffusé en français sous le titre : Les nouveaux sauvages. Nous avions publié un premier texte sur ce film, de Victor Rodriguez, dans la rubrique Arts et Lettres de L’Hebdo-Blog du 26 avril dernier.




Une adolescente branchée sur la voix de l’Autre

Veuillez vous connecter pour accéder à cet article.