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Y-a-t-il une clinique spécifique de l’autisme ?

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Lors de son enseignement du CERA[1], Yves Claude Stavy disait, qu’alors qu’il était un jeune psychiatre et que la confrontation à la clinique de sujets autistes faisait vaciller son savoir acquis, l’analysant décidé qu’il était avait pensé les choses ainsi : « si l’in-ouï rencontré à Aubervilliers, auprès de chacun de ces enfants dits  “autistes”, devait s’avérer objecter à la psychanalyse ; alors : ce n’est pas que le dit “autisme” de ces enfants, serait une contre-indication à la pratique d’une psychanalyse ; c’est que la psychanalyse elle-même ne valait pas un kopek ! » Nous parlons donc de psychanalyse, de la psychanalyse et de ce que les sujets dit-autistes, nous enseignent. Cet enseignement, comme pour les cas princeps de Freud, devrait pouvoir nous éclairer sur la clinique toute entière.

Il est de coutume de considérer l’autisme comme une défense contre l’Autre. « À quel Autre le sujet autiste a-t-il affaire ? », demandait Alexandre Stevens dans son enseignement du CERA. Prenons un exemple : Citant Temple Grandin, dans « Ma vie d’autiste » Alexandre Stevens reprend la séquence du chapeau. Sa mère lui a donné un chapeau, voici le commentaire de Temple Grandin : « il me semblait que mes oreilles s’écrasaient de façon à se fondre dans une seule oreille énorme. Le ruban du chapeau me serrait fortement la tête. J’ai arraché le chapeau, et j’ai hurlé… il faisait mal… il étouffait mes cheveux ». De quel Autre s’agit-il ? Alexandre Stevens pose qu’il semble évident que ce n’est pas la mère. L’Autre qui l’envahit, c’est le chapeau. Je proposerai que le chapeau, loin de l’habiller, dénude. Il dénude un réel hors sens, mais laissant le corps comme ce Un tout seul, que le chapeau dévoile comme tel. À ce titre, nous sommes tous, quelle que soit notre structure, des uns tout seul, s’appareillant d’un fantasme, d’identifications, de signifiants, d’un retrait autistique, d’une invention, d’un bricolage, habillage toujours déjà là pour tenter de traiter l’intraitable de la rencontre initiale, morsure du signifiant sur le corps du sujet.

Alors, l’enseignement de Myriam Chérel autour de l’affinity-therapy s’entend comme un tenir compte de cette tentative d’un sujet déjà au travail de sa solution face à ce réel. L’entendre, le soutenir, comme a pu le faire le père d’Owen et toute sa famille ensuite, puis d’autres encore, s’appuyer, non pas sur des protocoles ou des rééducations normatives et contraignantes, mais tenir compte du plus infime, d’un murmure, d’un geste… Non pas pour en souligner le sens, mais pour en faire valoir la valeur même de geste ou de murmure hors sens, un hors sens qui ne vise pas le sujet, mais desserre l’étau de l’énonciation contenu dans toute parole. Soit le fait que toute parole est portée par un corps.

Et c’est ainsi que Jean Robert Rabanel, nous a mené avec son enseignement sur le fil de cette clinique du Un, du hors sens, clinique qui implique de tenir compte de cet infime du sujet et le soutenir, y faire signe, avec son corps, pas avec du sens. Cette clinique est trans-structurale, comme le soulignait également Yves Claude Stavy, elle s’oriente du dernier enseignement de Lacan et des avancées cruciales telles que Jacques Alain Miller nous les a transmises, notamment dans son cours l’orientation lacanienne, L’Un tout seul. C’est un point crucial sur lequel est revenu Bruno De Halleux dans son enseignement du CERA, le signifiant asémantique, il souligne comment tous ceux qui, auprès des sujets dit-autistes, font œuvre de lien, à partir de ce que ces sujets inventent, parents, enseignants, éducateurs… peuvent aider les cliniciens qui s’orientent de la psychanalyse lacanienne à entendre, voir, repérer, le plus infime de l’invention, déjà-là, de chacun de ces sujets.

Voilà pourquoi nous travaillons toujours avec les parents, les enseignants… La journée du CERA le 10 mars, Autisme et parentalité, témoignera de cette orientation décidée à la pointe de la psychanalyse. Pour 2017-2018, il reste deux enseignements du CERA : Jean-Claude Maleval le 26 mai et Éric Laurent le 16 juin. Deux moments qui ne manqueront pas de dire ce que nous devons au dernier enseignement de Lacan et de la singularité avec laquelle ces sujets se défendent contre le réel.

 

[1] Laurent Dupont est coordinateur des enseignements du Centre d’Études et de Recherche sur l’Autisme.

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