Apprendre à vieillir ? 

Le titre et notamment la présence du point d’interrogation attisent d’emblée la curiosité. Comment peut-on apprendre à vieillir ? Cela s’apprend-il ?

Lundi 9 octobre 2017, la soirée préparatoire aux 47e Journées de l’ECF sous le titre : « Apprendre : désir ou dressage ?» a apporté un éclairage particulier à cette question. La présentation par Nadège Talbot et l’animation passionnée et délicate de Claudine Valette-Damase ont fait écho à la fragilité du corps parlant dans le champ du vieillissement.

Dans un langage clair et accessible, les intervenants ont témoigné de leurs pratiques, suscitant des questions cruciales sur les enjeux et la prise en charge des personnes âgées en institution actuellement. Dans son introduction, C. Valette-Damase soulignait que « le discours médical et politique considère celles-ci comme des problèmes de santé publique auxquels des solutions doivent être apportées pour les éradiquer. Le champ de la vieillesse n’échappe pas à l’individualisme qui isole, au marché mettant en circulation des objets sophistiqués pour se passer de la parole, à la normalisation outrancière qui s’y expérimente ». La psychanalyse, quant à elle, parie sur la parole, le dialogue avec comme seul moteur le désir.

Les témoignages de Christel Astier et Martine Andrieux ont fait entendre qu’au-delà de la volonté politique de protocoles à utiliser, de méthodes à appliquer, de techniques à réaliser, de règles de soins à suivre, il est possible de travailler autrement.

Ces interventions ont mis en relief ce qui n’est pas visible, mais à entendre, à savoir la parole. Les personnes accueillies ont quelque chose à dire, chacune selon son style, selon ses moyens. Parler au présent, sur l’instant même de la rencontre, avec les mots du passé – parler au futur pourrait, peut se conjuguer avec le désir des personnels orientés par le discours analytique permettant ainsi une création.

Les échanges avec l’équipe et le directeur de l’éhpad de Vichy autour d’une interprétation de son projet, de mettre des dispositifs innovants, donnant une autre forme aux objectifs des appels à projet, des lois, avec leurs effets surmoïques ou injonctifs, ont permis de dire l’espoir d’un changement qui ne se repère que dans l’après-coup, aussi bien pour les personnels que pour les personnes accueillies. Les ateliers de parole de résidents et de professionnels permettent de transmettre son expérience dans ce qui a fait rencontre avec la personne rendue anonyme dans la collectivité pour trouver un espace à sa parole, à sa singularité.

 




Apprendre à l’école

La première des quatre soirées préparatoires aux Journées de l’ECF organisées par le bureau de ville de Clermont-Ferrand s’est tenue le lundi 2 octobre sur le thème « Apprendre à l’école ». Animée par Jean-François Cottes, elle a rassemblé près de 70 personnes, avec une forte participation de personnes de l’éducation nationale : enseignants, orateurs de l’ESPE, universitaires, qui venaient, pour beaucoup, pour la première fois dans notre local.

Dans son introduction, J.-F. Cottes a rappelé que pour Freud la pulsion de savoir n’existe pas, renvoyant plutôt le sujet du côté de son désir de savoir, mobilisable ou pas. Deux pistes se dessinent alors : comment susciter le désir d’apprendre à partir d’un Autre qui enseigne et pourquoi le sujet apprend.

Le texte d’Eulalie Berger a mis en évidence, à travers son expérience d’enseignante, comment un enfant de six ans se trouve au cœur d’un conflit si son désir le porte à entrer dans la civilisation. C’est alors au prix d’un consentement à l’Autre, au collectif et au renoncement au plaisir du corps pulsionnel que le sujet, derrière l’élève, peut savoir.

Le texte de Carine Desplanques, lui, a fait résonner l’équivoque se dresser / dressage en les articulant, permettant ainsi à un sujet d’accéder au sens par un doux forçage, ce qui leva son inhibition face à l’écriture.

Un débat vif s’est tenu entre les interventions avec une large participation de la salle.

J.-R. Rabanel a introduit la discussion en soulignant l’importance des objets pulsionnels en jeu (la voix, le regard) à l’école, qualifiant même celle-ci de « deuxième chance » donnée à l’enfant pour maîtriser les objets de la pulsion et s’édifier en tant que sujet.

Serge Thomazet, pédagogue, universitaire, Maître de conférences à l’Université d’Auvergne (ESPE) a quant à lui développé son idée de l’école inclusive à partir de la loi du 11 février 2005 qui s’impose à tous les domaines de la société en faveur des personnes handicapées. Depuis 2005, l’école, aspirant à devenir inclusive, doit être pour tous. Mais comment conjuguer l’école de la République et une école inclusive ? En France, tous les enfants doivent être inscrits dans une école, même si cette réalité est loin d’être effective. Notons que 70000 élèves sont inscrits dans des structures spécialisées (le chiffre est le même qu’en 1975). Les enseignants apparaissent dans un grand mal-être, entre la commande de l’école pour tous et la sensibilité à porter à chacun. Ils sont, pour la plupart, favorables à une école inclusive, mais comment faire à partir des moyens actuels ?

Cette école pour tous doit tenir compte des besoins particuliers de chaque enfant. Une logique de la classe doit alors se construire pour que cette école puisse être celle de chacun. Cette visée anti-ségrégative est une exigence politique toujours à construire, car le réel, lui, échappe et insiste. C’est ce que n’a pas manqué de rappeler J.-R. Rabanel, venu dialoguer avec S. Thomazet.




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« Madame B. » : une agrafe

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“Quand s’apprend la tête !”

Nous avions donné rendez-vous à Philippe Lacadée ce mardi 3 octobre au lycée professionnel horticole de Chadignac, au milieu des champs et des serres de la campagne saintongeaise. Sur le plan géographique : un « trou ».

Titre de la soirée : « Quand s’apprend la tête ! Eveil et impasses du désir d’apprendre à l’adolescence ». Soirée préparatoire aux J47.

Diffusion large, entrée libre, volonté d’ouvrir au grand public. Pour seules indications sur une potentielle mobilisation, les échanges préalables que nous avons pu avoir au sein d’établissements scolaires ou médico-sociaux de l’agglomération. A priori, on mise sur un public qui entend peu parler de psychanalyse au quotidien. Après un pari sur le lieu de la conférence, pari sur le public attendu donc. Second trou. Les conditions idéales pour qu’une rencontre puisse avoir lieu, avec ses effets de surprise.

20h, nous accueillons Philippe Lacadée. Environ 200 personnes présentes. L’amphithéâtre est plein, le trou a fait fonction d’appel. Ce lieu en marge de la ville permet peut-être d’offrir un point d’où s’extraire du discours du maître qui étouffe au quotidien les professionnels qui ont à accompagner les adolescents et qui viennent ce soir entendre autre chose. Le lieu est finalement pertinent, reste encore à trouver la formule.

Pour cela, il nous fallait un psychanalyste qui a l’art de savoir y faire le trou. P.Lacadée prend le micro, ses premiers mots seront : « Merci de m’avoir invité…dans ce trou perdu »! Ce sera le point de départ d’une conférence qui va donc nécessairement s’inventer au fil de la soirée, au gré d’une rencontre avec un public présent, qui réagit, qui rit. Le trou permet le surgissement, la surprise, les traits d’esprits fusent, le public est saisi. P.Lacadée nous donne à entendre et à voir, mettant en jeu ces deux objets du désir si importants pour que quelque chose passe, se transmette, en lien avec le thème de cette conférence.

L’adolescence est bien ce moment de rencontre avec un trou, trou dans le savoir sur le sexuel. P.Lacadée, s’appuyant sur le titre de la conférence, nous fait la démonstration de la modernité de la découverte freudienne, et de l’intérêt de tenir compte de ce « ça » qui occupe l’adolescent. « Ça prend la tête ! », « ça me gave ! » coté adolescent ; « je n’ai pas été formé pour ça ! » côté enseignant. P.Lacadée fait le tour des impasses sur lesquelles butent tant les adolescents que les enseignants ou les éducateurs. Le réel est peu à peu cerné.

Freud utilisait la métaphore du tunnel pour parler de cette délicate transition qu’est l’adolescence. Temps de l’exil, mais qui peut aussi devenir temps de l’éveil, et notamment éveil du désir d’apprendre. P.Lacadée nous rappelle ainsi que pour Freud lui-même, à l’adolescence, certains professeurs alimentaient « un courant souterrain qui ne tarissait jamais »1, faisant valoir la logique structurale du tunnel, et surtout ses effets en la présence d’un professeur qui sait se faire passeur d’un certain savoir, non sans user de son corps et du verbe.

Comment démontrer qu’une vraie vie à l’école est possible – en référence au titre d’un des ouvrages de P.Lacadée ? Tout simplement par une démonstration en acte : mardi soir, c’était la vraie vie dans l’amphithéâtre du lycée de Chadignac. Les témoignages recueillis après-coup nous l’ont confirmé.

De l’art de savoir y faire avec le trou, ou comment enseigner ce qui ne s’enseigne pas.

1 Freud S., Sur la psychologie du lycéen, 1914.




Construire le lieu d’un savoir à produire passant par l’écriture

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Ne pas achever le travail

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J’aime pas l’école… Oui…. et alors ?

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